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Catégorie : Musique

Genre : Inclassable

Année : 1986-2014

Nation : France

Artiste : Jean-Louis Costes

Sujet : La musique de Jean-Louis Costes à travers une multitude d’albums.

Analyse Critique :

Sur ce blog nous avons abordé l’artiste underground Jean Louis Costes. Nous avons notamment parlé de son cinéma et de sa littérature. Mais aujourd’hui, je vous propose d’aborder l’art de prédilection de Jean-Louis Costes : la musique.

Costes et la musique c’est une très vieille histoire. C’est dans ce registre qu’il a commencé à faire parler. Son premier album Secouez…Crevez, remonte à 1986. Mais il a littéralement imposé sa musique trash et radicale avec le second album qui vint l’année suivante : Les Oxyures. Depuis, Costes n’a cessé d’être prolifique et a tout de même comptabilisé plus de cinquante albums !

Impossible de tous les écouter ou les citer, mais parmi les plus cultes on retiendra clairement Les Oxyures que j’ai déjà cité mais également Livrez les Blanches aux Bicots, Terminator Moule, NTMFN, Pas encore Mort, Enfants Criminels, Enculé en variété

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Oui mais la musique de Costes c’est quoi au juste ? C’est du Costes tout simplement, c’est unique et il n’y a que lui qui peut faire ça. Pour vous donner un aperçu, Jean Louis Costes avoue lui-même qu’il n’écoute pas ce qu’il fait, tellement il trouve ça inaudible. Il se définit lui-même comme un « artiste de merde » mais ajoute, concernant sa musique, « Je sais 100% que ce que je fais c’est important. Parce que déjà, j’ai fait tellement de chansons qui ont couverts tellement de sujets qui ont jamais été faits avant, on va dire que même si ma musique est mauvaise vu qu’elle a exploré des continents qui ont jamais été explorés, si je suis une sorte de Christophe Colomb du cul, de Christophe Colomb de la merde ou de n’importe quoi, on n’a pas le choix ! Il faut prendre Christophe Colomb comme il est ».

Pour vous donner une autre idée de sa philosophie il affirme «  ce qui arrête un artiste c’est de passer pour un con ou un minable. Or moi c’est là que je commence à travailler. Parce que du moment que c’est raté, que c’est nul, c’est là que ça commence à devenir intéressant. »

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Donc la musique de Costes est inaudible, en effet mais c‘est plus ou moins volontaire. J’ai connu un gars fan de musique qui avait rencontré Costes dans un studio et qui m’a affirmé que lorsqu’il enregistrait une chanson, au moment des réglages il mettait toutes les aiguilles dans le rouge, bref tout ce qu’il ne faut pas faire.

Certes, souvent chez Costes c’est inaudible et l’instru a l’air d’avoir été torchée en deux deux, par un mec bourré et défoncé. Mais parfois on peut trouver certaines mélodies vraiment pas mal. De plus, Costes, mine de rien, n’est pas le premier venu et sait y faire à la gratte.

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Parlons désormais des thèmes de ses chansons. Comme nous l’avons évoqué plus haut, Costes aborde une multitude de thèmes. Il y’a évidemment des chansons complètements débiles (là encore c’est assumé) comme « miam miam le caca ». Mais certaines chansons « légères » peuvent se révéler vraiment pas mal, comme par exemple « La gaule du matin ».On en revient à ce que disait Costes : qui avant lui avait eu idée d’écrire une chanson là-dessus ?

Mais il sait aussi aborder des sujets plus tabous et graves de sociétés. La politique, le social, le racisme, l’antiracisme, la délinquance, le sexe… Mais force est de constater que sous ses airs de cheval complètement fou, Costes ne se trompe presque jamais et sort souvent des vérités dans ce registre. On pensera notamment à la chanson « Antiracistes, chiens des racistes » où il démontre entre autres l’arnaque de l’antiracisme.

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Mais sur les sujets tabous, on retiendra certaines chansons polémiques comme l’album Livrez les blanches aux bicots, des chansons comme « Lynchez-les », « Baiser la négresse », « Debout les blancs », « Le blanc qui t’encule », « Le blanc passe devant »… Concernant les deux dernières citées, il s’agit avant tout de règlements de compte, la première avec une certaine « Marie-Laure Chevrotti » une femme de chez Polygram qui refusa de signer un contrat avec Costes et la seconde avec le rappeur de NTM Kool Sheen (qui d’ailleurs n’est même pas noir contrairement à ce que dit la chanson de Costes). C‘est aussi ce qui permet de comprendre l’art de Costes. Car à l’époque, il fut évidemment taxé de réac, de raciste… Il fut d’ailleurs victime de plusieurs agressions et passages à tabac là où il vivait dans le 93. Mais la réalité, c’est que Costes « le grand raciste » est marié avec une antillaise qui est aussi la mère de ses enfants. Le racisme que l’on peut retrouver dans ses chansons n’est que le reflet de notre propre société moderne mais c’est aussi la vision que Costes s’en fait. Une vision très pessimiste et désillusionné qui s’exprime par les termes. Le noir sera le « nègre », l’arabe « le bicot », le juif « le youpin » et le français moyen « le beauf ». Lui-même peut se traiter de connard en chanson. Costes ne fait là qu’exprimer une rage envers la société. Mais une rage canalisée et profonde bien loin de la merde que font les rappeurs.

D’ailleurs à ce sujet, ces derniers sont les ennemis jurés de Costes qui les a beaucoup taillés dans ses chansons. Notamment le groupe NTM auquel il a dédié un album, NTMFN. Costes, il est du genre à enregistrer les menaces téléphoniques de Joey Star et Kool Sheen pour les mettre dans une de ses chansons. Honnêtement l’album est juste à se pisser dessus de rire. Il critique également énormément les « DJ de merde ».

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Mais pour en revenir au racisme, là encore il faut entendre les chansons de Costes pour voir que c’est tellement décalé que c’en est second degré. Mais il y’a aussi une volonté de briser les tabous et le sacré. Et aujourd’hui, l’antiracisme fait bien parti du sacré de notre société. Mais il y’a d’autre sujets qu’il abordera notamment avec par exemple des chansons comme « Où sont partis les nazis ? » ou encore « Bébé Criminel ». Costes est donc un briseur de tabous avant tout. Mais c’est aussi un artiste à chaud. Par exemple, s’il a une brouille avec un arabe du 93, il peut rentrer chez lui et passer sa frustration en écrivant une chanson sur les arabes. Qu’on approuve ou non ce qu’il fait, il y’a là quelque chose d’authentique et de sincère. C’est un artiste qui puise avant tout dans sa frustration mais je dirai plus généralement dans la frustration de la société. C’est un chanteur qui transgresse avant tout et à ce sujet il déclare : « Mimer le crime sur une scène n'est pas de la provoc' mais la base même du théâtre. L'art est le lieu de La transgression symbolique. Les régimes totalitaires (dont les nazis) ont interdit toute forme d'art Transgressif. Art gentil = art nazi ! ».       

Car oui Costes donne aussi ce qu’il appelle des opéras Porno-sociaux. Généralement ce genre de concerts a lieu dans des caves perdues dans des rues sombres.

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La musique de Costes est donc unique en son genre et le paradoxe c’est que sous ses airs barrés et défoncés, cette musique peut avoir un fond bien plus intelligent que la grande majorité de la production musicale mondiale.

Costes est un artiste authentique, un véritable performer trash et radical qui ne se fixe pas de limites. Cela lui a d’ailleurs coûté énormément de déboires avec la justice de notre pays de « la liberté d’expression ».

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Il est en fait difficile d’aborder son œuvre musicale tant il a composé. Il peut même être capable d’écrire des chansons d’amour. Il continue d’ailleurs à composer et à faire des concerts (il en a même fait aux USA et au Japon apparemment).

Costes en musique c’est au final inabordable (une fois encore plus de 50 albums). Toujours est-il que la musique reste le cœur de son art et celui où il est le plus éclatant.