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Catégorie : Cinéma

Genre : Aventure, Historique, Drame

Année : 2006

Public : Interdit aux moins de 12 ans

Durée : 2H18

Nation : USA

Réalisateur : Mel Gibson

Acteurs : Rudy Youngblood, Raoul Trujillo, Gerardo Taracena, Dalia Hernandez, Jonathan Brewer

Synopsis : Dans les temps sombres précédents la chute de la civilisation Maya. Patte de Jaguar, chasseur amérindien fils d’un chef d’une tribu de la forêt, vit une existence idyllique avec sa femme et son fils. Tout bascule lorsque des guerriers mayas attaquent le village capturant les habitants pour les vendre comme esclaves ou les sacrifier dans leur cité. Après avoir eu le temps de mettre à l’abri sa femme et son fils, Patte de Jaguar est lui aussi fait prisonnier et amené à travers la jungle vers la cité Maya. Se souvenant de la promesse faite à sa famille, il va alors tout faire pour s’échapper et sauver ceux qu’il aime.   

 

Analyse critique :

(Attention SPOILERS !)

Nous en venons à ce qui est à ce jour le dernier film de Mel Gibson, Apocalypto réalisé en 2006.

Dans les années 2000, Mel Gibson est passé d’acteur superstar, à réalisateur infréquentable.

Outre quelques propos polémiques, c’est son traditionalisme chrétien qui lui a valut d’être mal vue à Hollywood. Et notamment son film La Passion du Christ qui fut au cœur de vives polémiques (j’en renvoie à la chronique publiée sur ce blog). Mais La Passion du Christ démontrait bien des choses.

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Premièrement, Mel Gibson semblait s’effacer peu à peu du devant de la caméra pour passer derrière. Alors que dans ses premières réalisations il était également acteur, en ce nouveau millénaire, il semble vouloir se consacrer avant tout à la réalisation.

La Passion Du Christ prouvait aussi qu’il avait un énorme talent de réalisateur et qu’il pouvait signer des films puissants. De plus, les critiques avaient beau l’éreinter, Mel Gibson faisait un tabac au box-office et avait donc le public dans sa poche. Sans quoi il n’aurait probablement jamais pu revenir en tant que réalisateur.

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Lorsqu’en 2006 il décide de se lancer dans Apocalypto, presque personne ne veut le suivre et tout comme pour son œuvre précédente, Mel Gibson va devoir sortir les sous de sa poche pour que son nouveau film voie le jour.

Cette fois, il s’attaque à la civilisation maya dans la Péninsule du Yucatàn. Il relate la lutte d’un indien de la forêt qui va devoir échapper à l’oppression maya.

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Une fois de plus, Mel Gibson voit les choses en grand, il veut faire un nouveau film puissant et crédible. Comme à son habitude, le réalisateur choisit de ne pas faire de doublages et de tourner le film dans une langue ancienne : le maya yucatèque. Cela renforce évidemment l’immersion du spectateur dans le film et la crédibilité de l’œuvre.

Le film est alors tourné au Mexique avec des acteurs mexicains et très typés amérindiens. Le réalisateur veut bien faire les choses et fait appel à l’historien Richard Hansen pour son film. Cependant on pourra noter quelques éléments prêtant à débat. Comme certains petits anachronismes et le fait que les mayas semblent ne pas vraiment saisir le phénomène de l’éclipse, alors qu’ils connaissaient l’astronomie (ceci dit il pouvaient y voir une interprétation divine).

 

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La réalisation de Mel Gibson est immédiatement perceptible de par ses angles et ses ralentis. Il filme la forêt mexicaine de façon sublime.

Au niveau de la reconstitution, rien à dire, Mel Gibson s’est entouré d’historiens sérieux et tout est crédible comme dans ses films historiques précédents. Les costumes, les acteurs, les décors et une fois encore le langage. Tous ces éléments nous font voyager dans le monde maya.

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Mais le réalisme se fait aussi, comme souvent chez Mel Gibson, par la violence. Une violence barbare et exacerbée qui a fait scandale à l’époque. Là encore, la façon de filmer la violence est bien de Mel Gibson. Le sang coule bien sûr et le réalisateur est sans concession.

Au moment de la sortie du film, cette violence sera évidemment beaucoup critiquée. On accusera Mel Gibson de faire de la complaisance malsaine En réalité ce n’est nullement le cas. La violence du film est même essentielle pour faire passer le message : à savoir la chute d’une civilisation.

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Et on en arrive alors au fond du film qui fut lui aussi vivement controversé. Apocalypto montre en effet la violence de la civilisation maya (captures, viols, meurtres barbares, sacrifices, sadisme…). Le réalisateur se vit accuser de racisme (il ne lui manquait plus que ça à son palmarès), car il représentait les mayas comme des sauvages sanguinaires et retombait ainsi dans la vision négative et les stéréotypes des vieux films hollywoodiens sur les amérindiens. Une polémique évidemment ridicule et fausse. Car en fait, le film évite au contraire les clichés et les stéréotypes du « bon sauvage ». S’il est vrai que les vieux films américains avaient une vision très péjorative des indiens, à partir des années 50, on y’est allé encore plus fort dans le sens inverse. L’amérindien était ainsi subitement devenu le symbole du bien absolu, l’être pur face au méchant blanc assoiffé de sang (le seul film qui à l’époque se montra plus réaliste dans sa vision fut Fureur Apache de Robert Aldrich en 1972). Cette vision là du blanc n’a pourtant jamais fait bondir les associations antiracistes ! Après tout, les blancs n’avaient-ils pas commis des crimes envers la population amérindienne ?

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Mais les mayas ? Ce n’est un secret pour personne : même s’ils avaient une culture scientifique et spirituelle étaient loin, très loin d’être des enfants de cœur et pratiquaient les sacrifices et l’esclavage. Pourquoi donc devrait-on négliger de montrer cet aspect ? Pour rester dans le politiquement correct ? Mel Gibson ne fait que représenter une horrible réalité.

Mais en fait, la polémique naît surtout de la fin du film, ou Patte de Jaguar, le héros, est plus ou moins sauvé par le débarquement des espagnols en Amérique. Certains ont vu à travers cette scène une volonté d’exprimer que l’arrivée de l’homme blanc en Amérique a été une délivrance pour le peuple amérindien. Cela peut également être sous entendu par la séquence impressionnante ou la jeune fillette malade prophétise l’arrivée des colons qui détruiront la civilisation maya, lui donnant des airs de châtiment divin. Mel Gibson prendrait alors la défense de ceux qui par la suite ont commis un véritable génocide ?

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En fait c’est beaucoup plus nuancé que cela. Mel Gibson nous pousse à voir le débarquement des espagnols sous un autre angle qui se veut moins manichéen. Il ne prend pas pour autant parti, puisqu’à la fin on voit bien Patte de Jaguar choisir de ne pas aller vers ces nouveaux arrivants.

Cela dit, oui ici, au final les blancs vont sauver (un peu par hasard) la mise au héros, alors que les mayas vont tout faire pour le tuer. Et ça, c’est difficile à digérer pour une intelligentsia qui depuis des années s’évertue farouchement à nous montrer la race blanche comme le mal absolu responsable de tous les maux de la planète. La réalité est un peu plus complexe que cela.

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Mais outre la dimension politiquement incorrecte d’Apocalypto, à travers ce film, c’est une nouvelle fois Mel Gibson qu’on attaque. Il suffit de lire quelques critiques négatives parues à la sortie. Il n’y a parfois que deux lignes sur le film et tout le reste de l’article sur la personnalité de Mel Gibson. Certains décriront même Gibson comme un dégénéré amateur de boucheries qui est en contradiction avec son traditionalisme chrétien lui aussi très critiqué. C’est pour montrer le degré d’ignorance, de connerie et de malhonnêteté de certaines de ces critiques.

Pour en revenir au fond du film, donc, Mel Gibson rompt avec l’image du « bon sauvage » très en vogue depuis plusieurs années. Il pousse le spectateur à avoir une vision moins manichéenne des évènements. Mais Apocalypto est aussi et surtout, un film sur la chute de la civilisation. C’est d’ailleurs annoncé au tout début du film par une citation de Will Durant : « Une Grande civilisation n’est conquise de l’extérieur que si elle est détruite de l’intérieur ».

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Par cette phrase, Mel Gibson propose d’abord une révision de l’histoire. Il tente à démontrer qu’on ne peut pas mettre la disparition de la civilisation maya uniquement sur le dos des espagnols et des conquistadors. Il veut montrer que cette civilisation était vouée à disparaître au vu des valeurs qu’elle avait fini par prôner. Toute cette violence, cette barbarie, ce mépris pour la nature (aussi bien animale qu’humaine), cette vision matérialiste et notamment du corps humain. Tout cela ne pouvait que mener à une dure chute.

Mais là ou le film est plus intéressant, c’est que Mel Gibson, ne cherche pas vraiment à cibler la civilisation maya en elle-même (d’où le fait que certains historiens ont trouvé son portrait un peu trop apocalyptique). Même s’il s’attache au réalisme, il ne cherche pas à dresser un tableau précis et détaillé de cette civilisation. Il veut, à travers sa chute, montrer le déclin de nos civilisations occidentales et modernes. Et franchement, quand on voit la scène du marché lors de l’arrivée à la cité, on croirait admirer un centre commercial de notre temps. Et cela permet d’en voir aussi la laideur et l’aspect inhumain. Apocalypto n’est qu’une allégorie de notre société consumériste, sans valeurs, et vouant des cultes païens au matérialisme. Tout n’est plus qu’un bien de consommation et même le corps humain. C’est donc une œuvre profonde et réfléchi qui nous pousse à nous remettre en question sur bien des choses. 

    

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D’ailleurs Mel Gibson fera scandale en déclarant que les barbares mayas du film tenaient de « George W.Bush et de ses gars », un peu en réponse à ceux qui prétendaient que l’acteur-réalisateur soutenait le parti républicain de l’époque alors qu’il en dénonçait au contraire farouchement la politique internationale. 

Mais Apocalypto est aussi un film sur la survie comme le montre la seconde partie du film. La survie au final face à un monde apocalyptique sans foi, ni loi, ni valeurs. Patte de Jaguar va finalement survivre de façon incroyable face aux redoutables guerriers païens, mieux armés que lui. On pourra dire qu’il puise sa force et sa résistance dans son lien direct avec la nature. Mais si Patte de Jaguar l’emporte sur les guerriers mayas, c’est parce qu’il est attaché à des valeurs profondes, comme l’amour et la famille qui lui confèrent la force nécessaire pour survivre à toutes les épreuves qu’il va endurer. Quelque part, Apocalypto, dans sa philosophie n’est pas si éloigné de La Passion du Christ. Et c’est sans doute pour ça que les deux films ont provoqués la même haine des intellectuels officiels du système.

          

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 Mais une fois de plus, ces gens-là n’ont pas trompés le public qui a été réceptif au travail de Mel Gibson et à son message. Apocalypto sera un grand succès et cela malgré les difficultés de distribution.

On pourra aussi noter la somptueuse BO composée par James Horner.

Les acteurs, tous des inconnus, sont superbes et Rudy Youngblood parvient vraiment à nous faire accrocher sincèrement à son personnage et à nous faire partager ses émotions (fortes il faut le dire)

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Le travail de Mel Gibson est également superbe mais sera cependant critiqué par le cinéaste mexicain Juan Mora Catlett qui accusa l’américain d’avoir plagié des éléments de son film Retorno a Aztlàn sorti en 1991 et qui mettait également en scène des amérindiens de la péninsule du Yucatán. N’ayant pas vu le film en question (il faut dire que le cinéma mexicain est malheureusement quasi inconnu) je ne pourrais pas me prononcer à ce sujet.

Toujours est-il qu’Apocalypto sera un succès et honnêtement on comprend pourquoi, tant c’est un film fort et puissant qui pousse à la réflexion tout en procurant de grandes scènes d’action pleines d’intensité dramatique. 

   

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Apocalypto s’impose donc comme une nouvelle grande réussite pour Mel Gibson et aussi la dernière à ce jour. Devenu polémique et « infréquentable » à Hollywood, miné par ses problèmes personnels, Mel Gibson n’aura pas la carrière qu’il méritait.

Il signe là une œuvre forte, puissante, violente, intelligente et touchante. Un chef d’œuvre de plus à son actif.

 

   

 

Note : 17,5/20