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Catégorie : Cinéma

Sujet : Les liens entre la saga cinématographique Rocky et l’histoire de la boxe.  

Analyse Critique :

(Attention SPOILERS !)

Le sport a parfois su inspirer le cinéma. Et parmi les disciplines qui ont su le plus influencer le septième art, la boxe a une place de choix. A tel point qu’un genre a même été crée : « le film de boxe ».

Parmi les plus emblématiques, on pense évidemment à la saga Rocky composé de six épisodes et d’un sequel.

L’histoire extraordinaire de Rocky Balboa menant de vraies batailles de légende sur le ring ! Bien que Rocky  soit très hollywoodien, son histoire et celle des films qui en découlent, est très inspiré par la réalité et le monde de la boxe. Le noble art n’est pas seulement un décor de la saga, mais il en façonne véritablement l’intrigue.

C’est pourquoi aujourd’hui, je vous propose un article un peu particulier : un dossier sur les liens entre la saga Rocky et le monde de la Boxe.

Rocky (1976)

En 1976, sort le premier Rocky qui est un raz de marée et un succès planétaire remportant l’oscar du meilleur film. Il raconte l’histoire de Rocky Balboa, un boxeur de troisième zone, un homme raté et looser naïf issu des bas quartiers de Philadelphie. Quand il ne joue pas les gros bras pour l’usurier du quartier, il fait des petits combats souvent contre des adversaires minables. Cependant Rocky se voit offrir une chance en or. Celle de combattre pour le titre mondial des Poids Lourds, face au champion incontesté et invaincu : Apollo Creed. Ce dernier a du en effet trouver un adversaire de dernière minuté après l’annulation de son gros combat contre un certain Mac Lee Green. Rocky s’entraîne comme un fou et poussé par l’amour de sa compagne Adrian monte sur le ring face à Creed. Il déjoue tous les pronostics en tenant tête au champion l’envoyant même au tapis. Il malmène Creed comme personne avant lui mais s’incline finalement aux points. Il est cependant acclamé par le public pour son courage et sa performance.

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C’est une histoire tellement belle qu’elle paraît sortie tout droit de l’imaginaire. Et pourtant ! La légende de Rocky Balboa est inspirée de l’histoire réelle de Chuck Wepner. Ce boxeur américain inconnu vu comme un tocard qui était utilisé pour combler des soirées ou entretenir des grands boxeurs. Il avait cependant battu aux points Ernie Terell et ferrailler avec un Vieux Sonny Liston contre lequel il avait abandonné. En 1975, Le champion du monde des poids Lourd et celui que beaucoup considèrent comme le plus grand boxeur de tous les temps, Mohammed Ali est au sommet de sa gloire et sort d’un combat très dur contre George Foreman. Pour récupérer, on lui propose un combat contre un petit adversaire : Chuck Wepner. Donné perdant à 10 contre 1, Wepner surprend cependant la foule en tenant tête à Ali et en l’envoyant même au tapis au neuvième round comme dans le film. Du moins… presque… En réalité, Wepner a marché sur le pied d’Ali et l’a simplement déséquilibré, mais cela a échappé à l’arbitre qui a par erreur compté Ali. De même que contrairement au film, Wepner ne parvient pas jusqu’au bout il finit par s’effondrer dans le tout dernier round.

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Dans la salle Sylvester Stallone assiste au combat qui le sort de sa dépression. Il voit en Wepner un symbole prouvant que tout est possible quand on est déterminé.

Rocky est donc Chuck Wepner, mais pas que. En réalité, l’autre influence de « l’Etalon italien » est bien évidemment la légende de la boxe Rocky Marciano, dont Balboa a d’ailleurs un poster dans son appartement. Outre leur surnom commun et leurs origines italiennes, Marciano et Balboa partagent également le même style de boxe basé sur la puissance, la capacité extraordinaire à encaisser les coups et le courage et la détermination. On peut aussi trouver à travers leurs personnalités le même optimisme (bien qu’il semble plus naïf chez Balboa).

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Mais le grand rival de notre héros, c’est un certain Apollo Creed. Un boxeur invaincu fanfaron, doté d’un grand charisme et d’une aisance verbale déconcertante. On aura bien évidemment reconnu là l’influence de Mohammed Ali sur le personnage. On y retrouve le comportement et la personnalité haut et en couleurs de la légende des rings. Le lien est d’autant plus évident que si Rocky est inspiré de Wepner, Creed est forcément inspiré d’Ali. Ce dernier le reprochera d’ailleurs avec humour à Stallone lors de la cérémonie des oscars 1976.  Cela dit, on trouve une différence de taille entre les deux. Creed adore les Etats-Unis et se revendique lui-même comme très patriote. Contrairement à Ali qui était très critique envers les USA et antipatriotique. Il s’agit là du côté édulcoré hollywoodien.

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L’affrontement entre Rocky et Apollo fait donc référence au combat Ali/Wepner. Mais on peut aussi y retrouver la brutalité du dernier combat entre Ali et Frazier qui avait justement eut lieue en 1975.

Rocky n’a donc au final rien inventé. Il n’a fait que romancer une histoire vraie !

Mais mine de rien, le film se permet de fustiger aussi le monde de la boxe en critiquant l’aspect grand spectacle et business qui lui est devenu propre. C’est frappant dans la façon dont Apollo Creed cherche à survendre un combat contre un inconnu qui (normalement) n’a aucune chance.

 

Rocky 2 : la Revanche :

Cette fois Rocky a accédé à la gloire et sa défaite courageuse contre Creed lui a néanmoins fait gagner le cœur du public. Apollo, humilié malgré la victoire, décide d’une revanche. Sorti de l’Hôpital Rocky doit raccrocher les gants sur les conseils des médecins qui lui ont diagnostiqué un déficit de l’œil droit suite aux blessures du combat. Il s’offre une maison et se marie avec Adrian. Il tente de trouver du boulot, mais réalise qu’il n’est fait que pour boxer. Il accepte la revanche face à un Creed haineux qui veut annihiler Balboa pour effacer des mémoires sa dernière performance. De son côté Rocky doit gérer l’accouchement difficile de sa femme, avant de s’entraîner comme un fauve pour affronter Creed et finir par le vaincre de justesse aux termes d’un combat titanesque. 

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Dans ce second opus, Chuck Wepner semble laissé de côté. Car sur ce nouveau film, plane l’ombre de la rivalité entre Mohammed Ali et Joe Frazier. Tout comme Ali, Creed veut absolument une revanche contre son rival et n’hésite pas à utiliser des moyens douteux pour l’obtenir. Il pousse Rocky à bout en l’insultant et l’humiliant dans la presse et même en le menaçant (il ne va cependant pas aussi loin qu’Ali). Rocky de son côté hésite à remonter sur le ring en raison d’un déficit à l’œil droit, tout comme Joe Frazier en avait aussi un (à l’époque du dernier combat, il avait caché cela). Toujours comme « Smoking Joe », « L’Etalon Italien », fausse patte solide, va décider de surprendre son adversaire grâce à sa droite (dans le film, Rocky passe carrément en droitier).

Si Creed est donc toujours Ali (il porte d’ailleurs le même short que ce dernier lors du « Combat du Siècle » de 1971), Rocky est cette fois Joe Frazier ! On notera d’ailleurs qu’il porte le même short que ce dernier avait dans plusieurs de ses combats (notamment contre Jimmy Ellis et Bob Foster). On peut aussi noter que dés le premier opus Rocky partageait des liens étroits avec Frazier : tous deux étaient originaires de Philadelphie, avaient fréquenté un abattoir et étaient gaucher.

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 Cela dit Rocky prend aussi une part de Mohammed Ali, lorsqu’il court dans les rues de Philadelphie suivi et soutenu par la foule. Cette image fait évidemment référence à Ali courant dans les rues de Kinshasa suivi d’une foule de congolais, peu avant son combat contre George Foreman.   

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L’ultime duel entre Creed et Rocky fait donc référence au troisième et dernier combat entre Ali et Frazier, le célèbre « Thrilla in Manilla » souvent considéré comme le plus grand affrontement de l’histoire de la boxe. On y retrouve la même violence, le même acharnement et une issue très serrée.     

On notera également que le début du film avec les deux boxeurs amenés d’urgence à l’hôpital par ambulance rappelle là encore l’issue de ce fameux dernier combat entre Ali et Frazier.

Stallone se montre donc inspiré par les icônes de la grande époque des poids lourds. Ce que le troisième opus ne fera que confirmer.

 

 Rocky 3 : L’œil du Tigre :

Rocky est donc devenu le nouveau champion du monde des poids lourds et accède à une renommée internationale suite à 15 défenses victorieuses. Alors qu’il pense raccrocher les gants pour se consacrer à sa famille, surgit un nouveau prétendant sur le ring : Clubber Lang. Véritable machine à détruire, ce dernier convainc Rocky de l’affronter et le met KO en deux rounds. Brisé par cette défaite et la mort de son entraîneur Mickey, Rocky trouve du soutien auprès de son ancien rival Apollo Creed qui lui propose de l’entraîner pour l’aider à retrouver « l’œil du tigre » et prendre sa revanche sur Lang. Rocky affronte à nouveau Clubber et le bat par KO.

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Ce troisième opus se révèle très intéressant sur le plan historique de la boxe. Le Rocky champion rappelle Joe Frazier à son apogée. Mais ici, il s’est « embourgeoisé » et a souffert d’une opposition sur le ring peu dangereuse et judicieusement choisie. Cela pourrait être n’importe quel boxeur. Beaucoup se sont vu reprocher au long de l’histoire de choisir des adversaires qui n’étaient pas des foudres de guerre et beaucoup ont vu leur carrière chuter après avoir goûté au luxe, à la fortune et à la grande vie.  

Mais ici, Rocky semble renouer avec Chuck Wepner, notamment concernant son combat contre le Catcheur Thunderlips (interprété par Hulk Hogan). En effet Wepner avait lui aussi affronter un catcheur/lutteur du nom d’André le Géant dans une parodie de Combat qui ressemblait plus à un show qu’à autre chose. C’est d’ailleurs à ce niveau que ce troisième opus se révèle amusant. Car il critique fort bien le côté « grand spectacle » que prend la boxe dans sa volonté de proposer toujours plus gros et au final toujours plus grotesque pour engranger des dollars.

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Mais ce qui est intéressant, c’est le petit nouveau de ce troisième Chapitre : Clubber Lang interprété par Mr T. Ce dernier semble un mix des grands champions des années 70 et notamment de George Foreman et de Larry Holmes. Du premier il a le style, la puissance dévastatrice et l’aspect intimidant, du second il a la virulence, la communication crue avec les médias et l’impopularité. Mais par bien des aspects, le personnage de Clubber préfigure pas mal Mike Tyson. Notamment par son look de guerrier intimidant, sa puissance et sa violence. Tyson ne fera cependant ses débuts en boxe pro que près de 3 ans après la sortie du film.

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Ici Lang est invaincu et détruit tout sur son passage (comme les jeunes Foreman et Holmes). Son Trash-Talking permanent dans les médias annonce là encore la direction prise par la boxe pro qui devient un grand spectacle médiatique, ou des fois, l’avant combat intéresse plus que le combat en lui-même.

Le premier affrontement entre Lang et Rocky concorde avec les origines des personnages et paraît clairement inspiré de la lutte entre Foreman et Frazier en 1973 à Kingston en Jamaïque. Tout comme « Smoking Joe », Rocky porte des gants jaunes (chose peu courantes à l’époque) et tout comme lui, il se fait assommer en deux rounds.

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Par la suite Rocky est entraîné par Apollo Creed, personnage qui comme nous l’avons vu était inspiré de Mohammed Ali. Il y’a une fusion entre les deux personnages. Apollo enseigne son style à Rocky et lui fait même porter son short. En sachant que symboliquement : Apollo est Ali ; Rocky, en enfilant le short devient lui aussi la représentation d’Ali. Et justement dans le dernier combat, il bat Clubber Lang avec la même stratégie utilisée par Ali pour vaincre Foreman.  

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Ce troisième opus est donc également un hommage à l’âge d’or des Poids Lourds.

Rocky 4 :

Rocky doit reprendre la route du ring pour venger la mort de son ami Apollo Creed tué sur le ring par un boxeur Russe du nom d’Ivan Drago, qui est apparemment imbattable. Balboa part défier le géant russe à Moscou et le bat aux termes d’un âpre combat.

Contrairement aux opus précédents, on ne trouve pas dans Rocky 4 de réelles références au vrai monde de la boxe.

Le combat tragique où l’on voit mourir Creed pourrait en être plusieurs. Car il y’a eu malheureusement beaucoup de boxeurs morts sur le ring. Cela dit on note qu’au milieu des années 80, période à laquelle fut réalisé le film, on évoquait justement ces morts pour réduire la durée maximale des combats à 12 rounds au lieu de 15. Le retour de Creed fait quant à lui penser à celui tout aussi imprudent de Mohammed Ali en 1979 contre Larry Holmes.

Quant à la présence de James Brown sur le ring avant le combat, c’est probablement un clin d’œil au combat Ali-Foreman de 1974 au Zaïre où Brown avait effectué un concert en ouverture.

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Mais ici on découvre également un nouveau boxeur : Ivan Drago. Il semble plus inspiré des méchants russes de la saga James Bond que de vrais boxeurs. Cela dit, à l’époque, ni les soviétiques, ni les cubains, qui étaient sous régime communiste, ne participaient à la boxe professionnelle. Drago peut donc avoir trouvé ses racines à travers ces champions soviétiques qui faisaient régner la terreur sur les rings olympiques. Il se peut aussi que Drago ait pu être inspiré par Téofilo Stevenson, boxeur cubain et véritable phénomène qui boxait en amateur et remporta trois fois la médaille d’or des poids lourds. Son talent était tel qu’on lui proposa des millions de dollars pour boxer Mohammed Ali (il refusa toujours affirmant que la boxe professionnelle était inhumaine et corrompue). Or Drago passe pro pour boxer Creed qui représente Ali.

Cela dit, Drago semble surtout préfigurer l’émergence des boxeurs de L’Est dans la boxe pro après la chute du bloc communiste. Il annonce les géants tels que les frères Klitschko ou les machines du ring telles que Gennady Golovkin.

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Ce quatrième chapitre qui mise avant tout sur l’action et l’adrénaline (ce qui en fait généralement l’épisode préféré des fans), est également intéressant sur le fond, car il prolonge un peu le message du troisième. La boxe est un grand show qui prend des proportions ridicules. On le voit notamment avec le premier combat à Las Vegas où Drago en montant sur le ring a l’impression de se trouver dans une immense comédie musicale avec tous ces décors et ces animations. Mais le pire c‘est que la dimension politique s’introduit ici, peut être pas tant par idéologie que par merchandising et promotion. Le combat est baptisé « East vs West » (L’Est contre L’Ouest), comme un slogan de marketing. C’est amusant, car en 2009, soit 24 ans après la sortie du film, le combat opposant Ricky Hatton à Manny Pacquiao sera baptisé « The Battle of East and West » (La Bataille de L’Est et de L’Ouest). Autre détail amusant, ce combat sera comme dans le film remporté par le boxeur de L’Est par KO au second round. Comme quoi Stallone sait taper juste et se montre une fois encore visionnaire concernant l’évolution du monde de la boxe.   

 

Rocky 5 :

Après son combat contre Drago, Rocky doit se retirer des rings au vu des séquelles que lui a laissé l’affrontement en Russie. Il se retrouve ruiné à cause d’une procuration générale signée par Paulie. Sur la paille, il retourne vivre dans son quartier de Philadelphie où il reprend l’ancienne salle de boxe de Mickey. Le promoteur véreux George Washington Duke fait tout pour le convaincre d’un come-back que Rocky et sa femme refusent totalement.  C’est là que l’ancien champion découvre Tommy Gunn, un jeune boxeur prometteur qu’il choisit de manager. Mais Gunn finit par lâcher Rocky pour aller vers Duke qui lui permet d’accéder au titre mondial. Cependant, Tommy ne convainc pas la foule qui voit en lui un ersatz de Rocky Balboa. Gunn finit par provoquer ce dernier et tout dégénère dans un combat de rue.

Ce cinquième chapitre, souvent cité comme le pire de la saga, n’est pourtant pas inintéressant dans son propos. On peut là aussi retrouver énormément de références à la boxe de l’époque où est sorti le film.

Ici, Rocky doit se retirer après les lésions que lui a laissées le combat contre Drago. Ce qui fut le cas de beaucoup de combattants dans l’histoire. Mais on voit ici débarquer un personnage très intéressant : George Washington Duke.

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Un promoteur charismatique, cultivé, sans scrupules et aux talents oratoires exceptionnels. Il n’y a évidemment pas besoin d’être un grand connaisseur de Boxe pour comprendre que ce personnage, c’est la représentation du célèbre promoteur Don King. Outre la ressemblance physique (à part la coiffure), la même voie, le comportement est le même. Duke comme King recherche l’appât du gain, se moquant éperdument de la santé de ces boxeurs. Il imagine un combat à Tokyo pour Rocky avec un titre d’affiche : grande spécialité de Don King. Il manipule les jeunes boxeurs en leur faisant miroiter des fortunes colossales. Les producteurs du film sont même allé jusqu’à lui faire prononcer la réplique fétiche de Don King : « Only In America ! ». Duke joue également sur tous les détails pour vendre un combat, comme le fait que Rocky soit le « Great White Hope »  (Grand Espoir Blanc), un titre qui fut attribué à des boxeurs tels que Rocky Marciano, Jerry Quarry ou encore Gerry Cooney, mais aussi et surtout à un certain Tommy Morrisson qui interprète justement le personnage de Tommy Gunn dans le film.

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Tommy Gunn est lui aussi intéressant sur plus d’un point. Il est inspiré en partie de son interprète à savoir Tommy Morrisson. En effet lorsque Gunn raconte son passé sur son père tyrannique violent et sa mère alcoolique, il raconte l’enfance de l’acteur/boxeur. Gunn raconte qu’il a mis KO son père à l’âge de 13 ans, Morrisson à combattu sur un ring face à un adulte à l’âge de 13 ans seulement. Autre point commun : les deux sont des boxeurs prometteurs au punch phénoménal, qui gravissent les échelons dans la catégorie poids lourds et qui sont à l’époque invaincus. Mais le personnage de Tommy, semble également s’inspirer de la grande star de l’époque : Mike Tyson. Tout comme lui c‘est un jeune boxeur surpuissant en train de monter et qui détruit littéralement tous ses adversaires. En 1989, Tyson se sépara de son coach et grand ami de toujours Kevin Rooney, pour aller tomber dans les griffes de Don King, tout comme Tommy se sépare de l’ami Rocky pour aller se mettre dans les pattes de Duke. La relation qui anime Duke et Gunn évoque d’ailleurs beaucoup celle entre King et Tyson. Le promoteur manipule son poulain, sa vache à lait, mais lorsque ce dernier pète les plombs, il échappe à son contrôle.

Une autre référence à Tyson, qu’on peut évoquer c’est le rapport qu’entretient Rocky par rapport à son défunt entraîneur Mickey. Il rappelle beaucoup Tyson qui ne s’est jamais vraiment remis de la mort de son coach et père adoptif Cus D’Amato. De plus, dans un flash back, on voit Mickey tenir quasiment mot pout mot le même discours que celui d’une interview de D’Amato à la télé en 1985. Un discours sur le fait qu’un homme meurt quand il n’a plus de raison de vivre et que la raison de vivre de l’entraîneur est son poulain.

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Pour en revenir à Tommy Gunn cependant, on constate que contrairement à Tyson, il n’est pas du tout populaire auprès de la foule après son titre de champion du monde des poids lourds. En réalité, comme le souligne Duke, Gunn vit dans l’ombre de son idole Rocky, il possède le même style que lui et la foule le considère comme un « ersatz » de Rocky Balboa. Cette situation rappelle beaucoup le cas de Larry Holmes, un immense virtuose du ring, qui cependant vécut toujours dans l’ombre d’Ali son idole. Tous accusaient Holmes d’être un « sous-Ali ». Lui aussi était impopulaire aux yeux du public qui considéraient qu’il n’avait pas de forte opposition tout comme Tommy Gunn. Holmes et King tout comme Gunn et Duke, tenteront de régler le problème en organisant un combat avec Ali/Rocky, le sortant de sa retraite.

Dans le film le combat ne s’effectue cependant pas sur un ring mais dans la rue. Là encore c’est à rattacher au contexte de l’époque et une fois de plus à Mike Tyson qui eu un « combat de rue » célèbre avec un de ses anciens adversaires, le violent Mitch Green. C’était en 1988, dans le Harlem et ça avait défrayé la chronique à l’époque. L’altercation  n’avait cependant duré que quelques secondes.    

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Ces éléments permettent de voir Rocky 5 sous un autre angle. Le film critique farouchement le système de la boxe et con côté inhumain, tout en livrant des thématiques intéressantes.

 

Rocky Balboa :

Les années ont passé et Rocky est aujourd’hui un vieux briscard ancienne légende du ring. Il s’occupe désormais de son restaurant qu’il a nommé du prénom de sa femme « Adrian » décédé d’un cancer et dont il n’a toujours pas fait le deuil. Pendant ce temps, la boxe poids lourd est dominé par Mason Dixon, champion invaincu mais très impopulaire en raison du manque flagrant d’opposition auquel il est confronté. Si bien que le public se passionne plus pour une simulation par ordinateur qui met en scène un combat où Rocky Balboa détruit Dixon par KO. La polémique éclate suite à cette vidéo. En apprenant que Rocky a repris la boxe pour faire des petits combats régionaux. Les promoteurs de Dixon décident de lui proposer une exhibition contre le champion. Ce qui devait être un « sparring grand public » devient un combat acharné où Rocky s’incline aux points par décision partagée après avoir malmené le champion et conquit la foule.

Dans l’ultime volet officiel de la saga, le vieux Rocky s’est donc reconverti dans la restauration. Il aime notamment raconter ses histoires de boxe à la clientèle. Là encore, c’est sans doute une référence à des boxeurs comme Jack Dempsey, mais surtout Rocky Marciano, qui montèrent des restaurants à leurs noms, faisant avant tout valoir leurs images.

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La boxe poids lourd n’a quant à elle plus de saveur ici. Le nouveau champion est impopulaire en raison du manque d’opposition au niveau des challengers mondiaux. Le film tape là encore en plein dans l’actualité au moment de sa sortie. On est en pleine ère Klitschko et la période la plus déplorable de l’histoire des Lourds. Malgré le talent indéniable de certains champions, on ne peut que pleurer devant le niveau et la condition physique des challengers officiels. Le personnage de Dixon symbolise un peu tout ça. Mais son impopularité peut aussi faire penser à celle qu’avait Lennox Lewis à ses débuts.

Quant à la fameuse séquence du combat simulé par ordinateur entre Dixon et Rocky, le film ne cache bien évidemment pas son inspiration. Ce genre d’expérience avait en effet déjà été effectué en 1969, mettant en scène une simulation entre Rocky Marciano et Mohammed Ali. Tout comme dans le film, l’italo-américain l’avait emporté par KO.

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Rocky quant à lui veut reprendre la boxe pour des petits combats régionaux alors qu’il est très âgé. Cela rappelle évidemment le come-back improbable de George Foreman à la fin des années 80 et qu’il prolongea jusqu’en 1997, parvenant même à redevenir à 46 ans le plus vieux champion du monde des Poids lourds en 1995. Le film fait d’ailleurs référence au come-back de Foreman. Mais on peut aussi citer Larry Holmes qui à l’âge de 53 ans fit un come-back victorieux contre Eric « Butterbean » Esch. Sauf qu’ici Rocky a tout de même pas loin de 60 ans (ce qui paraît donc très improbable).

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Les promoteurs ont l’idée d’organiser un combat entre Rocky et le champion. Outre la farouche critique du boxing business, on trouve là aussi des consonances avec la réalité. Combien de fois, face à la perdition de la boxe poids lourd moderne, n’a pas été réclamé par le public le come-back de Mike Tyson ou encore de Lennox Lewis ? Le public en est arrivé à un point où il préfère voir ce type de combat ridicule que des challenges officiels. 

Rocky Balboa dresse un beau portrait de la boxe Moderne.

 

Creed : L’héritage de Rocky Balboa :

Adonis Johnson, fils caché d’Apollo Creed, cherche à marcher sur les traces de son défunt père. Boxeur, il effectue des petits combats au Mexique. Il rend visite à Rocky à Philadelphie et le convainc de l’entraîner et le manager. Rocky le mène jusqu’au titre mondial des Poids Mi-Lourds, où Adonis qui a pris le nom de son père pour le combat, finit par s’incliner la tête haute cependant : Il a tenu la distance et a envoyé le champion au tapis.

Creed, Spin-off de la Saga Rocky et probablement le début d’une nouvelle série de films. Cette fois, le héros n’est plus Rocky mais Adonis Johnson fils caché d’Apollo Creed. Des fils de boxeurs célèbres et légendaires qui montent sur le ring, il y’en a eu. Aucun n’a eu de carrière flamboyante. On pensera à Marvis Frazier ou encore Shane Mosley Jr. Généralement ces boxeurs vivent dans l’ombre de leur père. En réalité le public au vu de la notoriété du paternel placent énormément d’espoirs en la progéniture et généralement il est logiquement déçu !

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Cela dit il n’est pas impossible que le personnage d’Adonis s’inspire de Julio César Chavez Jr fils du légendaire Julio César Chavez Sr, plus grand boxeur mexicain de tous les temps et un des meilleurs pugilistes de l’histoire. Son fils, comme Adonis, était invaincu, (il affichait même un meilleur palmarès, avec une quarantaine de combats, contre seulement 15 pour le personnage du film). En 2012, On le confronta lui aussi au champion du monde de sa catégorie (les poids moyens), le très grand Sergio Gabriel Martinez. A cette époque l’argentin pourtant âgé de 37 ans figurait parmi les trois meilleurs boxeurs mondiaux. Là aussi, la promo du combat se fit autour du fait que Julio César Jr était le fils du grand Chavez. On parlait plus de son lien de parenté que de lui, et cela semblait être son seul argument. Tout comme dans le film, il mena un super-combat faisant taire ceux qui l’accusaient de n’avoir qu’un nom. Comme dans le film il envoya son adversaire au tapis dans le tout dernier round après avoir été dominé pendant la majeure partie du combat. Et tout comme dans le film il finit par s’incliner aux points par décision unanime des juges mais il parvint à conquérir la foule. En sachant que l’écriture du scénario de Creed a débuté en 2013, on peut légitimement penser que l’histoire de Chavez Jr ait pu être une source d’inspiration.    

 

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Du reste, le prénom Adonis qui, comme celui d’Apollo fait référence à la mythologie gréco-romaine, est sans doute influencé par Adonis Stevenson, champion du Monde des Mi-Lourds (qui est justement la catégorie du film). D’ailleurs, il est à noter qu’Adonis Stevenson a justement affronté (et battu par KO) le boxeur Tony Bellew qui interprète justement le rival de Creed dans le film.

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Pour ce qui est du style de combat, Le style d’Adonis est, de l’aveu même de l’équipe du film, calqué sur le style du champion poids welter Timothy Bradley. 

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Adonis va donc devoir boxer contre le champion Britannique « Pretty » Ricky Conlan. Ce personnage, interprété par le vrai champion de boxe Tony Bellew, pourrait avoir quelques liens de parenté avec le champion anglais Ricky Hatton auquel il a emprunté le prénom et un short assez similaire à celui que portait Hatton en 2009. Mais pour le reste les deux sont très différents. Par son arrogance et ses débordements, ses ennuis judiciaires le menant en prison et aussi de par son surnom « Pretty », on peut penser que Conlan a en lui une part de Floyd Mayweather Jr qui dominait la boxe mondiale en 2015. Son invincibilité peut rappeler un autre grand champion britannique Mi-Lourd : Joe Calzague.

Quant à notre Rocky, on le sait vieux, âgé, seul et atteint d’un cancer. Peut être est-ce encore là l’influence de Joe Frazier qui revient, puisque le boxeur de Philadelphie qui a déjà inspiré Rocky, a longtemps traîné un cancer qui lui a été fatal en 2011. Peut être Rocky mourra t’il d’un cancer dans le « Creed 2 déjà » en préparation.

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Quoiqu’il en soit nous avons ici un bel aperçu qui démontre que Rocky va toujours puisé dans la réalité de la boxe. On peut peut-être donc tenter d’anticiper l’épisode suivant. Le rival d’Adonis sera-t-il un boxeur de l’Est, les nouvelles terreurs de la boxe moderne ? Qui sait, peut être vont-ils nous sortir le fils d’Ivan Drago qui viendra achever le travail de son père en tuant le dernier Creed ? Ils en seraient bien capables comme on les connaît !

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Quoiqu’il en soit, si la saga Rocky a autant marqué le septième art et a perduré aussi longtemps sur les années (40 ans tout de même) c’est indéniablement du fait de son lien constant avec le monde réel.