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Catégorie : Cinéma

Genre : Documentaire

Année : 2009

Public : Public averti

Durée : 1H47

Nation : Belgique

Réalisateurs : Philippe Dutilleul et Isabelle Christiaens

Intervenants : Léon Degrelle, Teodulfo Lagunero, Daniel Olivier, René Delvigne, Jean Vermeire  

Sujet : La vie légendaire de Léon Degrelle, « le fils qu’Hitler aurait voulu avoir ». Jeune homme, il se lance dans la politique et devient bien vite le leader du parti REX. Ce dernier prend rapidement de l’ampleur en Belgique. Lorsque la seconde guerre mondiale éclate, Degrelle devient ouvertement collaborationniste. Il prend les armes pour partir vers le front de l’Est à la tête de la légion « SS Wallonie ». Après de longues années de combats, il parvient à s’enfuir en Espagne à la fin de la guerre, où il recevra la protection de Franco.

 

Analyse critique :

(Attention SPOILERS !)

Aujourd’hui sur E-Pôle-Art, un docu choc et polémique, j’ai nommé Léon Degrelle ou la Führer de Vivre. Un titre évidemment évocateur et surtout provocateur. Si aujourd’hui les livres d’histoires évitent soigneusement de parler de Léon Degrelle, il faut savoir qu’il fut à l’époque l’un des plus célèbres Waffen SS et le seul haut signataire nazi qui parvint à échapper à la mort et aux gouvernements alliés.    

En Belgique, Degrelle est tabou comme l’explique Isabelle Christiaens une des réalisatrice du film. On ne parle pas de lui, on n’évoque pas son nom, il est tel un fantôme du passé que certains préfèrent oublier et que d’autres n’osent pas évoquer.

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Le film fut produit par Jean Libon, le créateur de Strip-Tease et réalisé par Philippe Dutilleul et Isabelle Christiaens, avec la collaboration de l’historien Korentin Falch’un.

Lors de sa présentation au FIGRA (festival international du grand reportage d’actualité et du documentaire de société), Léon Degrelle ou la Führer de Vivre a déclenché une polémique. Certains reprocheront au film un manque de contextualisation et de commentaires. C’est là qu’on touche le cœur de ce documentaire, dont la philosophie est de laisser dérouler les faits sous les yeux des spectateurs en commentant rarement les images et les propos et en optant pour une totale neutralité. C’est en fait cette neutralité qui dérangea à l’époque. En effet, si la neutralité est en principe saluée, il existe certains sujets sacrés sur lesquels elle n’est pas tolérée. La période de la seconde guerre mondiale en est un exemple. Tous les documentaires nous servent une vision profondément manichéenne et parfois même enfantine (à ce niveau là la série Apocalypse a atteint des sommets). On prend parti et on tombe donc dans la propagande. Ici les réalisateurs ont donc choisi la neutralité et face aux polémiques engendrées, l’historien Korentin Falch’un a d’ailleurs très bien clarifié les choses : « Déshabiller Degrelle comme nous l'avons fait permet de comprendre des aspects de sa personnalité, les éléments qui transforment un homme en leader charismatique en période de crise ». Il ajoute également : « Lorsqu'une image est forte, il n'est pas nécessaire de la commenter. Il faut laisser le spectateur juger par lui-même, miser sur son intelligence. C'est à travers la manière dont Degrelle raconte les choses que l'on peut comprendre la fascination qu'il a exercée, et la manière dont il a perturbé durablement les Belges. » 

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Voilà un postulat de départ tout à fait alléchant qui a au moins le mérite de ne pas prendre le spectateur pour un imbécile en le tenant par la main, mais aussi celui de se démarquer des autres documentaires sur ces sujets sensibles.

Par ailleurs cette neutralité est vraiment omniprésente, car si on assiste à des discours et des interviews de Degrelle ainsi qu’à ceux de certains membres de sa famille ou proches le soutenant, on a aussi droit à ceux de ses détracteurs composés d’anciens belges ayant connus cette période ou des historiens. Le spectateur se fera donc sa propre idée.

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Pourtant une fois encore, c’est cette neutralité enrichissante qui fera du tort au film. En France, les chaînes télés refuseront de le diffuser. Ce n’est que deux ans et demi plus tard que France 3 décidera de se mouiller, mais à certaines conditions !

La première que le film soit rebaptisé «  Léon Degrelle, le Fils préféré d’Hitler », car la chaîne française trouvait le titre original trop tendancieux et provocateur.

La seconde, que des séquences soient coupées, et notamment deux des séquences les plus importantes sur lesquelles nous reviendrons en aval.

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La troisième enfin, qu’il y’ait plus de commentaires du genre « Degrelle était un salaud », en bref la rupture de la neutralité.

Si les créateurs du documentaire se conformeront aux deux premières exigences, ils se refuseront à exécuter la dernière.

Pour cette chronique, j’évoquerais bien évidemment la version belge non censurée.

Le documentaire s’intéresse donc au personnage de Léon Degrelle.

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5,5

Jeune nationaliste belge originaire de Bouillon, toujours intéressé par la politique, il s’engagea davantage dans les années 30 en créant le mouvement rexiste. Leader naturel et charismatique, il attire les foules et dés 1936 remporte de grandes victoires aux élections. Rex ne va cesser de croître en Belgique dans la fin des années 30. Mais la seconde guerre mondiale éclate et Degrelle s’engage du côté de l’Allemagne Nazie après la chute de la Belgique. Il part comme simple soldat sur le front de L’Est. Par la suite il prendra la tête de la Légion Wallonie qui sera incorporée à la Waffen  SS dés 1942. Sur le front, Degrelle combattra farouchement et sera blessé plusieurs fois. Ses faits d’armes lui vaudront rapidement d’être promu, il montera les grades et deviendra Volksführer. Il recevra également les décorations et distinctions les plus prestigieuses de l’Allemagne. Lors de la reddition, Degrelle réfugié en Norvège prendra la fuite dans un avion allemand. Il survola toute la France échappant à la DCA. Il finira par s’écraser à San Sebastian tout près de la frontière espagnole. Il survivra cependant à l’accident et bénéficiera par la suite de la protection du Général Franco.

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Le parcours de Degrelle est indéniablement fascinant et ce qui frappe le plus c’est sans aucun doute sa jeunesse lors de ses aventures.

Le documentaire illustre donc le personnage de Léon Degrelle à travers une multitude d’images d’archives, mais aussi des interviews de l’intéressé datant des années 70 et 80. Degrelle peut donc s’exprimer librement.

Mais son témoignage n’est pas le seul, on trouve également celui de certains de ses frères d’armes engagés dans la Légion Wallonie. Nous aurons également celui de certains membres de sa famille et plus précisément de sa fille.

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Viennent également ceux d’anciens militants rexistes, ou de belges ayant vécu cette période, mais également des gens ayant connu ou approché Degrelle.

Le tout est évidemment fascinant et on trouvera aussi bien des admirateurs que des détracteurs.

Ici le documentaire se centre principalement sur la période nazie de Léon Degrelle. Le but est d’atteindre l’essence du personnage via certains de ces discours et des témoignages. C’est donc avant tout un portrait de Léon Degrelle, auquel Hitler aurait dit « Si j’avais eu un fils, j’aurais voulu qu’il soit comme vous ». Cette phrase célèbre qui donne son titre à la version française fit polémique. Pour beaucoup Degrelle aurait exagéré et inventé cette phrase. C’est notamment ce qu’en dit un de ses anciens camarades de combats qui lui est pourtant resté fidèle. 

8,5

On sera aussi intéressé par les anecdotes de Degrelle et des autres témoins et racontent ici l’histoire aux spectateurs.

On note aussi que le documentaire s’attarde pas mal sur le meurtre de trois bouillonnais qui auraient été éxécutés en représailles de l’assassinat du Frère de Léon Degrelle, un pharmacien, tué par des résistants. Certains bouillonnais ayant connu cette période témoignent et nous amènent sur un mémorial dédié à ces hommes tués « sur ordre de Léon Degrelle ». En réalité, Degrelle a été officiellement blanchi de ce meurtre par les tribunaux militaires alliés à l’époque (aucun chef d’accusation pour crime de guerre ne fut d’ailleurs retenu contre lui). Les trois feldgendarmes allemands responsables du crime furent retrouvés et extradés après la guerre pour être jugé en conseil de guerre à Dinant. C’est pourquoi la plaque mensongère accusant à tort Degrelle est désormais protégée par des barreaux car elle fut souvent détruite par le passé par des visiteurs scandalisés. Le documentaire ne rétablit pas non plus la vérité à ce sujet, laissant s’exprimer les habitants de Bouillon.

 

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On s’intéressera également aux deux scènes censurées par la version française.

La première est une interview de Degrelle interrogé sur l’Holocauste. Ce dernier a toujours tenu des positions négationnistes à ce sujet et le décrit comme « une de ces légendes criminelles qu’on continue de répandre à travers l’Europe », ajoutant que seuls « quelques centaines de milliers de juifs étaient morts ». Ce passage a été retiré en vertu de la loi Gayssot qui interdit de contester la version officielle de l’Holocauste. Ceci dit des lois semblables existent partout en Europe et également en Belgique, la version belge n’a pourtant pas été amputée de ce passage. France 3 affirma avoir eu peur que certains téléspectateurs adhèrent aux théories révisionnistes de Degrelle.

 

9,5

Mais la seconde scène supprimée dans la VF est indéniablement la plus intéressante. Il s’agit d’une interview du célèbre militant communiste espagnol Teodulfo Lagunero. Ce dernier était donc d’extrême gauche et par conséquent farouchement opposé à l’idéologie de Degrelle. Pourtant les deux hommes étaient des amis ! Ils se sont connus lors de l’exil de Degrelle en Espagne. Le témoignage de Lagunero est donc d’une grande valeur. Pourtant France 3 s’est dite mal à l’aise vis-à-vis de cette amitié entre un ancien nazi et un communiste. La séquence sera donc supprimée dans la VF.

La version Belge restera alors la plus pertinente et on saluera le travail effectué et surtout la neutralité du ton qui confère toute sa puissance à ce film.

 

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Cela dit, il n’est pas non plus exempt de plusieurs défauts. Par exemple un montage ne tenant nullement compte de la structure historique des évènements. L’ordre chronologique était visiblement le dernier souci des réalisateurs qui se sont avant tout centré sur le personnage de Degrelle. Pourtant, on ne peut comprendre le personnage sans suivre dans l’ordre les étapes qui ont marqué sa vie. Il est par ailleurs très regrettable que la période du rexisme en Belgique soit à peine évoquée.

Ceci dit Léon Degrelle ou La Führer de Vivre s’impose comme un très bon documentaire.

Son ton neutre donnant la parole aussi bien aux admirateurs qu’aux détracteurs fit beaucoup polémiquer mais c’est une fois de plus ce qui fait sa force. Le film se heurta à la censure et n’eût droit qu’à peu de visibilité. Même France 3, après avoir pourtant dénaturé le documentaire, ne le diffusera qu’à 23h50 préférant éviter les polémiques.

 

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Cela dit, comme l’explique Korentin Falch’un :   « A cause de sa condamnation à mort, Degrelle a été déchu de ses droits civiques, et ne pouvait plus s'exprimer dans les médias de son pays. Certains films qui lui ont été consacrés ont d'ailleurs été bloqués ». Ici monsieur Falch’un fait évidemment référence au film documentaire réalisé en France par Jean-Michel Charlieret également à une interview de 1978 qui resta 10 ans aux oubliettes.    

Léon Degrelle ou la Führer de Vivre aura droit plus ou moins au même traitement. Cela dit, l’Internet permet d’offrir une seconde vie à ce genre de film.

 

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Indéniablement le personnage de Léon Degrelle dérange autant qu’il fascine. Car au-delà des idéologies, même beaucoup de ses adversaires politiques ou militaires reconnaissent le côté extraordinaire d’un tel personnage et de son parcours.

 

13,5

Léon Degrelle ou la Führer de Vivre réussit son coup, mais il se révèle cependant moins bien fait que le film de Charlier (que nous aurons l’occasion d’aborder) dont il reprend d’ailleurs des passages. Il reste néanmoins un excellent documentaire sortant des sentiers battus.

 

 

Note : 17/20