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Catégorie : Cinéma

Genre : Drame

Année : 1998

Public : Tous Publics

Durée : 1H40

Nation : France

Réalisateur : Francis Girod

Acteurs : Bruno Wolkowitch, Jean Michel Dupuis, Adrienne Pauly, Eléonore Gosset, Loïc Corbery

Synopsis : Dans un petit lycée parisien, une bande d’amis, composée de quatre garçons et trois filles en Terminale, se prépare pour passer le bac. Arrive alors Monsieur Terrien un professeur de philosophie séducteur et charismatique. Bien vite, des évènements étranges se produisent. Caroline, une jeune fille, se suicide en plein cours de philosophie en sautant par la fenêtre. Le reste de la bande choqué décide d’enquêter et découvre que Caroline avait été séduite par Terrien qui l’avait rejetée violemment après avoir couché avec elle. Mais pire ! En enquêtant sur Terrien, ils réalisent que ce dernier est un négationniste néo-nazi. L’heure de la vengeance a sonné…

Analyse critique :

(Attention SPOILERS !)

Aujourd’hui sur E-Pôle-Art, je vous propose un petit film français totalement méconnu, quasi-introuvable baptisé Terminale réalisé en 1998 par un certain Francis Girod. Alors Francis Girod c’est un réalisateur, producteur et scénariste français, membre de l’académie des beaux-arts qui a fait quelques films, dont le plus célèbre est probablement La Banquière avec Romy Schneider. Et donc en 98, ce monsieur Girod réalise le film Terminale.

Comme je le mentionnais, ce film est très peu connu et difficilement trouvable. Les raisons sont assez évidentes : le film est vraiment très médiocre et cela même dans l’optique d’adhérer à son contenu. Le peu de critiques qu’il a reçu étaient très majoritairement négatives. Notamment car la réalisation est franchement à chier et que le fond est d’un manichéisme assez spectaculaire et propagandiste. C’est d’ailleurs pour cela en fait que j’ai décidé d’aborder ce film.  

  

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Le speech est donc simple : Une bande de lycéens s’apprête à passer le bac quand débarque Rémi Terrien, professeur de philosophie qui ne passe pas inaperçu avec son charisme autoritaire et son charme séducteur. Il fascine bien vite les élèves. Mais un jour, en plein cours de philo, Caroline, une jeune fille de la bande se suicide en se jetant par la fenêtre. Le choc est rude pour sa bande de copains. Qu’est ce qui a pu pousser Caroline à se suicider en plein cours de Terrien ? Pour les élèves, cela est lié au prof en question. Ils décident d’enquêter et vont découvrir que Terrien avait séduit Caroline et avait même couché avec elle (pédophilie, étant donné qu’elle n’était pas encore majeure) puis l’avait rejetée avec mépris. Le cœur brisé Caroline s’était alors suicidée. Terrien devient alors bien vite un salaud aux yeux de notre bande de lycéens. Mais le pire reste à venir : Nos lycéens découvrent que Terrien est un négationniste flirtant avec les milieux d’extrême droite.

A partir de là Terrien devient le monstre, le mal absolu qu’il faut à tout prix abattre pour les élèves.

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Voilà donc pour les grandes lignes de l’intro. Des élèves doivent faire face à un prof pervers, révisionniste et au final « nazi ». On pourrait se demander où les scénaristes Francis Girod et Gérard Miller (oui, on parle bien du psychanalyste gauchiste et chroniqueur télévisé) sont allé chercher cette idée.

Bien qu’aucune source officielle ne soit citée, il est plus que probable que le film s’inspire de « l’affaire Reynouard » qui a avait quelque peu défrayé la chronique un an auparavant. L’affaire s’était déroulée à Honfleur en 1997, soit un an avant la sortie du film de Girod. Pour ceux qui ne connaîtraient pas les faits, Vincent Reynouard était professeur de chimie dans un lycée. On découvrit alors qu’il était également un militant révisionniste qui rédigeait notamment des thèses dites négationnistes sur l’Holocauste. L’affaire éclata et fit scandale. Vincent Reynouard fut à l’époque exclu de l’Education Nationale et condamné en justice (depuis, il est devenu le révisionniste français le plus actif sur le net et est d’ailleurs actuellement en exil au Royaume-Uni pour échapper à une peine de deux ans de prison ferme). Nul doute que c’est donc là l’histoire qui a inspiré Girod et Miller. Cela dit, nous verrons plus loin qu’il y’a des différences de taille entre la fiction et la réalité.

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Pour en revenir au film donc, nos chers élèves n’ont désormais qu’une obsession, faire payer Terrien pour sa liaison avec Caroline et surtout pour ses idées. S’en référant d’abord sans succès au proviseur, ils organisent un traquenard dans une petite libraire où Terrien distribue ses ouvrages. Masquées et armés de bâtons, ils saccagent tout et molestent Terrien. Mais cela ne suffit pas à nos jeunes lycéens. Pour eux Terrien doit subir l’ultime châtiment : la mort. Ils fomentent alors une tentative d’assassinat et le film prend une nouvelle ampleur dramatique. Alors qu’ils se rapprochent petit à petit de leur but machiavélique on s’attend à une intervention extérieure qui va faire réaliser aux adolescents la folie de leur projet et les faire abandonner. Mais non, Ils iront jusqu’au bout et assassineront Terrien. Le film termine alors sur cette phrase « Le Pire avec les salauds, c’est qu’ils vous donnent envie de tuer ».

Je dois dire que c’est un choc de voir un film assumer à ce point un tel parti pris. Mais revenons à l’œuvre en elle-même.

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Premièrement, sur le plan technique le film est sans style et vraiment médiocre, digne d’un mauvais téléfilm. Les prestations vont de moyennes à laborieuses. Celui qui s’en tire le mieux est sans doute Bruno Wolkowitch qui est cependant dans la caricature pour le rôle du professeur Terrien. Rien à sauver à ce niveau là donc, le film est vraiment pitoyable.

Mais il l’est d’autant plus dans son fond. Ici on comprend bien que Terminale est un film « antifasciste ». Nos jeunes lycéens de gauche vont devoir lutter à mort contre le diabolique professeur d’extrême droite. On passera sur le manichéisme ambiant et on insistera davantage sur le paradoxe de ce genre de films qui deviennent plus « fasciste que les fascistes » si j’ose dire. En gros Francis Girod justifie sous nos yeux le meurtre, et même le meurtre idéologique. « Tu n’es pas dans notre camp, donc tu es un facho, donc tu mérites la mort, donc je te tue car tu m’y obliges ». Tel est en fait le message grossier de ce  film. C’est d’ailleurs seulement sur ce plan là que Girod se montre un peu habile. Il justifie d’abord l’action envers Terrien du fait qu’il ait poussé indirectement Caroline au suicide, c’est l’évènement déclencheur. Et c’est juste après cela, que ses idées sont évoquées et deviennent ici une circonstance aggravante justifiant le meurtre. Et plus le film avance, moins il est question de la mort de Caroline mais des idées de Terrien (sous-entendu : les idées sont pires que les actes, même que les meurtres). Peut-on imaginer une vision plus totalitaire ? Qu’on rejette les idées de Terrien se conçoit parfaitement, mais qu’on le tue pour cela…Mais pire ! La dernière phrase : « Le Pire avec les salauds, c’est qu’ils vous donnent envie de tuer », vient enfoncer le dernier clou. Non seulement « le facho » mérite la mort pour ses idées, mais plus que cela, il est doublement coupable car il fait naître en nous l’envie de meurtre. Il doit donc purement être éradiqué à l’image de Terrien. Tel est le message véhiculé.

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J’insiste beaucoup sur le fond, pour en faire percevoir la gravité. Il s’agit ici de criminaliser les idées et de justifier leur combat par le meurtre et la violence physique. Aujourd’hui, je ressens l’écho de Terminale à travers les actes de violence perpétrés par certains groupuscules d’extrêmes gauche. Quand l’anti-totalitariste devient lui-même le plus grand des totalitaire et justifie le meurtre de ceux qui ont les idées qu’il rejette.

 

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Mais au final, Terminale est le film d’une réalité manichéenne qui n’existe que dans la tête de Francis Girod. Et pour preuve, comparons la fiction à la réalité. Comme je le mentionnais plus haut, le film s’inspire très probablement du cas de Vincent Reynouard qui défraya la chronique un an avant la sortie du film. Tout comme Terrien, Reynouard était professeur en lycée (de chimie et non de philosophie cependant) et était un militant révisionniste proche des idées d’extrême droite. Cependant, il y’a deux différences majeures entre le film et la réalité :

- La première, Vincent Reynouard, contrairement à Terrien dans le film, n’a jamais couché ni eu de rapports sexuels avec une de ses élèves.

- La seconde, les élèves de Reynouard, contrairement à ceux de Terrien dans le film, n’ont jamais cherché à assassiner leur professeur mais l’ont au contraire largement soutenu en manifestant et en formant un comité de soutien et une pétition pour qu’il ne soit pas radié de l’Education Nationale. De plus, certains élèves, l’ont aidé à son déménagement suite à sa révocation et son départ d’Honfleur. Ces élèves, étaient-ils tous des révisionnistes comme monsieur Reynouard ? Non, probablement pas, mais sans doute savaient-ils faire la part des choses contrairement à ceux de Terminale.

 

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Avec Terminale, Francis Girod a réalisé quelque chose qu’il n’est pas loin d’être un appel au meurtre.

Bien évidemment on ne peut criminaliser un film, au risque de devenir comme monsieur Girod, mais on peut juger sa qualité, ce que saura faire le public et la critique qui bouderons Terminale. Depuis, il est devenu très difficilement trouvable et a quasiment disparu de la circulation. Peut être que son auteur en a finalement eu honte. 

 

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Un film propagandiste à l’idéologie plus que limite et à la réalisation minable.            

               

          

Note : 0/20