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Catégorie : Cinéma

Genre : Documentaire

Année : 2011

Public : Tous Publics

Durée : 53 minutes

Nation : USA/Royaume Uni

Réalisateur : Gabriel Clarke et John McKenna

Intervenants : Nigel Benn, Gerald McClellan, Lisa McClellan, Frank Bruno, Kevin Sanders, Stan Johnson, Alfred Asaro

Sujet : Le 25 Février 1995 au London Arena de Londres au Royaume-Uni, devant 15 000 spectateurs, se prépare le choc de la soirée. Le championnat du monde de boxe des poids Super-Moyens entre le britannique Nigel Benn et l’américain Gerald McClellan. Un combat qui va s’avérer encore plus brutal, plus violent et surtout plus dramatique que prévu. Des années plus tard, les principaux acteurs de cet évènements tragique évoquent cette soirée qui a à jamais marqué leurs vies.

 

Analyse critique :

(Attention SPOILERS !)

Cela faisait longtemps que je n’avais pas parlé de boxe et ceux qui me connaissent savent que c’est un sport qui me fascine. Il fascine également le cinéma mais également les documentaires. On citera bien sûr When We Were Kings, le plus célèbre. Souvent ces documentaires nous renvoient au moment de gloire de la boxe. Mais le noble art a aussi ses côtés obscurs. Il connaît également des drames. Aujourd’hui c’est l’un de ses évènements dramatiques qu’aborde ce documentaire réalisé en 2011, j’ai nommé The Fight of Their Lives.        

Nous sommes en 1995 et se prépare un super championnat du monde des super-moyens entre deux cogneurs impitoyables : Nigel Benn et Gerald McClellan. Deux combattants incroyables. Et comme le veut la tradition, présentons d’abord le Challenger : l’américain Gérald McClellan alias le « G-Man ».

 

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Originaire de Freeport, McClellan a eu une bonne carrière amateur au cours de laquelle il a notamment battu la future légende des rings : Roy Jones Jr. Passé pro, McClellan a bien vite montré des capacités physiques hors du commun. Une très grande résistance et une force de frappe phénoménale qui en fait l’un des boxeurs les plus puissants jamais vu sur un ring. Très intimidant avec son regard assassin et ses phrases glaciales, McClellan est vu (notamment par Don King) comme le Mike Tyson des poids moyens. Dans cette catégorie, il rase tout sur les rings et s’empare de deux ceintures de champion du monde ! McClellan n’est pas un assommeur, il fait partie de la classe des « tueurs », ce genre de boxeur qui sur un seul coup peut briser votre carrière ou votre vie. C’est également un grand habitué des épreuves de forces, puisqu’il a démoli par des KO expéditifs des « tueurs » de son envergure tels que Julian Jackson et John Mugabi. McClellan paraît inarrêtable. Pourtant son image est peut être encore plus terrifiante hors du ring. Passionné par les Pitbulls, il organise apparemment des combats de chiens. Une anecdote raconte qu’il aurait même muselé un labrador et l’aurait livré à un pitbull (impossible aujourd’hui de savoir si cela est vrai ou si c’est une exagération voulue par la légende). Alors à son apogée, il décide de faire un sot dans la catégorie supérieure des super-moyens (dans laquelle évoluent notamment des combattants tels que Roy Jones et James Toney) pour y défier le champion du monde WBC Nigel Benn.

 

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Le moment est donc venu de parler du champion Nigel Benn alias « No Fear » ou « Big Benn ». A l’instar de McClellan, il détient lui aussi une très grande force de frappe et laisse la majorité de ses adversaires sur le carreau. Il est originaire d’Ilford en Angleterre et il domine la catégorie des Super-Moyens depuis 1992. Il a cependant connu des difficultés face à son compatriote Chris Eubank, contre lequel il a concédé une défaite par KO en 1990 et un match nul en 1993.

L’affiche fait fureur et attire les foules. Un combat de choc se prépare. McClellan est donné favori par la majorité des observateurs.

 

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La préparation du combat est suivie de près. Le combat se déroule dans le pays du champion en Angleterre et plus précisément à Londres. C’est la première fois que le « G-man » combat hors des Etats Unis. Il fait fureur en débarquant accompagné de deux pitbulls.

Bien vite la tension monte à l’approche du combat. La rivalité entre les deux ennemis jurés s’accroît. Selon les rumeurs, McClellan aurait déclaré qu’il ne voulait pas seulement battre Benn mais le laisser mort sur le ring. On ignore si McClellan a pu dire ça au propre ou au figuré, ou si c’était juste de la promo. Toujours est-il qu’au vu du premier round du combat, on peut légitimement penser qu’il a réellement cherché à tuer son adversaire.

 

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4,5

Le combat arrive enfin au London Arena, devant une foule passionnée, majoritairement britannique et donc en faveur du champion. Dans la salle se trouvent notamment les champions de boxe anglais : « Prince » Naseem Hamed et Frank Bruno.

McClellan, fait donc son entrée en premier sous les sifflets et les hués, alors que Benn entre triomphant sous les applaudissements de ses compatriotes. Pour arbitrer la rencontre, les fédérations ont curieusement fait appel à Alfred Asaro, un arbitre français qui ne parle pas l’anglais et qui a peu d’expérience pour ce genre d’évènement.

 

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Dés le premier round le ton est donné, le « G-Man » se jette tel un pitbull sur le champion et au bout de seulement quelques secondes, il l’assomme dans les cordes avec une lourde droite et s’acharne avec une violence inouïe sur un adversaire désormais sonné et sans défense. Benn gît au sol de l’autre côté des cordes dans la partie extérieure du ring. Mais solide, « No Fear » se relève et repart à l’assaut. Une polémique naîtra après le combat, certains, dont le clan McClellan, affirmeront que Benn avait bénéficié d’un décompte trop long et qu’il n’était pas revenu à temps sur le ring, ce qui aurait dû donner la victoire par KO au premier round à l’américain. Benn parvient à survivre difficilement jusqu’à la fin de cette première reprise.  

  

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Dés le second round, le champion, courageux, revient dans le combat. Il boxe de toute évidence mieux que McClellan et parvient à l’atteindre avec de larges crochets en pleine mâchoire. Le britannique retourne la situation à son avantage et domine la plupart des rounds suivants. McClellan est durement touché. Mais son incroyable capacité de résistance se dévoile, il ne tombe pas malgré la puissance des coups portés par Benn. Il continue à lutter farouchement mais il boxe le protège dents dehors et semble montrer des signes de douleurs et de fatigue. Dans le huitième round, McClellan est très sévèrement touché et sonné. Il titube, mais tel un pitbull, il se rebiffe et fait parler sa droite meurtrière et parvient à retourner la situation de façon incroyable en envoyant une seconde fois Benn au Tapis. Ce dernier se relève et toujours aussi déterminé repart à l’assaut.

 

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Dans la neuvième reprise, le champion a repris le dessus et bouscule son adversaire. Il veut désormais lui porter le coup de grâce, il s’élance alors avec une énorme droite que McClellan parvient à éviter. Mais dans sa lancée, Benn perd l’équilibre et tel un bélier, son crâne va percuter de plein fouet le visage de McClellan. Ce dernier sonné par le choc veut récupérer et l’arbitre Alfred Asaro commet sans doute une erreur en ne lui laissant pas suffisamment de temps pour reprendre ses esprits. Le « G-Man » termine le round avec difficultés sous les énormes frappes de son adversaire.

 

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A la dixième reprise, McClellan se met à cligner des yeux de façon anormale. Benn voyant son désarroi se jette sur lui. Sonné et sous la puissance des coups, l’américain fini par poser un genou à terre. Il se relève mais il semble littéralement hors de combat. Il finit lui-même par s’accroupir sous les coups de Benn. Cette fois, McClellan ne se redresse pas au terme du compte des 10 secondes. Benn est vainqueur par KO au dixième round. Alors que le britannique célèbre sa victoire, l’américain retourne dans son coin et est pris de terribles douleurs cérébrales. Il finit par perdre connaissance et est évacué d’urgence de l’arène. Alors que de son côté, Benn, triomphant, retourne dans les vestiaires sous les acclamations de la foule, avant de s’effondrer subitement au sol évanoui.

 

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9,5

Une soirée riche en émotions fortes. Les deux hommes sont menés à l’hôpital. Benn en ressort rapidement couvert de pansements sur le visage, alors que McClellan reste dans le coma. Il n’en sortira que plusieurs semaines plus tard. Les médecins constateront alors des lésions irréversibles au cerveau. Il ne remontera plus jamais sur un ring.

De son côté Nigel Benn, ne boxera plus jamais de la même façon et l’année suivante il connaîtra une série de défaites avant de prendre sa retraite.

 

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Des polémiques éclateront concernant le combat notamment au niveau de l’arbitrage qui sera remis en cause. Le coin de McClellan accusera même Benn de dopage.

Des années plus tard les traces de ce drame sont toujours là. McClellan n’était sans doute pas le gars le plus attachant qu’on ait vu, il a sans doute fait des choses condamnables et certains pourraient y voir justice. Pourtant c’est un tout autre homme aujourd’hui. Ses lésions au cerveau ont pris de l’ampleur et l’ont laissé lourdement paralysé sur un fauteuil roulant. Le moindre mouvement lui prend des heures, il est désormais aveugle, quasiment sourd et à moitié amnésique. Amoindri et la voie fluette, il n’est plus la terreur des rings mais un pauvre infirme ravagé (et le mot est faible) vivant désormais avec sa sœur. Il ne reçut que peu d’argent en dédommagement du promoteur Don King qui, comme à son habitude, se montrera peu honnête envers son boxeur.

 

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Benn de son côté est en forme physique mais détruit moralement par la culpabilité. En 2007, il rencontrera McClellan pour la première fois depuis leur combat, lors d’un gala de charité qu’il a organisé en son honneur. Il ne pourra contenir son émotion.

Depuis, Benn a organisé plusieurs fois ce genre d’évènements. Aujourd’hui, pourtant ce combat fait toujours débat dans le monde de la boxe. Comment cela a t’il pu arriver ? A qui incombe la responsabilité ? Sur ce point là, le coin de McClellan et l’arbitre se renvoient la balle mutuellement. Nul doute qu’il y’a eu du tort des deux côtés. Cependant Lisa McClellan, la sœur de Gerald tient plus le coin pour responsable.

 

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Toujours est-il que cela ne changera rien au drame qui s’est déroulé.

Un drame que relate parfaitement cet excellent documentaire sorti en 2011.

Ici, interviennent les principaux acteurs de cet évènement, à commencer par les deux boxeurs. Puis également leur entraîneur, leur famille, l’arbitre, les promoteurs, d’autres boxeurs…

 

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On a également droit à beaucoup d’images d’archives et notamment celles du combat. Le combat se suit d’ailleurs tout le long du documentaire entrecoupé par les interventions des protagonistes. Le montage est donc original et structuré.

Il parvient à faire ressortir le choc de cet évènement qui a marqué l’histoire de la boxe.

Brillamment réalisé, il pose des questions pertinentes sur les limites du sport et les dangers qui en découlent. La boxe est un sport dangereux, mais pour beaucoup d’intervenants présents, elle a servi à sortir de la misère beaucoup d’hommes et les a parfois sauvé d’une vie moins enviable.

 

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Le point fort du documentaire est cependant sa neutralité et son refus de prendre parti ou position. Il laisse s’exprimer tous les intervenants avec objectivité.

La réflexion sur les faits n’est donc pas innée dans l’œuvre mais vient dans l’esprit du spectateur qui se fera son idée.

Ce documentaire ne fit pas parler beaucoup de lui à sa sortie, il n’a d’ailleurs jamais été traduit en français. Cela dit il ne s’agit pas de grandes stars de la boxe. De plus c’est plutôt le genre de film qui fait de la mauvaise pub à un « noble art » devenu très lucratif.

 

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Quelque part, The Fight of Their Lives est l’anti When We Were Kings.

Il n’en reste pas moins un documentaire choc, percutant, émouvant et très réussi.

      

 

 

Note : 17/20