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Catégorie : Littérature

Genre : Analyse, Série télévisée

Année : 2013

Nombre de pages : 134

Nation : USA

Auteur : Sarah Hatchuel

Synopsis : l’analyse de l’une des séries les plus cultes des années 2000. Les mythes qui la composent, la façon dont elle repousse les limites de narration, sa capacité à user du mot « Lost » (perdu) dans tous les sens du terme. Lost entretient un véritable rapport avec le spectateur. La série mélange plusieurs visions du monde et se veut à la fois mystique, critique, postmoderne, expérimentale et émotionnelle. 

 

Analyse critique :

(Attention SPOILERS)

Pour terminer ce cycle dédié à la série Lost, je choisis d’aborder le livre Lost : Fiction Vitale d’une certaine Sarah Hatchuel. Lost a bien évidemment été une série fascinante pour pas mal de fans et dans ce livre, Sarah Hatchuel tente d’analyser cet engouement et pense le rapport qu’entretient la série avec ses spectateurs. 

C’est donc un livre très intéressant sur lequel je me suis parfois appuyé pour mes chroniques des six saisons de Lost. Même si au final je n’ai pas forcément la même vision que Sarah Hatchuel. Et c’est aussi ça Lost, des interprétations totalement différentes.

D’ailleurs, l’auteur note à juste titre que la série aurait pu avoir une audience très mince au vue de sa mythologie particulière. Bien qu’au final, en France, elle ait perdu progressivement de son public. 

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Premièrement dans son livre, Sarah Hatchuel évoque le sentiment de nostalgie qui se dégage de la série dés la saison 3. Cette nostalgie de retourner sur l’Île ce lieu mystique et aussi dangereux qui est à l’origine de bien des souffrances chez les protagonistes. Et pourtant tout ça n’est que peu de choses à leurs yeux au vu des relations qu’ils ont formé entre eux lors de leur aventure. Et Lost repose essentiellement sur ces rapports humains et se veut donc être aussi une série émotionnelle.

L’auteur analyse ensuite les prouesses scénaristiques de la série et notamment sa capacité à repousser toutes les limites de la narration à travers le Flash-Back, Flash Foward et Flash Sideway. Lost a su aussi énormément exploiter (comme doit le faire toute bonne série) sa construction « sériale ». Aucune des six saisons ne se ressemblent, elles ont toutes des enjeux différents et apportent toute une pièce à l’édifice final.

Mais le livre étudie aussi Lost au-delà de la fiction et de l’écran dans les sphères de fans. La communauté Lost va vivre la série à 200 % en la laissant s’introduire dans leur vie quotidienne. Ainsi des conférences sont organisées, des identités de faux détectives créées. Tout se joue comme si les évènements de Lost étaient bien réels et des enquêtes au niveau international s’organisent. Les créateurs de la série jouent d’ailleurs le jeu en proposant des faux documentaires, de faux documents…. Autant dire que Lost déchaîne les passions et cela dés la saison 1. Les aficionados analysent la série image par image au ralenti. Tous espèrent y déceler des symboliques et des messages cachés dont la série est accoutumée.  

 

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Ensuite, Lost : Fiction Vitale nous propose d’étudier le rapport à la réalité qu’entretient la série. En effet, en l’analysant, on constate que Lost nous propose un regard philosophique mais aussi critique sur le monde qui nous entoure, et nous pousse à en faire autant.  Chaque personnage peut représenter un point de vue différent qui apporte sa pierre à l’édifice. La série nous pousse à nous méfier des apparences, c’est même l’un de ses axes principaux, puisque souvent dans Lost les apparences se révèleront trompeuses. La série parvient également à créer un certain réalisme à travers ses personnages, si puissant parfois qu’on pourrait se croire dans une émission de téléréalité (en mieux bien entendu).

Sarah Hatchuel analyse ensuite le temps dans la série et comment il est vu. Le temps va devenir l’un des éléments les plus importants de la série au fil des saisons. Des questions se posent : peut-on changer le cours du temps ? Ce qui est arrivé est arrivé ? Y’a-t-il un destin qui définit le temps de chacun ? Un seul élément peut il changer complètement le cours des choses ? Ou le destin le rattrape toujours ? Beaucoup de questions que la série parvient à aborder de façon émotionnelle et philosophique.

Lost : Fiction Vitale note également la multitude de références culturelles qu’on trouve dans la série. Des tas d’auteurs et philosophes cités à travers les personnages et leur situation. L’histoire en elle-même semble s’appuyer parfois sur la mythologie grecque ou le Nouveau Testament. D’ailleurs à ce niveau là, Sarah Hatchuel ne manque pas de rappeler que Lost s’inscrit beaucoup dans un héritage judéo-chrétien, notamment sur la fin. Mais on retrouve aussi comme influence la psychanalyse freudienne. Notamment à travers la figure du père et de la révolte contre l’autorité paternelle qui est l’un des piliers phares de la série. On peut d’ailleurs aussi noter que sur la fin Lost nous propose également une vision très intéressante de la figure maternelle à travers la mère de Jacob et L’Homme en noir.

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La série évoque également les croyances des humains. A travers les religions, mais aussi la croyance au destin et en l’Île. La croyance au fait que rien n’arrive par hasard, la croyance qu’aucune rencontre n’est fortuite, la croyance en la théorie des « six degrés de séparation ».   

Le livre ne manque également pas de noter à quel point la série s’attache à l’évolution des personnages et notamment à leur évolution dans le temps que nous avons évoqué plus haut. Le temps a beaucoup modifié la perception de chaque personnage de Lost.

L’étude d’un groupe, et les relations que vont entretenir ses membres. On se souvient évidemment de la phrase mythique de Jack « Vivre ensemble ou Mourir Seul ».

Mais surtout, la saga parvient à créer un vrai lien entre les personnages et les spectateurs. Ainsi lorsque dans les flashs-sideway de la dernière saison les personnages se souviennent de leur vie sur l’Île, c’est les souvenirs du spectateur que Lost prend à parti et notamment son sentiment de nostalgie. Ainsi l’adieu final des personnages concerne aussi les spectateurs. Le rituel qui accompagne la fin des personnages de Lost, semble en fait accompagner en douceur le spectateur vers la fin d’une série qui l’a fait vibrer et qui l’a changé. Lost a donc aussi une dimension expérimentale.  

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Au final Lost : Fiction Vitale se révèle un livre très intéressant. Une fois encore, je ne partage pas toujours la même vision que Sarah Hatchuel mais c’est aussi et justement cela qui rend le livre vraiment passionnant. Certes, je trouve que beaucoup de points ne sont pas développés. Comme l’aspect philosophique au sujet de la vie sur l’Île et la notion de libre arbitre ou de hiérarchie dans un lieu éloigné de toutes sociétés civilisées et structurées. Mais j’aurais aussi aimé voir aborder le sens moral de Lost que j’avais évoqué dans ma chro de la saison 6. Même si à un moment Sarah Hatchuel l’évoque quelque peu, elle ne le développe pas du tout.

Concernant l’écriture c’est assez fluide, mais paradoxalement pas toujours attrayants. On a parfois l’impression que l’auteur ne parvient pas à exprimer clairement ses idées et son ressenti. Cela dit, Lost : Fiction Vitale reste un livre intéressant qui ne vous apprendra rien de plus sur la série en elle-même mais vous permettra de comprendre mieux ses enjeux.

Lost : Fiction Vitale reste donc un bouquin vraiment sympa     

            

Note : 15/20