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Catégorie : Bande dessinée

Genre : Action, Satire, Humour

Année : 2013

Nombre de pages : 44

Nation : France

Auteurs : Alain Soral, Dieudonné M’Bala M’Bala, Zéon

Synopsis : L’oligarque multimilliardaire russe Serguey Ploucatchov organise une croisière dans son tout nouveau bijou : «L’Eltsine », Un yacht de plus de 200 mètres de long évalué à deux milliards de dollars. A bord, tout le gratin du show business, de la politique et de l’oligarchie mondialiste est invité à venir séjourner durant un voyage inaugural de Doha à Monaco pour présenter le navire au « Yacht Show 2012 ». Sur le gigantesque bateau, la fête bat son plein et vire à l’orgie. Jusqu’à ce que des pirates somaliens fassent irruption et aborde le yacht pour prendre tout le monde en otage.       

Analyse critique :

(Attention SPOILERS !)

La Bande dessinée a pris de plus en plus d’ampleur au fil des années. On trouve désormais un très grand nombre de série au rayon des BD. Beaucoup se ressemblent par ailleurs. Mais si il y’a une BD que vous ne trouverez pas dans les rayons des grandes surfaces ou librairies classiques, c’est bien Yacht People. Tout simplement parce que derrière cette BD humoristique et transgressive, se trouvent des personnages sulfureux et « infréquentables ».

Yacht People a été rédigé en trio par : le penseur et pamphlétaire subversif Alain Soral, l’artiste et humoriste polémique Dieudonné et pour finir le caricaturiste transgressif Zéon. Que du politiquement incorrect donc, car ces trois artistes ont pour point commun d’avoir été poursuivi et condamnés en justice pour leurs œuvres respectives (pas très Charlie tout ça…).

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On a donc droit à un cocktail détonnant.

C’est alors Alain Soral qui s’est chargé de rédiger le scénario de Yacht People. Dieudonné de son côté a écrit tous les dialogues. Quant à Zéon, il fut évidemment chargé de réaliser les dessins.

A l’annonce du projet, Yacht People fait le buzz. Le public de « la dissidence » attend de pied ferme cette œuvre. Le premier tome est donc édité en 2013 sous le titre de « Quenelle en Haute Mer ».

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Evidemment avec un tel titre, on peut penser que Yacht People va se baser sur les sketches de Dieudonné avant tout. En réalité ce n’est pas du tout le cas. Certes, on retrouve ici pas mal d’allusions et de gimmicks de Dieudonné, mais c’est toujours sous la forme de clin d’œil et de façon assez fine et subtile (comme une radio en arrière plan en train de diffuser Shoananas par exemple).

Yacht People est une œuvre humoristique qui se veut une satire de nos sociétés modernes et du monde actuel de la politique et du show-biz. Et clairement, nos trois auteurs n’y sont pas allés de main morte.

On suit donc l’histoire d’une croisière de personnalités haut placées, qui va virer au cauchemar lorsque des pirates somaliens vont aborder le yacht.

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On retrouvera donc des personnalités connues (que ce soit sous leurs vrai noms ou des pseudos) comme : Tom Cruise, Schwarzenegger, Massimo Gargia, BHL, Besancenot, Jamel Debbouze, DSK, Joey Starr, Laurent Ruquier et des tas d’autres personnalités politiques ou du show biz. Impossible de tout énumérer, certains ne font même que quelques apparitions. Parmi les principaux personnages on retrouvera les stéréotypes de la société, comme le riche Emir qatari musulman, le producteur de cinéma juif, le gay jet set, le jeune journaliste gauchiste ambitieux et bien sûr l’oligarque multimilliardaire russe. Ce personnage, un peu au cœur du récit, baptisé Serguey Ploucatchov peut, par ses traits physiques, rappeler quelque peu Vladimir Poutine (ce lien sera plus explicite dans le second tome). Mais pour l’heure, le personnage semble avant tout inspiré des multimilliardaires russes et plus précisément par Roman Abramovich. On constatera d’ailleurs que le yacht de la BD ressemble beaucoup à « l’Eclipse » d’Abramovich. D’ailleurs dans le livre, le yacht est baptisé le « Eltsine », contenant ainsi les premières et dernières lettres du nom du navire d’Abramovich, mais faisant surtout le lien avec l’ancien dirigeant russe dont Abramovich était l’un des admirateurs pour sa politique néolibérale.   

     

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On notera également le personnage du chef des pirates somaliens, bien plus intelligent et rusé que ses hommes.  

On comprend donc de quoi et plus précisément de qui, les auteurs veulent parler à travers leurs personnages. Evidemment il y’a aussi parfois un aspect « règlement de compte ». Les artistes se vengent via la BD sur leurs ennemis, censeurs et persécuteurs.

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Concernant la BD en elle-même. Les dessins de Zéon sont très réussis, on y retrouve d’ailleurs sa pâte d’artiste et son talent qui éclatait déjà dans ses caricatures. Le ton est donné. Il a réalisé un travail vraiment conséquent sur chaque planche. J’ai relu Yacht People plusieurs fois et à chaque relecture, je découvre de nouvelles choses dans les images. Toutes les planches contiennent une multitude de détails subtils qui font généralement référence à des évènements politiques ou médiatiques connus. On notera l’insertion de certains personnages célèbres, mais également de tas de symboles ou de détails parlants (une affiche dans une chambre, un livre posé sur une table, un tatouage sur un personnage…). Zéon s’est amusé à glisser plein de détails et d’indices qui permettent une fois encore plusieurs relectures de l’œuvre. On peut passer plusieurs minutes sur une image sans en voir tous les détails et les clins d’œil. De ce côté-là, on ne peut que saluer le travail de l’artiste.

Pour ce qui est du scénario, il est assez classique dans cette première partie, mais gagne en originalité en faisant justement référence à l’actualité et en la traitant de façon différente. Ce premier tome pose cependant les bases de l’histoire qui s’enrichira dans le second livre.

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Les dialogues sont assez inégaux, parfois ils font mouches, parfois ils sont trop peu imaginatifs. De façon générale, j’ai envie de dire, qu’au vu du travail d’écriture de Dieudonné sur les dialogues de ses spectacles, on était quand même en droit d’attendre mieux de ceux de Yacht People. On a surtout l’impression que Dieudo ne s’est pas donné à fond dans ce projet qu’il devait considérer comme de seconde zone.

Concernant le ton général de la BD, on est dés le début mis dans le jus. Yacht People joue la carte humoristique, mais avec un humour noir, cynique et parfois terriblement trash. La BD a d’ailleurs été déconseillée aux moins de 16 ans en raison de son ultraviolence. Cette dernière n’est d’ailleurs pas gratuite. Et comme le soulignait Alain Soral, tout le côté outrancier et même dégueulasse de la BD sert surtout à dresser un portrait au vitriol d’une société moderne décadente. Cela dit, les excès de Yacht People ont pu gêner plusieurs lecteurs à sa sortie. Pour ma part je trouve que ce premier tome gère plutôt bien cet aspect.

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L’univers de Yacht People est donc sans concession et c’est au fond l’histoire d’une guérilla entre deux groupes humains totalement opposés. D’un côté le monde occidental dépravé et décadent « voguant vers sa fin sur un océan de dollars, de sexe, de mensonges et de sang » comme le précise la quatrième de couverture (permettant au passage de comprendre la métaphore de la croisière). De l’autre côté des pirates somaliens quasi-primitifs assoiffés de sang et de vengeance. Le portrait est impitoyable et clairement il n’y a aucun personnage à sauver dans Yacht People. Le plus sympathique reste au final l’ivrogne notoire qui sert de capitaine à l’Eltsine.

Ce premier tome de Yacht People s’attache donc à tirer un constat sur les inégalités écrasantes du monde moderne et les conséquences qui en découlent. Comme le mentionne la quatrième de couverture c’est un « Emblème de notre monde de vulgarité, de luxe, de misère et de struggle généralisé ».

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On ne prend ici partie pour aucun des deux clans. Il y’a d’un côté des pirates barbares, sadiques et féroces. Pourtant, l’autre côté rempli de stars et de milliardaires sans valeurs ni morale et se vautrant dans la luxure et la dépravation est encore plus détestable. Yacht People démontre d’ailleurs toute l’hypocrisie de cette classe là. Une classe qui fait de l’humanitaire à ses propres fins pour dorer son image et la rendre plus « bankable » en exploitant une misère qu’ils ont eux-mêmes engendré de toute pièces. Il y’a d’ailleurs une scène atroce ou les convives se goinfrent comme des porcs devant des images d’enfants touchés par la famine accompagné d’un discours humanitaire. On y voit ici toute l’hypocrisie de ces gens vivant au dessus de leurs moyens et donnant des discours sur la pauvreté aux classes moyennes.

Mais le pire, c’est que dés ce premier tome, les pirates somaliens, désormais maîtres de l’Eltsine, vont eux-mêmes être en quelque sorte « contaminés » par leurs otages et se livrer à la dépravation et à la perversité la plus totale dans la luxure. Excepté leur chef qui reste tout au long un personnage très intéressant comme je l’ai souligné plus haut. Lui contrairement à ses hommes ne cède pas à la décadence de cet univers occidental libéralisé.

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Yacht People appelle forcément à une suite qui verra d’ailleurs le jour. Ce premier tome reste d’ailleurs réussi. Il se vendra très bien à sa sortie.

Certes on pourra lui reprocher de choisir parfois la facilité et la caricature trop outrancière. Mais Yacht People n’a pas vraiment la prétention de livrer autre chose. Tout est dans l’excès, ce qui pourra en gêner certains (moi-même la première fois).

Ceci dit, Yacht People reste une BD amusante et de bonne facture qui sort des sentiers battus et qui se veut entraînante et assez jouissive.

             

   

    

Note : 15/20