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Catégorie : Littérature

Genre : Pamphlet

Année : 1941

Nombre de pages : 222

Nation : France

Auteur : Louis Ferdinand Céline

Synopsis : Alors que La France est en pleine occupation, Céline analyse la société actuelle. Critiquant les dirigeants, il dresse un nouveau portrait sans concession de la société moderne de l’Europe, de la politique et de la guerre.  

Analyse critique :

(Attention SPOILERS !)

Nous arrivons donc au dernier des pamphlets du sulfureux Louis Ferdinand Céline : Les Beaux Draps écrit en 1941. Ce pamphlet est évidemment important, puisqu’il fut rédigé en France sous la période de l’occupation et c’est surtout cet ouvrage qui porta beaucoup de gens à accuser Céline d’avoir été un « collabo ».

Nous reviendrons plus loin sur cette affirmation. Qu’en est-il donc des Beaux Draps ? En réalité, certains l’ont comparé à un pamphlet à la gloire de l’occupant et de l’Allemagne Nazie. Autant clarifier les choses immédiatement, ce n’est pas vrai (bien qu’on puisse comprendre ce qui pousse à cette affirmation). Car si Céline a des propos bienveillants envers l’occupant, il critique aussi leur politique et notamment celle menée par le régime de Vichy. D’ailleurs Les Beaux Draps sera interdit en zone occupée.

Inutile de préciser que comme tous les autres pamphlets de l’auteur il est introuvable par les réseaux officiels et est devenu une œuvre rare.

Ici Céline, reste fidèle à lui-même et Les Beaux Draps s’inscrit dans la lignée de Bagatelles pour un Massacre et L’Ecole des Cadavres.

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On retrouve ici la farouche critique de la guerre présente depuis toujours dans l’œuvre de l’auteur. Il dénonce notamment le sadisme véhiculé par les élites envers le peuple allemand au moment de la guerre. Quand il parle de l’occupant, Céline est plutôt bienveillant, tout du moins en ce qui concerne les soldats allemands. « C’est la présence des Allemands qu’est insupportable. Ils sont bien polis, bien convenables. Ils se tiennent comme des boys scouts. Pourtant on peut pas les piffer… Pourquoi je vous demande ? Ils ont humilié personne… Ils ont repoussé l’armée française qui ne demandait qu’à foutre le camp. Ah, si c’était une armée juive alors comment on l’adulerait ! ».

Evidemment ce pamphlet reste dans la lignée des précédents concernant la communauté juive qui en prend aussi pour son grade. Pour Céline les élites juives représente l’oligarchie mondiale avec les francs-maçons. Oligarchie s’acharnant à détruire l’Europe en sapant les valeurs de la société et en déclenchant des guerres.

Mais Céline en arrive surtout à critiquer le français moyen. Premièrement il évoque avec véhémence la défaite de l’armée française et voit à travers le français une loque qui se fait malmener par tout le monde sans broncher. Mais surtout, il est très pertinent concernant le comportement du français moyen occupé par rapport à la guerre. Ce français pacifiste ex-belliciste. En bref, tous ces français qui étaient en première ligne derrière les Daladier et compagnie pour déclarer la guerre et qui après l’amère défaite affirme être contre la guerre. Vous l’aurez compris le français moyen en prend largement pour son grade. Céline affirme même qu’il n’y a pas « plus con que le français » et le décrit comme un « snob masochiste ». Au final ici le français en prend encore plus que le juif. Céline dit d’ailleurs cette phrase qui est bien signé de lui : « Aryen pourri vaut pas mieux que juif, peut être un peu moins ».

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L’auteur, fidèle à lui-même dresse un portrait très critique et acerbe du capitalisme et du communisme. Pourtant concernant ce dernier, il se montre un peu moins virulent, pensant notamment à l’idée de créer un nouveau communisme qui se batte vraiment pour les valeurs qu’il prétend défendre. Un communisme avec une vraie dimension sociale.

Cela dit Céline prête aussi allégeance à des valeurs traditionnalistes plutôt en désaccord avec le communisme (dont il fut très proche à un moment donné ne l’oublions pas).

Concernant la religion, et plus précisément le christianisme, Céline a un avis mitigé. S’il précise (comme dans ses précédents ouvrages) qu’elle aide à cadrer les sociétés humaines, il en parle également comme une invention juive destinée à affaiblir les hommes en prônant des valeurs non-violentes.

Il défend cependant la structure familiale à laquelle il consacre plusieurs chapitres. Cela le rapproche donc des valeurs des systèmes traditionnalistes. Pour lui la cellule familiale est la seule valable pour l’éducation et le maintien d’une société forte et ordonnée.    

Il est également amusant de le voir dés les années 40 (et sous l’occupation en plus) dénoncer la féminisation de la société :

« La cité future pour Popu c’est son pavillon personnel avec 500 mètres de terrain, clos soigneusement sur quatre faces, canalisé si possible et que personne ne vienne l’emmerder. Tout ça enregistré devant notaire. C’est un rêve de ménagère, un rêve de peuple décadent, un rêve de femme. Quand les femmes dominent à ce point que tous les hommes rêvent comme elles, on peut dire que les jeux sont faits, que grandeur est morte, que ce pays tourné gonzesse, dans la guerre comme dans la paix, peut plus se défendre qu’en petites manières, que les mâles ont plus qu’à entrer faire leur office de casseur, saillir toutes ces mièvreries, abolir toutes ces prévoyances. »  

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L’auteur comme à son habitude critique également le matérialisme et la perte des valeurs. D’ailleurs selon lui, tout cela est inculqué aux français dés le plus jeune âge. C’est alors qu’il s’en prend avec beaucoup de violence à l’éducation et à l’école qu’il décrit comme un vrai fléau endoctrinant et lobotomisant les enfants pour en faire de futurs citoyens dociles, pourris et obéissant.

Il y’a donc comme toujours chez l’auteur un rejet profond des sociétés démocratiques. Ou plutôt une aversion infinie pour l’hypocrisie et les mensonges de la démocratie.

Concernant ses prises de positions, Céline les assume et rappelle qu’elles ne sont ni lâches ni opportunistes :

« Demain si le Daladier revenait (c’est pas impossible croyez-le) Je vous affirme que je le rengueulerais et pas pour de rire. D’abord y’a un compte entre nous, c’est lui qui m’a fait condamner… Pour le moment il est tabou, il est par terre, ça va, j’attend…

Y’a un temps pour tout que je dis…

J’aime pas les salopes

C’est sous Dreyfus, Lecache, Kéril qu’il fallait hurler « vive l’Allemagne » ! A présent, c’est de la table d’Hôte… »  

Telle est la philosophie de Céline.

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Quelque Part à travers la description que l’auteur de Voyage au Bout de la Nuit dresse de la France et de l’Europe en général, on retrouve une étrange analogie avec la situation européenne actuelle. Notamment cette perte de valeurs, ce chaos total, tant sur le plan économique, social ou identitaire.

Tout comme les deux précédents pamphlets de Céline, Les Beaux Draps est une œuvre visionnaire. Mais est-ce là l’œuvre d’un « collabo des nazis » ?

C’est évidemment un sujet qu’on évoque souvent concernant Céline. Beaucoup de gens croient qu’il fut ouvertement collaborationniste. S’il a écrit des articles pour des revues collaborationnistes, qu’il a eût des propos bienveillants à l’égard de l’Allemagne Nazie, il n y’a à ce jour aucune preuve qui inculpe Céline pour des faits de collaborations. Il n’a, à la connaissance générale, jamais eu d’activité de collaborateur.

Personnellement, je ne pense pas que Céline ait réellement collaboré pour plusieurs raisons. Premièrement contrairement à ce que peuvent penser certaines personnes, les allemands n’aimaient pas beaucoup Céline. Et notamment les représentants de l’Allemagne Nazie. Ils n’aimaient pas son côté outrancier, extravagant, exacerbée, anarchique, déjanté. Ils le voyaient plus comme un chien enragé, qui collait plutôt mal avec l’image rigoureuse et discipliné de l’idéologie nazie. Même l’antisémitisme de Céline ne plaisait pas aux nazis qui le trouvaient trop délirant. De plus, on rappellera que Les Beaux Draps, son seul pamphlet écrit sous la collaboration fut interdit par le régime de Vichy.     

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Au final on tient là une œuvre à nouveau essentielle pour comprendre la pensée célinienne.

Les Beaux Draps est indéniablement un livre intéressant qui complète à merveille les trois autres premiers pamphlets.   

 

Note : ./20