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Catégorie : Littérature

Genre : Pamphlet

Année : 1938

Nombre de pages : 350

Nation : France

Auteur : Louis Ferdinand Céline

Synopsis : Céline nous entraîne dans son univers. Après une dispute avec une sirène qui l’interpelle, l’auteur évoque la lettre d’insultes d’un certain Salvador. Il livre ensuite son analyse de la société moderne, la situation de l’Europe à la fin des années 30 et l’approche de la guerre.  

Analyse critique :

(Attention SPOILERS !)

Récemment nous avons abordé sur ce blog Bagatelles pour un Massacre, un livre culte et crue de Céline. Avec cet ouvrage l’auteur signait littéralement sa mise à mort artistique auprès de l’intelligentsia.

Sacré Céline ! Après son terrible Bagatelles, le voilà qui revient à la charge avec un nouveau pamphlet aux éditions Denoël : L’Ecole des Cadavres. Tout comme Bagatelles et les autres pamphlets, ce livre rédigé en 1938, est aujourd’hui difficilement trouvable car il n’a pas été réédité.

En réalité il avait été retiré de la circulation dés 1939, puis il fut réédité en 1942, dans une nouvelle édition avec préface (l’édition que possède votre serviteur). Mais depuis le livre est effectivement devenu très rare, encore plus même que Bagatelles pour un Massacre.

Quels sujets Céline aborde-il ici ?

Il revient à ses thèmes de prédilections, critiquant farouchement la société moderne et le matérialisme véhiculé par le capitalisme et son « ennemi » le communisme :

« L’imagination matérialiste nous condamne à l’infini dans la destruction, la philosophie matérialiste, la poésie matérialiste nous mènent au suicide par la matière, dans la matière ».

« Lorsque l’homme divinise la matière, il se tue »

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Mais tout d’abord Céline présente la lettre d’un juif nommé Salvador et qui lui a écrit après avoir lu des extraits de Bagatelles pour un Massacre. Dans cette lettre Salvador insulte Céline avec beaucoup de crudité et de violence. L’auteur répond alors à sa façon à Salvador.

Il en vient logiquement à la question juive, sujet sur lequel il n’a bien sûr pas changé d’avis. il déclare d'ailleurs :

« Toutes les guerres, toutes les révolutions, ne sont en définitive que des pogroms d’Aryens organisés par les juifs »

« Le juif n’a jamais été persécuté par les aryens. Il s’est persécuté lui-même. Il est le damné de sa propre substance, des tiraillements de sa viande d’hybride. »

« Avant la venue d’Hitler, les juifs trouvaient ça très normal les méthodes racistes. Ils se faisaient pas faute eux-mêmes d’être racistes, largement, effrontément, frauduleusement. A ce propos pas plus de race sémite que de beurre dans les nuages. Mais une franc-maçonnerie d’hybrides bien sournois, bien parasites, bien révolutionnaires, bien destructeurs, bien haineux, bien dégueulasses.

La religion judaïque  est une religion raciste, ou pour mieux dire, un fanatisme méticuleux, méthodique, anti-aryen, pseudo-raciste. Dés que le racisme ne fonctionne plus à sens unique, c'est-à-dire dans le sens juif, au bénéfice des juifs, toute la juiverie instantanément se dresse, monte au pétard, jette feux et flammes, déclare le truc abominable, exorbitant, très criminel. »

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C’est également avec ce livre qu’on peut prêter à Céline un rapprochement avec le nazisme. L’auteur exprime ici clairement qu’il n’a rien contre Hitler et l’Allemagne Nazie au contraire. Mais surtout, et nous y reviendrons plus tard, il rejette par-dessus tout le bellicisme envers le nazi qui mènerait (et mènera) à une guerre dévastatrice en Europe.  

« Les Etats fascistes ne veulent pas de la guerre. Ils n’ont rien à gagner dans une guerre. Tout à perdre. Si la paix pouvait encore durer trois ou quatre ans, tous les états d’Europe tourneraient fascistes, tout simplement, spontanément. Pourquoi ? Parce que des Etats fascistes réalisent sous nos yeux entre aryens, sans or, sans juifs, sans francs-maçons, le fameux programme socialiste, dont les youtres et les communistes ont toujours plein la gueule et ne réalisent jamais ».

Pour le coup, au delà des l'aspect jugé outrancier, l’analyse de l’auteur est pertinente, car si il y’a un fait qu’on ne peut pas nier c’est que la réussite indéniable, économique et sociale de l’Allemagne Nazie, incitait beaucoup de pays en Europe à se tourner vers le fascisme ou le national-socialisme. Céline voit d’ailleurs à travers le fascisme la seule alternative pouvant réellement contrer le capitalisme :

« Quel est le vrai ennemi du capitalisme ? C’est le fascisme. Le communisme est un truc de juif, un moyen d’asservir le peuple plus vachement encore, absolument à l’œil.

Quel est le véritable ami du peuple ? Le Fascisme.

Qui a le plus fait pour l’ouvrier ? L’URSS ou Hitler ?

C’est Hitler ».

« Aryens, il faut toujours vous dire à chaque juif que vous rencontrez que s’il était à votre place, il serait lui nazi 100 pour 1000 »

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Mais sa citation la plus explicative et significative reste :

« (Je ressens, tellement je suis drôle, des choses encore bien plus perverses. Des véritables sadismes.) Je me sens très ami d’Hitler, très ami de tous les allemands, je trouve que ce sont des frères, qu’ils ont bien raison d’être si racistes. Ça me ferait énormément de peine si jamais ils étaient battus. Je trouve que nos vrais ennemis c’est les juifs et les francs-maçons. Que la guerre qui vient, c’est la guerre des juifs et des francs-maçons. Que c’est pas du tout la nôtre. Que c’est un crime qu’on nous oblige à porter les armes contre des personnes de notre race, qui nous demandent rien, que c’est juste pour faire plaisir aux détrousseurs du ghetto. Que c’est bien la dégringolade au dernier cran de la dégueulasserie. »

On retrouve ici son rejet total de la guerre comme c’est le cas depuis Le Voyage au Bout de La Nuit.

Au final difficile de dire si Céline était fasciste, car on retrouve également son pessimisme sur la nature humaine et son scepticisme des idéologies politiques.  Quand il parle de la guerre par exemple, il dit aussi :

« Nous périrons sous les vainqueurs si c’est les fascistes qui gagnent, allemands, italiens, espagnols, mocos. Nous périrons sous nos alliés si c’est leur victoire, la victoire démocratique, la victoire des juifs. Ça revient exactement au même d’une façon de l’autre on sera saignés au finish, à blanc »

Mais on retrouve également cet aspect quand il parle de la société en général :

« L’homme est un animal social, donc commandé, donc, et tout autant, révolté. L’art politique est donc d’organiser un commandement qui n’est pas besoin de se retourner à tout bout de champ pour recevoir avis ou suffrage de ceux qui le suivent, car le revirement se fait vite. »

Citant ainsi aussi bien Aristote que Charles Maurras pour le coup.

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L’Ecole des Cadavres est donc un pamphlet très brutal, où Céline se déchaîne une fois de plus. Au final tout comme dans Bagatelles, plus ou moins tout le monde en prend pour son grade.

Céline suit au final son chemin de libre penseur et d’artiste enragé :

« Je suis de ces auteurs qu’ont du souffle, du répondant, du biscoto. J’emmerde le genre entier humain à cause de mon répondant terrible, de ma paire de burnes fantastiques (et bordel de dieu, je le prouve !) Je jute, je conclus, je triomphe, je trempe la page de plein génie…De vous à moi, entre copains, c’est ce qu’on me pardonne pas du tout, à la ronde, ce qu’on me pardonnera jamais, jamais, la façon que je termine, que j’achève les entreprises, que je vais au pied comme une reine, à tous les coups.

Ils voudraient bien me faire mourir, mes émules, même mes petits élèves, par chagrin, par méchants propos, me faire périr sous les morsures d’une foison de cancrelats, sous les venins d’une pullulation atroce d’aspics effroyablement voyous, martyrivores. Mais ma peau de vache me protège, jusqu’ici j’ai réchappé. » 

L’Ecole des Cadavres fera également scandale.

Pourtant tout comme le précédent, ce pamphlet reste une œuvre visionnaire, indispensable pour comprendre l’artiste et le penseur qu’était Céline.

 

 

Note : ./20