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Catégorie : Littérature

Genre : Pamphlet

Année : 1936

Nombre de pages : 27

Nation : France

Auteur : Louis Ferdinand Céline

Synopsis : Après son voyage en URSS, Louis Ferdinand Céline, livre une diatribe contre la nature humaine, le capitalisme, le matérialisme et le communisme.

Analyse critique :

(Attention SPOILERS !)

Céline c’est bien sûr celui qui a donné ses lettres de noblesses au roman moderne, il l’a même crée.

Mais Céline ce n’est pas non plus que des romans, c’est aussi des pamphlets. La partie de l’œuvre de l’auteur que certains n’osent pas aborder et qui pourtant est peut être la plus intéressante. Elle permet en effet de comprendre le point de vue et la pensée de Céline de manière explicite. Cela procure aussi un témoignage sur l’époque.

Son premier pamphlet fut Mea Culpa, rédigé en 1936. Cette année là, Céline sortait également son chef d’œuvre Mort à Crédit qui n’eut pas le succès escompté (bien qu’il se vendit). On était loin de l’engouement pour Voyage au Bout de la Nuit. Il faut dire qu’en cette période, l’Europe était en plein bouleversement politique. Les gens n’avaient plus la tête à lire des romans, il lisait des pamphlets qui leur donnaient une orientation ou un avis sur la situation géopolitique actuelle. On en était aux grands débats d’idées. 

Céline dût donc lui aussi s’inscrire dans cette tendance du pamphlet avec Mea Culpa.

Cela dit, la raison est sans doute plus profonde. En réalité en 1936, Céline avait effectué un voyage en URSS. On a dit autrefois qu’il était attiré par ce pays dominé par le communisme. L’auteur était en effet proche des milieux communistes et plus généralement de l’extrême gauche.  En fait, il devait toucher des droits sur les ventes de Voyage au Bout de la Nuit en URSS. Cependant le rouble n’était pas convertible à l’époque. L’auteur s’offrit alors un voyage à l’est avec l’argent obtenu pour les droits d’auteur. C’est là qu’il va découvrir les ravages du communisme et du bolchevisme.

C’est donc l’un des sujets de ce pamphlet.

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Mea Culpa ressemble avant tout à un jet improvisé de Céline, une sorte de « crachat » littéraire, de la part d’un auteur frustré et écœuré par la nature humaine. Le format du livre est très court (27 pages). Mea Culpa semble donc avoir été rédigé sur un coup de tête, sous l’émotion.

Cette idée est par ailleurs renforcée par la rédaction très anarchique. A l’époque, Céline avait été très déçu par la mauvaise réception de son Mort à Crédit. Les critiques lui avaient notamment reproché un manque de structure au niveau des phrases. On peut dire qu’avec Mea Culpa, Céline leur a  répondu.

C’est simple la rédaction est complètement éclatée, et il n’y a quasiment plus de structure au niveau des phrases ou au niveau des paragraphes. C’est tellement poussé à l’extrême que ça ressemble à une provocation volontaire. Une sorte de bras d’honneur adressé à ses détracteurs.

Mais une fois encore cette structure anarchique et éclatée renforce également le côté émotionnel du livre et rend la lecture plus vivante. C’est comme un verre d’absinthe d’époque qu’on aurait vidé cul sec d’un seul trait ! C’est comme un cri de rage de la part de Céline.

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On notera également l’emploi de l’argot typiquement célinien, ce qui était déjà le cas dans ses romans. Mais ici, ça atteint des proportions énormes ! Trois mots d’argot par phrase ! Du pur Céline qui pour le coup est vraiment déchaîné !

Mais dans ce chaos littéraire, de quoi parle donc l’auteur ?

Comme à son habitude, Céline dresse un portrait au vitriol de l’humanité décrit comme un tas de pourritures. On retrouve sa vision profondément acharné contre la nature humaine et la société. Cela transparaissait déjà dans ses romans, mais ici sous le label de pamphlet il se lâche vraiment à fond. Et il tape fort là où ça fait mal, n’épargnant réellement personne.

Il s’en prend une nouvelle fois au capitalisme, l’attaquant farouchement. Mais il s’attaque aussi violemment au communisme, dont il était proche auparavant et dont il a été témoin des ravages en URSS. Il est vraiment sans pitié pour le gouvernement soviétique.

Mais la dénonciation des régimes capitalistes et communistes l’amènent en fait à une farouche critique du matérialisme. Pour lui c‘est l’un des plus gros problèmes de la société moderne et c’est aussi ce qui pourrit l’humanité. Le matérialisme entraîne l’individualisme et le culte de sa personne et de l’homme en général.

Céline, qu’on disait anarchiste et nihiliste, en vient même à regretter la religion qui selon lui cadrait mieux la société et était moins hypocrite envers les hommes, optant pour une dimension spirituelle plutôt que le matérialisme des sociétés modernes.

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C’est donc pour cela qu’il critique beaucoup la société communiste de l’URSS. « Le programme du Communisme ? dit-il, malgré les dénégations : entièrement matérialiste ! Revendications d’une brute à l’usage des brutes !...Bouffez ! Regardez la gueule du gros Marx, bouffi ! Et encore s’il ils bouffaient, mais c’est tout le contraire qui se passe ! »

Sur le matérialisme il déclare également : « rabaisser l’homme à la matière, c’est la loi secrète, nouvelle, implacable ».

On citera également le passage où il déclare : « La grande prétention au bonheur, voilà l’imposture ! C‘est elle qui complique toute la vie ! Qui rend les gens si venimeux, crapules, imbuvables. Y’a pas de bonheur dans l’existence, y’a que des malheurs plus ou moins grands, plus ou moins tardifs, éclatant, secrets, différés, sournois… ». Derrière cette phrase qu’on pourra juger « nihiliste », Céline dénonce également la prétention des régimes à donner le bonheur absolu aux humains, mais surtout la manipulation qui en découle. La recherche du bonheur pousse les gens à se battre entre eux pour obtenir leur propre bonheur et confort personnel. Là encore, cela rejoint évidemment cette notion de matérialisme.

Malgré son court format, sa structure bordélique et l’emportement de son auteur, Mea Culpa reste un livre très intéressant. Evidemment, ça ressemble davantage à un fouillis d’idées en vrac. C’est bien le cas, il s’agit là du premier pamphlet de son auteur, et Céline jette tout en bordel sur son papier.

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Mea Culpa sera édité avec avec La Vie et L’œuvre de Semmelweis. Ce ne sera pas un grand succès comme l’avait été Le Voyage au Bout de la Nuit, Céline changeant littéralement de registre. Même di les pamphlets étaient en vogue, on ne l’attendait pas forcément sur ce terrain-là. 

Aujourd’hui, Mea Culpa n’est pas forcément facile à dénicher, même s’il reste le pamphlet de Céline qui se trouve le plus facilement.

Il s’agit là de ses premiers pas dans ce registre, et clairement ça décape. L’auteur envoie ici des idées en vrac mais on comprend sa logique. Suite à cette critique du matérialisme et du régime communiste, il se mettra l’extrême gauche (qui l’avait considéré comme un des siens au vu de son côté anarchiste) à dos. Autant dire qu’à cette époque il avait même déjà tout le monde à dos.

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Céline, nous aurons d’ailleurs l’occasion de le voir, n’a jamais été politiquement engagé, c’était un libre penseur enragé avant tout.

Mea Culpa reste donc un livre à lire, essentiel pour comprendre le cheminement de la pensée de l’auteur.         

   

     

 

Note : 15/20