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Catégorie : Cinéma

Genre : Drame

Année : 1993

Public : Tous Publics

Durée : 1H32

Nation : USA

Réalisateur : Mel Gibson

Acteurs : Mel Gibson, Nick Stahl, Margaret Whitton, Fay Masterson, Gaby Hoffmann, Geoffray Lewis

Synopsis : Le petit Charles Norstadt alias Chuck, rêve d’intégrer une école militaire pour fuir son quotidien familial qu’il ne supporte plus, entre ses multiples beaux-pères et sa demi-sœur qui le déteste. Mais pour y parvenir, il doit prendre des cours pendant ses vacances. Le seul professeur qu’il trouve est Justin McLeod surnommé « le monstre » en raison de son visage défiguré. Au début les relations sont conflictuelles, mais petit à petit, entre Chuck et monsieur McLeod naît une grande amitié.      

 

Analyse critique :

(Attention SPOILERS !)

Le moment est venu d’aborder l’une des figures les plus symboliques et les plus polémiques d’Hollywood : Mel Gibson.

Cette figure mythique du cinéma a fait peser son ombre sur les salles de cinéma. Il a connu l’ascension, la gloire absolue et le « déclin ».

Mel Gibson est né d’un père fervent catholique d’origine australienne et d’une mère d’origine irlandaise. En 1968, lui et sa famille (nombreuse) partent vivre en Australie pour échapper à la guerre du Vietnam et également à la dépravation et à la criminalité des USA. Alors que son père deviendra traditionnaliste, fondant la chapelle de Sydney, le jeune Mel tentera sa chance dans le cinéma en suivant sa sœur.

 

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Après des études dans le théâtre, il commence à jouer dans des séries télévisées et dans le film Summer. Mais c’est en 1979, qu’il décroche le rôle principal pour un film fauché baptisé Mad Max. Un road movie retro-futuriste ultraviolent qui fait un carton et devient le plus grand succès de l’histoire du cinéma australien. Il reprendra le rôle de Max pour deux suites. Dans les années 80, il rencontre également un énorme succès avec L’Arme Fatale. Mais Gibson ne tourne pas que dans des films d’action, il sait aussi varier les plaisirs sachant se faire une place dans les registres dramatiques. Le jeune prodige devient bien vite la nouvelle grande star d’Hollywood et en 1985, il devient le premier à se faire attribuer le prix de « l’homme le plus sexy au monde » par le magazine « People ». Bref tout semble lui sourire et il arrive dans les années 90 avec une réputation déjà bien imposée. Il ne fait que confirmer son succès avec les suites de L’Arme Fatale. Cependant, il fait sans doute une erreur en refusant de jouer Batman pour Tim Burton. En 1991, il s’essaie au registre tragique en jouant dans Hamlet de Franco Zeffirelli (lui aussi chrétien traditionnaliste). La grande star des blockbusters veut aller vers le domaine de l’artistique, il veut faire ses propres œuvres. Après avoir produit Forever Young, avec sa nouvelle société Icon Productions, il s’essaie pour la première fois à la réalisation avec L’Homme sans Visage sorti en 1993.

C’est donc ce film là qui nous intéresse. Pour son premier long métrage, Gibson a pris pour bases un roman d’Isabelle Hollande rédigé vingt ans plus tôt. Il raconte l’histoire d’un enfant rêvant d’intégrer une école militaire contre l’avis de sa mère. Il fait alors la rencontre du professeur McLeod, un professeur défiguré par un accident de voiture.

 

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Le scénario est certes de facture classique mais se démarque tout de même de la plupart des autres productions du genre.

On a souvent vu le schéma classique de l’enfant qui veut réaliser un rêve et qui va découvrir un prof extraordinaire pour l’aider. Mais ici, l’enfant ne rêve pas de devenir danseur ou peintre, il veut intégrer une école militaire, ce qui est déjà plus original. Sa mère refuse car l’école militaire c’est un truc de « fascistes » selon elle. On est donc typiquement dans le débat inversé des autres productions hollywoodiennes. De plus ici, l’envie de Chuck d’intégrer une école militaire peut avoir un sens. Il cherche, on le sait, à échapper à son quotidien familial : une mère veuve qui enchaîne les aventures avec des hommes qui sont autant de beaux pères, une demi-sœur bimbo qui le déteste. Des disputes et des insultes matin, midi et soir. On peut alors comprendre que dans un milieu si instable, Chuck veuille adhérer à la rigueur de l’armée. Il y’a aussi un côté provoquant dans sa décision. Il faut l’entendre déclarer rêver d’ « être payé pour balancer des bombes au napalm ». Le personnage est donc intéressant.

 

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Mais le plus intéressant reste indéniablement le professeur Justin McLeod chargé d’aider Chuck à réussir son examen pour entrer à l’école militaire. Homme défiguré surnommé « le monstre » et vivant reclus avec son berger allemand comme unique compagnon. On apprendra qu’il a été victime d’un accident de voiture, qui coûta la vie à l’un de ses élèves présent avec lui dans le véhicule. Il fut inculpé pour homicide involontaire et soupçonné à tort de pédophilie. McLeod est donc un homme brisé dont le visage défiguré ne fait retranscrire la brèche intérieure. Il retrouvera à travers Chuck le goût de la vie et sa passion pour sa profession, mais malheureusement, les démons du passé finiront par resurgir.

Une histoire classique mais intéressante donc et avec ses spécificités.

 

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Pour une première réalisation, Mel Gibson s’en sort très bien. Certes, le film est conventionnel sur sa mise en scène, mais il faut partir du principe que c’est un essai pour l’acteur désormais réalisateur. De plus, on trouve quand même quelques ingéniosités visuelles. Je pense notamment au plan avec le miroir qui est génial. Le fait que le personnage de McLeod ne soit défiguré que d’un côté permet aussi à Gibson de jouer sur cela pour donner une certaine symbolique à des scènes (d’ailleurs la personnalité de Double Face est abordée à travers une BD de Batman que lit Chuck). Après on peut parfois avoir l’impression d’être plus dans un téléfilm que dans une œuvre cinématographique.

La musique, pourtant composée par James Horner, est plutôt banale mais tient la route.

L’essentiel du film repose surtout sur le casting.

 

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Mel Gibson passe donc aussi devant la caméra. Nul doute que sa présence en tant qu’acteur devait assurer la promo du film plus qu’autre chose. Mais l’acteur s’en sort très bien dans son rôle. Il est même meilleur devant la caméra que derrière. Certes, là encore le tout reste très conventionnel mais suffisamment efficace pour qu’on adhère à la personnalité de ce prof brisé et atypique.

Le jeune Nick Stahl tient lui aussi très bien son rôle (à part sur sa crise surjouée, lorsqu’il découvre la vérité sur son père) de même que le reste du casting.

L’Homme sans Visage est donc un film plutôt réussi qui évoque les relations entre prof et élèves, adultes et enfant et dresse un constat sur les vies brisées et le retour inlassable du passé. McLeod est condamné à être « le Monstre », il est conscient que c’est là « le rôle qu’il a tenir ». On peut donc y voir une petite allusion à la place de l’individu dans la société. En fond de trame, plane également l’ombre de la guerre du Vietnam, un sujet personnel pour Mel Gibson puisque c’est ce conflit qui l’a poussé lui et sa famille à migrer en Australie.

 

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L’Homme sans Visage est également bien réalisé même si le tout reste vraiment trop classique et conventionnel. Une fois encore, on a l’impression d’être plutôt dans un téléfilm. Au final, Mel Gibson se révèle ici meilleur devant que derrière la caméra. Cependant, ne perdons pas de vue qu’il s’agit là de sa première réalisation et la star semble avoir surtout voulu se faire la main avec un petit film simple.

Il y’a plutôt réussi et a par la même signé une œuvre sympathique et touchante.

             

                 

Note : 14,5/20