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Catégorie : Littérature

Genre : Autobiographie, Pamphlet, Historique

Année : 2000

Nombre de pages : 230

Nation : Espagne/Belgique

Auteur : Léon Degrelle

Synopsis : Léon Degrelle, nationaliste belge fondateur du rexisme, ancien Waffen- SS qui est « le fils qu’Hitler aurait voulu avoir », pourrait-il être la matière première qui est à l’origine du plus célèbre reporter de bande dessinée ? C’est en tout cas ce qu’affirme l’intéressé qui à travers sa biographie raconte sa rencontre et son amitié avec Hergé et comment il lui aurait inspiré le personnage de Tintin.  

Analyse critique :

(Attention SPOILERS)

Je l’avais promis dans la première chronique de ce cycle, j’aborde un des livres les plus controversés qui soient: Tintin Mon Copain rédigé par Léon Degrelle au début des années 90.  Tintin Mon Copain ne sera édité cependant qu’en l’an 2000. En effet, Degrelle décédant en 1994, la sortie du livre fut retardée. Mais plus que cela: l’édition. En effet, les écrits de Léon Degrelle sont tout simplement interdits de diffusion. Finalement ce bouquin sera édité aux fausses éditions du « Pélican d’Or » (référence au Sceptre d’Ottokar) pour éviter les poursuites judiciaires (certains se sont retrouvés en taule uniquement pour avoir vendu des œuvres de Degrelle dans leur librairie, pas très charlie tout ça… ).

Le livre sera tiré à 1000 exemplaires dont 850 ont immédiatement été saisis et détruits. C’est dire si on tient entre les mains un livre controversé. Très difficilement trouvable, pendant longtemps, jusqu’à ce que certains sites rares le propose en PDF sur le net. C’est comme ça que j’ai découvert ce livre que j’ai fait ensuite imprimer et relier au frais du service public local (je vous dirais pas comment). Vous l’aurez compris, on ne lit pas Tintin Mon Copain comme ça.

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Mais alors qu’en est-il réellement de ce livre subversif ? En fait, Tintin mon Copain s’apparente avant tout à une autobiographie de Léon Degrelle dans laquelle il fait part de son amitié avec Georges Rémi alias Hergé, et de son influence sur le personnage de Tintin. C’est une histoire tout simplement fantastique.

Cette histoire, c'est celle de trois hommes : Léon Degrelle, Georges Rémi, dit Hergé, et Paul Jamin alias Jam (connu plus tard sous le nom d’Alidor).

En réalité, Degrelle naît dans une famille catholique aux valeurs ancrées. Il fera une école de droit à Louvain où déjà il apparaît comme un homme à la personnalité bien trempée et plein de charisme. Il va alors rencontrer, un peu par hasard, l’Abbé Norbert Wallez qui dirige le petit journal « Le Vingtième siècle ». C’est là bas qu’il fait la connaissance d’un jeune dessinateur du nom de Georges Rémi. Les deux hommes, d’une vingtaine d’années, ont en commun d’avoir été scouts et d’avoir eu la même éducation catholique. Bien vite, ils sympathisent malgré leurs différences frappantes. Hergé est plutôt timide, discret, « gratte papier » tranquille et peu adroit auprès de la gente féminine. Degrelle au contraire est un fanfaron, beau parleur qui ne mâche pas ses mots, aventurier survolté et un coureur de jupons très séduisant. Malgré leurs différences, les deux hommes sont désormais liés par une amitié indéfectible. A cette époque, Degrelle rédige déjà quelques articles pour le Vingtième Siècle alors que Georges Rémi est chargé de faire des illustrations. Et autant le dire, celui qui commence à signer ses œuvres sous le nom d’Hergé, est loin d’être le plus habile ! Il avait déjà plutôt échoué à ses études dans le dessin, et la plupart des esquisses qu’il composa pour le Vingtième Siècle à cette époque sont d’une banalité sommaire. On note cependant les premières œuvres qui plus tard feront polémiques. Il s’agit essentiellement de caricatures envers la communauté juive.

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Quoiqu’il en soit, Hergé n’est pas vraiment convaincant. L’Abbé Wallez décide alors de lancer un supplément destiné aux enfants, baptisé « Le Petit Vingtième ». Hergé commence alors à rédiger des petites histoires illustrées pour le jeune public. Là encore, le succès n’est pas au rendez-vous et son Totor remporte un très maigre succès. Pendant ce temps là, un nouveau venu : Paul Jamin le remplace en tant que caricaturiste. Ce sera le troisième larron de la bande. Connu sous le pseudo de Jam, il réussit à merveille là où avait échoué Hergé. Jam a un esprit caricaturiste fabuleux qui s’inscrit dans une certaine tradition et qui est à 10 000 lieux des vulgarités qu’on peut trouver chez la grande majorité des pseudos caricaturistes d’aujourd’hui. De plus, ses dessins sont réellement subversifs.

Pendant ce temps, Degrelle rédige des livres qui font parler. Sa plume est immédiatement identifiable et révèle un grand talent d’écrivain. Il rédige notamment des romans d’aventures. Mais pour celui qu’on appelle « Le Beau Léon », l’aventure par le biais d’un roman de suffit pas, il lui en faut une vraie !

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C’est alors qu’il part, en tant que reporter du Vingtième siècle, effectuer un voyage au Mexique. A l’époque, le pays est dangereux puisqu’on est en pleine guerre des cristeros. Pour ceux qui ne connaissent pas cet épisode, les cristeros étaient des paysans chrétiens qui décidèrent de se soulever contre le gouvernement oppresseur et profondément anticatholique. A ce moment, le conflit avait déjà atteint de grands niveaux de violence et les poteaux télégraphiques étaient jonchés de cadavres de cristeros pendus haut et court par le gouvernement. Degrelle, qui à l’époque n’avait qu’une vingtaine d’années, prenait évidemment le parti des cristeros. Il réalisa un reportage formidable sur le sujet pour le Vingtième Siècle qui s‘intéressait évidemment de près à ce mouvement catholique luttant contre l’oppresseur. Le reportage ne fut d’ailleurs pas facile, car on ne possédait pas à cette époque tous les moyens que l’on a désormais à disposition. Ajoutez à cela que Le Vingtième Siècle était un petit hebdomadaire avec très peu de moyens. C’est donc là le premier exploit de Léon Degrelle ! Il en tirera d’ailleurs un papier formidable intitulé « Mes Aventures au Mexique ». Mais dans ce pays, il va également faire une incroyable découverte : La Bande Dessinée. Un format d’histoire venant des Etats Unis et inconnu en Europe. Des personnages dessinés parlent via des bulles de dialogues. Immédiatement « le Beau Léon » pense à son grand ami Hergé si loin de lui et décide de lui envoyer par courrier quelques BD. A son petit poste de dessinateur au Vingtième Siècle, Hergé sera littéralement conquis par cette invention. Cette trouvaille fait donc déjà à cette époque de Léon Degrelle le père de Tintin.

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Degrelle ira ensuite du Mexique jusqu’aux Etats Unis dont il rendra compte de la corruption et du crime organisé. Là encore c’est ce voyage et ses photos qui inspireront Tintin en Amérique.

Car oui dés 1929, Tintin naît. Hergé crée un petit reporter à houppette qui s’embarque faire un voyage en URSS. Cette houppette d’où vient-elle ? Il suffit de voir quelques photos de Léon Degrelle à cette même époque pour comprendre. Tintin c‘est bel et bien Léon Degrelle, et son aventure en URSS est évidemment inspirée du périple au Mexique du reporter du Vingtième Siècle. Rappelons qu’à cette époque, L’URSS s’intéressait de près au Mexique comme en témoigne les images restantes du documentaire du célèbre cinéaste bolchevique Sergueï Eisenstein. Mais Hergé ira plus loin dés l’album suivant en faisant porter à son Tintin les culottes de golf de son ami Degrelle. En effet, celui-ci en avait fait sa particularité à l’époque, comme en témoignent de nombreuses photos. Tout au long de l’histoire, on allait avoir d’autre exemple du lien Degrelle/Tintin.

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Mais Tintin n’est pas seul, il a évidemment son fidèle Milou qui le suit partout. Hergé cherchait un petit chien blanc et avec son ami Léon Degrelle, ils furent frappés par une photo des tranchées montrant un petit chien blanc au museau fureteur, à l’air attachant et au regard malin qui était au pied d’un soldat allemand. Et ce soldat qui était-il ? Dans son livre Degrelle avoue lui aussi « j’ai presque peur de le révéler » Ce soldat était un certain Adolf Hitler !

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Hergé prend alors sa revanche et connaît à son tour le succès. Tintin est même édité en album.

On parle de Tintin comme d’une œuvre universelle, mais rappelons-nous que les albums contiennent pas mal de références au marollien (ou brusselair) un argot uniquement compréhensible pour un bruxellois. L’auteur réalise entre-temps une autre BD à succès Quick et Flupke mettant en scène deux garnements. Cette BD va au final se révéler assez caricaturale et encore plus politiquement incorrecte que ne l’étaient les premiers Tintins.

Après ses périples et son retour en Belgique, « Tintin Degrelle » allait désormais se lancer dans la politique. D’abord en tant que pamphlétaire et auteur d’écrits subversifs. Il est nommé directeur de la maison d’éditions de Monseigneur Picard un des fiefs de l’Action Catholique. C’est là qu’il se met également à rédiger. Il a pour habitude de tailler littéralement en pièces par écrit les dirigeants et politiciens du pays et offre des analyses de la situation géopolitique de la Belgique. Sous la direction Degrelle, les Tirages de la maison Picard augmentent de façon vertigineuse. Plus les choses vont et plus cela se transforme en un véritable combat politique.

En 1930, Degrelle fonde son propre mouvement politique baptisé "Rex". En 1934, il rompt avec Picard qu’il considère comme un vendu qui a trahi ses idéaux. Il se donne alors à fond dans « Rex », qui devient un parti politique à part entière. Un parti nationaliste et traditionnaliste catholique classé à l’extrême droite. Ainsi a donc démarré l’aventure du rexisme. Degrelle qui n’est pas un inconnu en Belgique sait parfaitement où il doit prospecter pour avoir des fidèles. Il vise essentiellement la jeunesse, le prolétariat, les classes moyennes et les traditionnalistes. Au début, il se rend alors à des meetings des partis communistes ou socialistes pour s’exclamer. Bien souvent, on lui coupe la parole par un bon passage à tabac. Mais Degrelle semble inaccessible au découragement. Il continue et son parti prend petit à petit de l’ampleur malgré des coups durs. Degrelle bataille même en débat avec plusieurs hommes politique et les détruit littéralement en public. On découvre alors en ce jeune leader politique un orateur phénoménal, énergique et charismatique qui commence à effrayer les tenants du pouvoir en Belgique. Mais Hergé dans tout ça ? Il participe lui aussi à cette aventure en adhérant au rexisme de même que Jam le caricaturiste. Il faut dire que les deux hommes se retrouvent parfaitement dans les valeurs et la politique prônés par Rex.  

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Le mouvement prend une ampleur considérable. En moins de six mois de campagne, Rex obtient déjà 11,5 % de suffrage aux élections de 1936. Dans les rues, des militants rexistes défilent symboliquement un balai à la main annonçant le nettoyage de la société belge. En 1937, au Palais des Sports de Bruxelles, Léon Degrelle réalise des meetings pendant six jours, où il parvient à rassembler jusqu’à 30 000 personnes. En 1938 à Lombeek il rassemble même 70 000 personnes !

Bien vite les médias officiels entament une campagne contre le leader rexiste sans vraiment convaincre l’opinion publique. On cherche avant tout à l’attaquer sur ses conquêtes féminines, ce qui donne naissance à l’expression amusante de « Rex-Appeal » qui évoque aussi la séduction qu'inspire le parti au peuple belge. On cherche aussi à le comparer à Hitler. De son côté « Le Beau Léon » se fait connaître dans toute l’Europe rencontrant justement Hitler (qu’il avait d’abord vigoureusement critiqué) et Mussolini. Il est intéressant de noter que dans les dessins de l’époque (notamment ceux de Jam), Le lien entre le chef du rexisme et Tintin est clairement établie. 

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A la fin des années 30, la guerre est aux portes. Rex appelle au pacifisme et rejette l’idée d’un conflit avec l’Allemagne Nazie. Hergé suit également cette voie. On a beaucoup parlé de son album Le Sceptre d’Ottokar où il semblait à travers le nom fictif de Müssler dénoncer Hitler et Mussolini. En réalité d’autres dessins de cette époque (notamment dans Quick Et Flupke) montrent bien que le créateur de Tintin était contre un conflit armé avec l’Allemagne Nazie, mais plus que ça, semblait avoir une vision plutôt bienveillante à l’égard de ce régime. On le constate également quand il décrit avec beaucoup d’humour la situation à travers les aventures de Monsieur Bellum, caricaturant le bruxellois belliciste et embrigadé par la propagande guerrière.

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Malgré tout, la guerre finira par éclater. La Belgique est la première à crouler sous l’avancée allemande. Hergé et sa femme Germaine partent alors vers la France et plus précisément au Sud, comme le fond d’ailleurs des tas de bruxellois, pour échapper au conflit. Mais la fuite ne change rien, l’avancée allemande arrive jusqu’en France et très rapidement Hergé retourne vers Bruxelles, la ville à laquelle il est accroché depuis toujours. C’est alors que comme beaucoup de belges il apprend une nouvelle qui le déchire : Léon Degrelle serait mort fusillé en France ! L’information est officielle et relayée par les journaux, des messes sont mêmes organisés en Belgique : "Léon de Degrelle le chef de Rex est mort !"

Mais qu’en est-il réellement ? En fait, en 1940, durant la période de trouble et de chaos occasionnée par le conflit, beaucoup de politiques en profitent pour régler leurs comptes. C’est notamment le cas de Paul Emile Janson, homme politique libéral et premier ministre belge, qui fit arrêter Degrelle ainsi que plusieurs de ses sympathisants n’hésitant pas à violer la convention. Il les livra aux autorités françaises en tant que « collaborateurs des allemands ». Ils furent amenés à Abbeville où ils furent fusillés. Parmi les 21 morts : Joris Van Severen l’un des membres les plus notables du rexisme ainsi que d’autres hommes, des femmes et même des enfants. Mais parmi eux aussi dit-on : le chef suprême : Léon Degrelle, dont il ne reste plus qu’une pierre tombale à son nom à Abbeville. En réalité ? Degrelle a échappé au massacre.

En fait ce fut la bêtise des soldats français auxquels on le livra qui le sauva. En effet, ses geôliers étaient persuadés que Degrelle était au courant des plans d’Hitler (ce qui était évidemment ridicule), il fut alors mené à Dunkerque où il fut sauvagement tabassé pendant plusieurs jours (10 dents cassées et mâchoire fracturée) par des bourreaux qui voulaient lui faire avouer ce qu’il ne pouvait. Finalement, Degrelle sera transféré aux prisons de Lisieux et Caen où il est là aussi tabassé et torturé. Il passera par 21 prisons avant d’être finalement emprisonné au camp concentration de Vernet (où le gouvernement français enfermait les espagnols qui fuyait le régime de Franco). Le 24 Juillet, il est libéré sur ordre du Maréchal Pétain. Le sachant en vie son ami Hergé réalise un dessin très parlant concernant la filiation Degrelle/Tintin. On y voit le reporter à houppette marcher sur une route alors qu’une borne indique qu’il va en direction de Bruxelles et vient de Toulouse. Ce n’est pas un hasard puisque le camp de Vernet est situé à 60 kilomètres de Toulouse. A travers Tintin, c’est donc bien Degrelle que représente Hergé.         

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Le chef du rexisme retourne donc à Bruxelles après un court passage à Paris. Il engage alors le peuple belge à collaborer avec l’Allemagne nazie. Le roi Léopold III collabore lui aussi pour tenter de redresser la situation très précaire de la Belgique. Mais dés 1941, Hitler est occupé par la guerre contre l’URSS au front de l’est. Degrelle, qui soutient la démarche du roi, en a conscience et comprend que plus vite le problème de l’URSS sera réglé, plus vite l’Allemagne nazie pourra répondre aux demandes de la Belgique. Il choisit alors d’aider l’Allemagne à l’Est. Cela peut ainsi lui permettre de placer la Belgique au premier plan des alliés de la nouvelle puissance européenne mais également et surtout de détruire à jamais l’idéologie communiste qu’il considère comme l’un des pires fléaux sur terre et dont le bastion est l’URSS.

Il fonde alors la Légion Wallonie pour aller combattre sur le front de l’Est. Dans un premier temps, « Le Beau Léon » ne pense pas aller se battre  mais finit par s’engager. Hitler veut alors le nommer officier du recrutement pour limiter les risques. Mais Degrelle s'engage finalement sous le statut de simple soldat et part sur le front de l‘est. Ce mouvement n’avait rien d’unique, puisqu’à l’époque, des belges, des français, des espagnols, des cosaques, des géorgiens, des arméniens des tartares s’engageaient aux côtés des allemands sur le front de l’est. La Légion Wallonie est composé de beaucoup de rexistes. Dés 1941, elle part sur le front étant intégrée à la Wehrmacht. Mais en 1942, Degrelle formule une demande pour que la légion Wallonie soit rattachée à la Waffen-SS. L’intégration au sein de la SS s’effectuera.

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La 28ème division SS Wallonie fera rapidement parler de ses faits d’armes. Sur le front, Léon Degrelle se comporte en héros. Il prendra part à 75 combats en corps à corps et sera blessé à plusieurs reprises, sans que cela ne l’arrête dans sa lutte. Au cours de longues années de guerre sur le Front de l’Est, il passa tous les grades, devenant d’abord Caporal, puis Sergent, puis Lieutenant puis Capitaine. Il finira même nommé « Standartenführer » puis « Volksführer » soit général. Il recevra des multitudes de décorations. Parmi les plus prestigieuses : la croix de fer première classe, la médaille de Chevalier de la croix de Fer et même la plus haute distinction allemande : les Feuilles de Chênes. Adolf Hitler lui aurait dit au cours d’une entrevue : « Si j’avais eu un fils, j’aurais aimé qu’il soit comme vous ».

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Mais pendant que « Le Beau Léon » souffre et bataille sur le terrible Front de l’Est, que devient Hergé ? Ce dernier continue d’écrire des Tintin et c’est durant cette période qu’il conçoit d’excellents albums comme le Diptyque Le Secret de la Licorne/Le Trésor de Rackham Le Rouge et commence la rédaction des 7 Boules de Cristal. A l’époque, Hergé travaille pour le journal collaborationniste Le Soir, de même que son ami et complice Jam.

Mais en 1944, la situation se retourne. Le débarquement a lieu. Un an avant, l’armée allemande a perdu la bataille de Stalingrad de justesse, le troisième Reich est désormais pris entre les USA et L’URSS. L’avancée des alliés dévaste tout. La « résistance » se manifeste alors plus que jamais profitant de la faiblesse de l’adversaire. Des groupes de « résistants » essentiellement communistes, commettent des meurtres de masse envers les familles de ceux qui se sont engagés dans la SS. Ainsi Edouard Degrelle, le frère de Léon, un pharmacien, est assassiné sous les yeux de ces deux fillettes. Sur le front, le peu de survivants qui reste de la SS Wallonie sont capturés par les alliés. La grande majorité sera assassinée sans ménagement et parfois après avoir subi d’interminables supplices. Là encore, leurs familles ou les « collabos » vrai ou faux sont ignoblement torturés pendant des jours avant d’être assassiné. C’est l’heure de l’épuration. En comparaison les camps nazis passeraient pour des colonies de vacances. A l’époque, peu de médias belges dévoilent ces activités meurtrières et ceux qui le font semblent les justifier à quelques exceptions près. Degrelle de son côté a réussi à prendre la fuite au Danemark, a rallié la Suède, puis avec une barque a atteint la Norvège (dernier pays allié du troisième Reich). Le médecin SS Stumpfagger affirma plus tard que Martin Bormann, un des derniers à avoir vu Hitler avant son suicide, lui aurait dévoilé que le Führer avait exprimé son regret de ne pas avoir confié le commandement de ses troupes à Degrelle.

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La Norvège ne sera pas un refuge longtemps pour le chef de Rex. La reddition est totale ! Degrelle sait que livré aux alliés, il sera assassiné dans les pires tourments. Il risque alors le tout pour le tout et vole un avion afin de s’envoler vers l’Espagne, le seul pays qui pourra le protéger. Cependant l’avion n’a pas les réserves de carburant nécessaires pour un tel voyage. Il survole toute la France évitant les tirs de DCA et à cour de kérosène finit par s’écraser sur une plage de San Sebastian à la frontière espagnole. Il sera gravement blessé et amené dans un hôpital. C’est pourtant ses blessures qui le sauveront. En effet, il fut rapidement donné l’ordre de l’extrader en même temps que Pierre Laval qui était lui aussi réfugié en Espagne. Cependant, au vu de ses graves blessures, Degrelle était intransportable et ne fut pas extradé. Quand il sera remis sur pieds, d’autres demandes d’extradition se feront de la part du gouvernement belge. Franco acceptera de livrer Degrelle (avec l’accord de ce dernier) à une seule condition : qu’il ait droit à un procès équitable et dans les règles. Condition légitime qui fut pourtant toujours refusée par le gouvernement belge même dans les décennies qui suivirent. On ne voulait pas juger et condamner Degrelle, on voulait l’assassiner dans la même tendance meurtrière que celle de l’épuration. On chercha à l’accuser de crimes de guerres pour faciliter l’extradition, mais au final aucun crime ne put lui être attribué car il n’en avait commis aucun. Le gouvernement se vengea alors sur sa famille qu’il emprisonna. Ses parents, très âgés, moururent de leur séjour derrière les barreaux. Tous ses enfants furent emprisonnés, même sa petite Marie-Christine qui n’avait que huit mois et qui fut pendant quelques semaines la plus jeune internée au monde !  On se vengera également avec fureur sur tous les anciens rexistes. Et parmi cela, se trouvaient le père de Tintin : Hergé !

Lui aussi fut arrêté alors qu’il avait déjà reçu l’interdiction d’écrire à l’arrivée des alliés. L’auteur fut jeté en prison et échappa de peu à une condamnation à mort pour collaboration. La légende veut qu’il fût épargné par un juge qui avait des enfants fans de Tintin et qui s'est dit qu’ils ne lui pardonneraient jamais la mort de leur auteur préféré. Hergé fut donc libéré avec interdiction d’écrire. Jam fut lui aussi condamné à la peine de mort pour collaboration. Sa peine fut cependant revue et il fut condamné à la prison à perpétuité. Il sera finalement libéré en 1952. Mais si Jam et Hergé s’en sont sortis, il n’en est pas allé de même pour beaucoup de leurs camarades qui furent assassinés. Hergé en sera à jamais marqué. Plus tard lorsque dans une interview on lui demanda quelle avait été l’expérience la plus importante de sa vie il répondra : « Je me demande si ce n’est pas la guerre, ou plutôt l’immédiate après guerre[…] dans le sens de la répression et de la haine » il décrit cette période comme « extrêmement difficile » il déclare également : « j’avais des amis journalistes et dont je persiste encore aujourd’hui à croire qu’ils étaient absolument purs et pas à la solde de l’ennemi et quand j’ai vu certains de ces gens condamnés à mort et certains mêmes fusillés, je n’ai plus rien compris à rien. Ça a été une expérience de l’intolérance absolue. C’était affreux, affreux ! »

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Ainsi Hergé n’eut le droit de reprendre la plume qu’au début des années 50. Pourtant les choses n’allaient plus jamais être comme avant. Casterman et les éditions du Lombard allaient désormais s’emparer de Tintin et Hergé ne jouirait jamais plus de la liberté artistique qu’il avait eut autrefois. Il connaîtra à nouveau le succès, mais dans les années 60, le fier créateur sombra. Se laissant envoûter par la psychanalyse, il abandonna sa femme Germaine sur les conseils de son psy. Il se remaria avec Fanny Vlamynck de presque trente ans sa cadette.

Jam lui, prendra le nom d’ « Alidor » et redeviendra un caricaturiste prolifique et connu. Il travaillera essentiellement pour le journal satirique "Pan" jusqu’en 1990.   

De son côté, Degrelle vivait réfugié en Espagne. Au long des années, il échappa à quatre commandos qui tentèrent de l’enlever ou de l’assassiner. Enormément de personnalités viendront lui rendre visite et lui témoigner leur admiration.

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Hergé mourra en 1983 laissant à sa femme Fanny son héritage. Cette dernière se remariera avec le businessman anglais Nick Rodwell. Ensemble, ils gèrent désormais l’œuvre d’Hergé.

En 1994, Léon Degrelle décède à son tour, son dernier bouquin est donc ce Tintin mon Copain. Paul Jamin rejoindra ses amis un an plus tard.

Ainsi se termine l’histoire de ce trio d’homme qui, chacun à leur façon, ont marqué l’histoire. Cette histoire que raconte ce livre absolument superbe.

Une œuvre écrite de la plume de Léon Degrelle qui ne dément pas ce que nous savions déjà : Degrelle était un auteur exceptionnel. Un langage à la fois incisif et raffiné, avec beaucoup de classe.

Certes, on pourra dire que Degrelle s’envoie des fleurs, et c’est le cas. Mais comment lui reprocher avec la vie extraordinaire qu’il a eut ? Degrelle raconte toute la grande aventure qu’il a vécue. Il l’appuie d’ailleurs avec beaucoup de documents d’époque (photos, télégraphes, documents officiels, coupures de journaux, courriers…). Personne ne nie d’ailleurs ce parcours exceptionnel même ses adversaires comme le Colonel allié Georges de Lovinfosse, le capitaine Robert Francotte résistant belge ou encore le militant d’extrême gauche Teodulfo Lagunero pour ne citer que cela. Tous ont reconnu la valeur d’un personnage comme Degrelle et le fait que c’était un homme exceptionnel au parcours extraordinaire. Car la réalité est bien là. Vous pouvez ne pas aimer Degrelle et dénoncer ses prises de positions politiques. Mais vous ne pouvez pas lui enlever sa grandeur, car c’est un combattant extraordinaire qui s’est battu comme un lion et qui n’a pas hésité à tout sacrifier pour son idéal. Comme le dit Degrelle lui-même, il y’ avait également beaucoup d’hommes politiques aussi jeunes que lui dans le camp allié, pourtant combien ont eu le courage d’aller défendre leurs idéaux jusqu'au front ? L’histoire nous a donné la réponse : aucun. Ces gens là n’auraient pas été capables d’accomplir les faits d’armes et exploits qu’a accomplit un Degrelle, ils sont restés tranquillement planqués à Londres envoyant à la boucherie des milliers de jeunes hommes. 

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Certes, dans cette autobiographie de Degrelle, quelques passages sont sans doute embellis mais les faits sont là et parlent d’eux-mêmes.     

Et Hergé ? A qui l’on a reproché d’avoir collaboré. Comme le précise Degrelle dans son livre, de quoi pouvait-on l’accuser ? D’avoir continuer à rédiger des albums sous l’occupation ? Donc d’avoir contribuer à remonter le moral de beaucoup de gens en ces temps durs et d’avoir permis à beaucoup d’entre eux de s’évader un moment et d’oublier la guerre. C’est pour cela que cet homme faillit être condamné à mort ? C‘est pour cela que son nom figure encore sur la « galerie des traîtres » au musée de la résistance à Bruxelles ?

Et Jam ? Que pouvait-on lui reprocher ? Si ce n‘est d’avoir apporté le rire et la désinvolture par le biais de ses caricatures dans ces temps si sombres de conflit mondial.    

Mais dans le fond, ce qui a animé les persécuteurs de ces trois personnages, Degrelle le dit lui-même très bien : c’est la jalousie. La jalousie face au talent qui a fait qu’on s’est acharné sur ces hommes. Georges Simenon en sera lui aussi victime, Arletty, Sacha Guitry également et bien d’autres. Généralement, ces gens là n’ont pas collaboré pour le moins du monde, mais on les a mis dans le panier, car leur talent en gênait plus d’un. La jalousie des médiocres se vengeant sur les personnages de grande valeur. Ce fut le cas pour Hergé qui resta à jamais marqué par cette période.

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Tintin mon Copain est donc très intéressant et permet de voir la seconde guerre mondiale et les évènements qui l’ont précédé sous un autre angle. Là encore, on pourra me rétorquer, que du point de vue de Degrelle, un ancien Waffen-SS, le récit n’est pas neutre. J’en conviens totalement, mais soyons honnête, le discours tenu par les historiens officiels depuis des années est lui aussi très loin d’être neutre. Degrelle permet d’apporter une autre vision des choses et s’appuie là encore sur des documents d’époques. Le sujet particulièrement houleux du révisionnisme est également abordé mais Degrelle ne s’étend pas dessus, de peur de voir la sortie et l’exploitation de son livre encore plus entravée par l’évocation d’un sujet interdit par la loi. Il se contente donc de citer le cas du professeur Faurisson.

Les écrits de Degrelle se révèlent également sans haine, malgré les moments douloureux par lesquels il est passé. Il ne manque pas de saluer la vaillance de certains de ses adversaires et même d’une partie de la résistance. Sur ce dernier sujet, il sait aussi se montrer impitoyable pour dénoncer les crimes odieux commis par les « résistants épurateurs », soit les « résistants de 44 », c’est à dire ceux qui ont attendu la fin du conflit et le retournement de la situation pour laisser parler leurs pulsions meurtrières généralement sur les familles des « collabos ». La plupart étaient d’ailleurs d’anciens « Va t’en guerre » avant d’être reconvertis en « collabo » pour finir « résistants ». Sur ce thème là, son livre Lettre à mon Cardinal est un incontournable.   

Mais outre la Guerre, Degrelle donne aussi sa vision de la politique et de son idéal.

Il est également intéressant de le voir critiquer à l’instar de beaucoup de tintinophiles la nouvelle gestion du patrimoine d’Hergé par le couple Nick et Fanny Rodwell qui ont fait de cette œuvre une pure industrie dont Hergé aurait probablement vomi.    

Mais le cœur du sujet c’est aussi cette filiation entre Degrelle et Tintin ? Est-elle plausible ? La question ne se pose même pas : elle est évidente ! Degrelle étale des arguments très précis qui montrent que la filiation dépasse l’apparence physique. Certains éléments ne trompent pas et quand on y pense, la vie de Léon Degrelle est peut être encore plus spectaculaire que toutes les aventures de Tintin réunies.

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Certes, il est probable que par la suite, Tintin se soit démarqué de Degrelle, ce qui est logique. Plus le personnage évolue et plus Hergé se l’attribue et le personnalise. C’est le cas pour le professeur Tournesol qui est Auguste Picard avec la touche d’Hergé. Tintin c’est Léon Degrelle avec la touche d’Hergé.    

Tintin mon Copain est donc un livre très complet et je dirais même que tout comme les BD de Tintin, il est universel.

Certains ont dit que Degrelle profitait avec ce livre de la notoriété de Tintin et d’Hergé pour livrer une autobiographie. Ce n’est pas complètement faux, mais soyons honnêtes, Degrelle n’a pas besoin d’Hergé sur le plan de la notoriété.

On a même parfois dit que l’auteur de Tintin avait renié ses rapports avec le « Beau Léon ». Un mensonge qui devrait faire rougir. Le 11 janvier 1973 Hergé qui était au sommet de sa popularité déclara : « Degrelle était lui-même un homme respectable, il a été lui-même au front de l’Est, il n’y a pas seulement envoyé quelques pauvres diables. Et militairement, il s’est comporté là bas comme un Héros ». L’amitié était un sentiment sacrée pour Hergé et jamais il ne reniera celle qu’il a entretenue pendant des années avec Degrelle.

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A n’en pas douter, Tintin c’est bien Léon Degrelle ! Et c’est bien toute cette aventure qui passe par le rexisme et par la guerre. Alors, me direz-vous: « si cela crève tellement les yeux, pourquoi cela n’a jamais été officiellement reconnu ? Et pourquoi cette théorie est-elle controversée ? ». Il ne faut pas chercher bien loin la réponse. Imaginez le Scandale ! Tintin ! Le plus célèbre reporter, l’un des plus grands personnages de l’histoire de la BD, l’idole indémodable des 7 à 77 ans, une icône mondiale : inspiré par un nazi !!! Mais cela serait totalement inconcevable ! Jamais l’intelligentsia ne laissera passer ça, le mythe en prendrait un sérieux coup. Ce symbole du « bien absolu » lié à un symbole du « mal absolu ». Cela chamboulerait tout !

Pourtant qu’on le veuille ou non : Tintin, Hergé et Léon Degrelle sont à jamais liés par un lien indestructible.           

 

 

 

 

Note : 20/20