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Catégorie : Bande dessinée

Genre : Aventure

Année : 1936 (noir et blanc) 1946 (couleur)

Nombre de pages : 62

Nation : Belgique

Auteur : Hergé

Synopsis : Tintin continue à enquêter sur le réseau de trafiquants d’Opium depuis Rawhajpoutalah. Il reçoit alors un émissaire venu de Chine qui, juste avant d’être touché par une fléchette empoisonnée, a le temps de lui dire qu’on a besoin de lui à Shanghai. Tintin se rend sur place avec son fidèle compagnon Milou et devient bien vite la cible des trafiquants d’Opium, bien décidés à l’éliminer.   

Analyse critique :

(Attention SPOILERS)

Continuation de notre cycle Tintin avec Le Lotus Bleu soit le « bon élève ». En effet, cet album est souvent cité comme étant le contrepied de Tintin au Congo et Tintin aux Pays des Soviets, œuvres jugées racistes et propagandistes par une certaine intelligentsia.

Le Lotus Bleu, de son titre original « Les Aventures de Tintin, reporter, en Extrême-Orient », est donc la suite des Cigares du Pharaon. On pouvait deviner qu’il y’aurait une suite à ce dernier album étant donné certains éléments de la fin.

Pour cette aventure, Hergé choisit d’amener son héros toujours plus loin et notamment en Asie où il n’a jamais mis les pieds. Et l’égérie de l’Asie c’est quand même un peu la Chine. L’auteur l’annonce donc, publiquement, la prochaine aventure aura lieue en Chine.

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Il paraît qu’Hergé aurait reçu une lettre d’un aumônier des étudiants chinois de l’institut  de Louvain qui lui aurait demandé de se renseigner au maximum sur son sujet et de ne pas véhiculer les clichés européens sur les chinois afin de ne pas blesser ses étudiants. On se souvient d’ailleurs des caricatures peu flatteuses des chinois dans Tintin aux Pays des Soviets.

Hergé suivit cette lettre et effectua d’énormes recherches, c’est pourquoi cet album fut plus long à écrire. Pour sa quête il fut secondé par un des étudiants chinois de l’académie des Beaux-arts Zhang Chongren. Durant leur collaboration, les deux hommes devinrent de grands amis.

C’est dans ces conditions que fut conçu Le Lotus Bleu.

Tintin se retrouve donc embarqué à Shanghai pour tenter de démanteler une fois pour toute le réseau de trafiquant d’opium à l’origine des cigares du pharaon.

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Ce qui intéresse souvent dans Le Lotus Bleu, c’est que l’album est particulièrement marqué par le contexte politique de la Chine de l’époque. Une Chine ravagée par le trafic d’opium mais également en pleine tensions politique avec le Japon. L’auteur va même jusqu’à mettre sur planche une scène rappelant clairement l’attentat de Moukden qui déboucha sur l’invasion de la Manchourie par les japonais. Ici Hergé prend clairement le parti de la Chine alors qu’à l’époque la presse européenne de façon générale soutenait plus le Japon.

Hergé dénonce donc l’oppression japonaise sur la Chine de l’Epoque. Mais l’auteur dénonce aussi le racisme envers les chinois et les stéréotypes que s’en font les blancs. Il y’a cette scène mythique ou après avoir sauvé Tchang de la noyade, Tintin lui raconte avec amusement les clichés sur la Chine. Mais il aborde également le racisme envers les autres à travers certains blancs comme Gibbons et Dawson qui ont un mépris total pour les chinois et une haine farouche envers eux.

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Beaucoup y ont vu non seulement une dénonciation du racisme envers les asiatiques mais aussi une critique du colonialisme faisant le contrepied de Tintin au Congo. A y regarder de plus près ce n’est pas vraiment le cas. Hergé dénonce en fait ici l’impérialisme anglo-saxon, qu’il dénonçait par ailleurs déjà dans Tintin au Congo. Le colonialisme est quelque chose de typiquement européen, ici les racistes dominateurs et exploiteurs sont clairement identifiés comme des industriels américains. De même que dans la version originale, les soldats chargés de rosser Tintin sont britanniques et non indiens. On retrouve donc là la critique de l’impérialisme capitaliste et anglo-saxon que dénonçait déjà Hergé dans les albums précédents. En ce sens donc Le Lotus Bleu est beaucoup moins novateur que certains voudraient le faire croire, il suit le chemin logique de l’œuvre d’Hergé.

Mais une fois encore l’idée dominante reste l’oppression de la Chine par le Japon.     

 Il y’a donc un parti pris politique totalement assumé comme ce fut le cas pour ses œuvres précédentes. Sauf que pour les albums précédents, on appelle ça « propagande ». Il est d’ailleurs amusant de noter que les plus grands encenseurs du Lotus Bleu sont généralement les plus grands détracteurs de Tintin au Congo ou Tintin aux Pays des Soviets qu’ils accusent de colporter des clichés racistes. On constate que ces gens-là ne sont pas gênés des caricatures peu flatteuses concernant les japonais qui sont tous montrés comme des sadiques, dégénérés avec des dents longues. C’est d’ailleurs l’un des petits paradoxes du Lotus Bleu qui moque les clichés envers les chinois mais en use énormément envers les japonais. Personnellement, je pense qu’on peut caricaturer tout le monde, mais je constate que pour certains l’indignation concernant les caricatures, est à géométrie variable. 

          

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Mais on ne peut le nier dans sa restitution du contexte politique chinois de l’époque, Le Lotus Bleu est fascinant.

Mais c’est aussi l’occasion d’introduire de nouveaux personnages.

Parmi les méchants on trouvera le scélérat japonais Mitsuhirato. En grand « bad guy » Tintin avait pu déjà connaître Bobby Smiles dans Tintin en Amérique, mais avec Mitsuhirato on découvre un vrai ennemi juré. Un être vicieux et malfamé comme on en voit peu dans les BD. Mitsuhirato est vraiment un méchant d’envergure.

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Mais il n’est pas le seul, car c’est également ici que le personnage de Roberto Rastapopoulos tombe le masque. Ce dernier, apparu dans l’album précédent est ici dévoilé sous son vrai jour, il est « le grand maître » du trafic d’opium.

Il y’a aussi Dawson le chef de police corrompu.

Mais c’est surtout l’occasion de découvrir Tchang Tchong-Jen, un jeune chinois que Tintin sauve de la noyade et qui va l’aider dans sa quête. Tchang a tout du jeune garçon pur et courageux. Hergé s’est en fait inspiré de Zhang Chongren (dont le nom peut se prononcer justement Tchang Tchong-Jen) qui était désormais devenu un ami cher. Tchang sera donc si l’on peut dire le premier grand ami de Tintin humain (puisqu’il y’avait Milou).

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Mais Tintin se liera également d’amitié avec Monsieur Wang, le chef des fils du Dragon qui luttent contre les trafiquants d’opium.

On retrouvera également les Dupond-Dupont, les deux détectives gaffeurs toujours à la poursuite de Tintin.     

Le Lotus Bleu est donc très riche en aventure de même que sur son fond.

Sur le dessin, Hergé reste fidèle à lui-même dans la version originale en noir et blanc. Cela dit lors de la colorisation de l’album en 1946. Seuls les premiers dessins seront refaits mais le reste de l’album bien qu’en couleur, sera composé des mêmes dessins que la version noir et blanc.

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Le Lotus Bleu est parfois cité comme le meilleur album des Aventures de Tintin. Bien que je le considère comme l’un des plus réussis, ce n’est selon moi pas le meilleur non plus.

Quoiqu’il en soit, une grande réussite d’Hergé qui conclut magistralement le premier diptyque des Aventures de Tintin.   

  

 

Note : 18/20