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Catégorie : Spectacle

Genre : Humour

Année : 2014

Public : Nazis, Fous, Terroristes, Djihadistes, Satanistes, Islamistes, Psychopathes…..

Durée : 1H40

Nation : France

Mise en Scène: Dieudonné M’Bala M’Bala

Interprète : Dieudonné M’Bala M’Bala

Sujet : « Le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde ». « La Bête Immonde » : Dieudonné, revient sur scène et fait sauter ses chaînes pour aborder des sujets de sociétés tels que la gestion de la mémoire des génocides, l’esclavage, les déviances sexuelles, les serials killers, le glissage de quenelles, les élections présidentielles, les sondages et même Claude Nougaro. 

 

Analyse critique :

(Attention SPOILERS !)

Dernière chronique de ce cycle consacré au génial Dieudonné avec son seizième one man show, j’ai nommé La Bête Immonde, spectacle là encore, au combien, polémique et subversif. C’est également un spectacle important à mes yeux, car j’ai eu le privilège et le plaisir de le voir en salle, dans les premiers rangs d’un Zénith de Toulouse plein à craquer. C’était le 10 janvier 2015, soit la semaine des attentats de Charlie Hebdo, et on se demandait alors si le spectacle n’allait pas être annulé. Surtout quand on a vu des camions de policiers armés venir cerner le Zénith. Mais reprenons depuis le début. 

Nous nous situons donc en 2014, une année dure pour l’artiste qui subit un acharnement sans pareil de la part du gouvernement, des lobbys et des médias. Acharnement qui a commencé en début d’année avec l’interdiction de son spectacle Le Mur par décision du conseil d’état. Décision injuste et illégale (j’en renvoie à ma chronique du Mur) qui a poussé l’artiste à écrire un nouveau spectacle pour sa tournée, intitulé Asu Zoa (qui est en fait une version édulcorée du Mur, là encore j’en renvoie à la chronique précédente du cycle).

 

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Mais cette nouvelle version ne ralentit pas les persécuteurs de l’humoriste qui continuent leur oppression. Contrôles fiscaux, mises en garde à vue, amendes, menaces et condamnations pour des propos se multiplient. Après cette tempête, l’humoriste restera debout notamment grâce au soutien d’un large public.

Cependant, Dieudo est clairement remonté après ce qu’il vient de subir et début avril 2014, il annonce sur une vidéo internet la préparation d’un nouveau spectacle particulièrement corsé intitulé « Incitation à la Haine », ce dont on l’a accusé. Un débat intéressant, et l’humoriste compte parler de l’exploitation de cette expression « Haine », haine fictive inventée par le gouvernement pour faire du chantage. L’humoriste veut également changer la vision programmée que nous donne par exemple le cinéma, où les haineux sont toujours les mêmes. C’est comme ça qu’il présente ce nouveau show « Incitation à la Haine ». Cette accusation d’ « incitation à la haine » est d’ailleurs assez drôle, car on accuse l’humoriste d’inciter ses fans à la haine, mais à ce jour, la seule haine qu’il semble avoir provoqué, c’est bien celle de ses adversaires.

 

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On en finira pas de citer tous les messages de haine qu’on a pu voir envers l’humoriste, on pourrait cependant évoquer Jérôme Guedj qui appela à « pourrir la vie de Dieudonné » ou encore l’acteur Pascal Elbé qui appela à « lui défoncer sa gueule ». Certains me diront qu’on pourrait citer le rabbin Dynovisz qui compara Dieudonné à un singe et notamment à un gorille, mais je n’y vois pas de la haine, même si il en éprouve clairement envers Dieudonné qu’il appelle d’ailleurs « Diabledonné ». Même Dieudo lui-même répondra dans une vidéo qu’il ne porterait pas plainte contre Dynovicz, étant pour la liberté d’expression. Il mis cependant cette affaire en parallèle avec celle d’Anne-Sophie Leclère qui pour avoir comparé Taubira à un singe fut condamné à neuf mois de prison ferme, alors qu’il n’y aura aucune condamnation pour les propos de Dynovisz. D’ailleurs, Dieudo organisa un comité de soutien pour Leclère, bien qu’il affirma, qu’il ne trouvait pas sa blague drôle, mais il la soutint au nom de la liberté d’expression et au nom de la paix entre blancs et noirs.

Mais pour en revenir à la haine des adversaires de l’humoriste, on citera évidemment Philippe Tesson, à qui revient la Palme. « C’est un monstre ! C’est un animal ! On l’enferme ! » Déclara t’il à la télé. Quelques jours avant cette slave il avait lancé à la radio : « il n’y a pas de pitié pour ça ! Ce type ! Sa mort par exécution par un peloton de soldats me réjouirait profondément ! C’est pour moi une bête immonde ! Donc on le supprime ! ». C’est donc le vieil acariâtre Tesson alias « Tété » qui donna à Dieudo l’idée du nouveau titre du prochain spectacle initialement nommé « Incitation à la Haine » et qui sera rebaptisé « La Bête immonde ».

 

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« La bête immonde est une allégorie souvent utilisée pour désigner le nazisme, le fascisme, le racisme et l’antisémitisme, ou d’autres idéologies liées à l’extrême droite ». Voilà la définition donnée par Wikipédia. On reconnaît bien là l’image que les médias cherchent à véhiculer concernant Dieudonné. Le titre est donc parfait.

La Bête Immonde est donc lancé et bénéficie d’un petit teaser sur le net. Dieudo annonce qu’au vu des polémiques et des provocations de l’Etat, il va encore monter d’un cran. On peut alors se dire que ce prochain spectacle risque fortement d’être à son tour interdit comme Le Mur. Mais cette fois l’humoriste prend toutes ses précautions. Il travaille son coup avec ses avocats afin de se rendre irréprochable. En réalité ces derniers conseilleront au comique la démarche suivante : Puisqu’on a interdit son dernier spectacle de manière « préventive » il lui faut à son tour prendre les devants et envoyer une copie du spectacle au conseil d’état, au ministre de l’intérieur et même au procureur de la république afin de demander si il y’avait quelque chose de gênant dans le contenu de ce spectacle. La réponse sera : non. A se demander si les gens qui ont formulé cette réponse ont jamais vu un seul spectacle de l’humoriste car comme l’avait annoncé Dieudo, La Bête Immonde est un spectacle beaucoup plus piquant et transgressif que Le Mur, le spectacle interdit. Comment interpréter cela donc ? Sans doute que le gouvernement a compris qu’il valait mieux continuer les attaques envers l’artiste en sous-sol. A savoir le condamner à payer des amendes sans trop ébruiter son cas, puisque la violente polémique au début de l’année 2014 lui avait indéniablement fait de la pub.

     

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Cependant, nous verrons que l’artiste aura quelques problèmes. Cela commencera avec l’affiche du spectacle. A la base, Dieudonné avait choisi comme affiche une illustration de l’artiste Ted publiée sur Facebook. Or, cette affiche parodiait une œuvre de l’artiste luxembourgeois Ken Barthelmey (artiste très intéressant par ailleurs).

 

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Ce dernier en voyant ce détournement aurait alors demandé 500 euros à l’humoriste pour l’utilisation d’une partie de son œuvre et également de citer son nom et son site internet sur l’affiche. L’équipe de Dieudonné accepta les termes du marché et demanda les coordonnées bancaires de l’artiste pour procéder au virement. Mais apparemment, ce dernier envoya une lettre d’avocats à l’équipe de Dieudonné en réclamant cette fois des sommes astronomiques pour l’utilisation de l’affiche. Sa proposition fut rejetée et Dieudonné décida donc de changer de visuel pour illustrer son prochain spectacle. Il lança alors un concours d’affiche sur le net et proposa au gagnant (celui dont l’affiche serait retenue donc) les 500 euros initialement demandés par Barthelmey. Cela donna lieu à des œuvres particulièrement intéressantes et originales :

 

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Finalement c’est l’artiste caricaturiste Krapo, assez connu dans la dissidence, qui remporta le concours en proposant cette affiche qui est rapidement devenue mythique :

 

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On peut y trouver un petit côté South Park.

Dieudonné lance donc sa tournée et commence à Nantes le 27 décembre 2014. Un jour de revanche pour l’humoriste et le public nantais, puisque c’est ici que l’année précédente avait été interdit par décision du Conseil d’état le spectacle Le Mur. Plus de 5000 personnes viendront assister au retour de Dieudonné au Zénith de Nantes. Les médias évoquent alors ce come-back glorieux comme inquiétant. Le CRIF se dit même scandalisé que des zéniths donnent la parole à l’humoriste. La plupart répondront que Dieudonné faisant toujours salle comble, c’était une bonne affaire pour les zéniths.

La semaine suivante il doit se rendre à Pau, puis à Toulouse, mais cette semaine là, l’actualité est marquée par les attentats meurtriers contre Charlie Hebdo. On comprend rapidement que l’humoriste, qui joue toujours sur l’actualité, va sans aucun doute évoquer cette affaire dans son spectacle et de façon piquante. Il le fit le 10 janvier au Zénith de Toulouse, où je me trouvais, par plusieurs allusions et piques tout au long du spectacle.

 

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Mais cependant c’est le lendemain qu’il fit scandale en postant sur son compte twitter un paragraphe se terminant par la phrase « je me sens Charlie Coulibaly » détournant ainsi le slogan « Je Suis Charlie » tout en faisant référence à Amedy Coulibaly, le tueur présumé de l’épicerie casher. Il n’en faudra pas plus pour que l’appareil de répression se mette en branle contre l’artiste. Dieudonné sera placé en garde à vue suite à ce tweet puis après son procès, il sera condamné à de la prison avec sursis. Assez paradoxal dans un pays qui venait d’organiser une manifestation au nom de la liberté d’expression. Les « charlies » ne viendront pas au secours de la liberté d’expression ici. L’humoriste s’expliquera d’ailleurs sur sa phrase en déclarant : « Mais dès que je m’exprime, on ne cherche pas à me comprendre, on ne veut pas m’écouter. On cherche un prétexte pour m’interdire. On me considère comme un Amedy Coulibaly alors que je ne suis pas différent de Charlie… ». L’humoriste verra également cette phrase comme un symbole de paix. C’est d’ailleurs comme cela que je l’ai perçu dés le début. Les mots « Charlie » et « Coulibaly » ensemble sont un appel à la paix pour tout le monde. Un appel à la paix indispensable, au moment où ces attentats sont récupérés pour servir la politique impérialiste et guerrière au Moyen-Orient. Dieudonné ne fut d’ailleurs pas le premier, puisqu’à la manifestation de soutien à Charlie Hebdo, un certain Thierry Noirtault avait brandit une pancarte « je suis humain, je suis Charlie. Je suis la vie, je suis Kouachi ». Pour cette pancarte appelant à l’apaisement et rappelant que nous sommes tous des humains, l’auteur fut condamné à trois mois de sursis et 1000 euros d’amendes. Des centaines de personnes qui firent de l’humour ou de l’ironie sur les attentats de Charlie Hebdo furent condamné pour apologie du terrorisme. Certains prirent même de la prison ferme et des enfants furent également convoqués devant la police pour « apologie du terrorisme ».

 

 

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On peut en rire quand on sait qu’on venait de « défendre » publiquement « la liberté d’expression ».

Alors qu’on clame ce droit à la liberté d’expression, Dieudonné est condamné avec d’autres. Cette situation vaudra d’ailleurs à la France d’être raillée à l’étranger. Nombreux sont les pays qui soulignèrent l’hypocrisie totale de cette manifestation Charlie pour, soit disant, la liberté d’expression. Glenn Greenwald, le célèbre journaliste américain connu pour avoir publié le dissident Edward Snowden, dénonça lui aussi l’hypocrisie en twittant sur son compte « Je suis Dieudonné » appelant à tous à faire de même et en rappelant que le défilé pour Charlie Hebdo était « une arnaque » et que ce jour là, on n’avait pas manifesté pour la liberté d’expression, mais pour la liberté d’insulter la religion musulmane. Il montra bien à quel point le point de vue de certains occidentaux sur la liberté d’expression était hypocrite, il déclara : « La liberté d’expression, dans les mains de beaucoup d’Occidentaux signifie en réalité : “Il est vital que les idées que j’aime soient protégées et que le droit de s’en prendre aux groupes que je n’aime pas soit préservé. Tout le reste est une cible légitime.” ».

 

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Greenwald ne fut pas le seul aux USA à dénoncer cette hypocrisie, il y’eut entre autres l’humoriste américain Jon Stewart, peu suspect d’ailleurs d’être un sympathisant de Dieudonné, qui fera un sketch comique sur le deux poids de mesures entre Charlie Hebdo et Dieudonné. Abby Martin de Russia Today dénoncera elle aussi cette partialité et cette injustice.

 L’English PEN qui défend la liberté d’expression viendra également recadrer les choses, Robert Sharp le chargé en communication de l’organisation, dans une interview de soutien à Charlie Hebdo déclara : «  Malgré tout, après les événements, nous avons perçu une forme d'hypocrisie du gouvernement français. Quand l'humoriste Dieudonné a dit ou écrit des propos choquants après les massacres, il a été arrêté et condamné pour apologie du terrorisme. On ne peut pas, d'une part, défendre Charlie Hebdo qui attaque et insulte les idées les plus sacrées et les prophètes des religions, et en même temps traduire en justice des gens qui insultent ou moquent les victimes sacralisées d'une tragédie. Cet humoriste n'avait pas à être traité de la sorte. »

 

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Le slogan « Je suis Dieudo » va donc également faire son apparition.

 

 Mais dans cette polémique, on se posera surtout la question suivante : si la phrase de l’humoriste « Je me sens Charlie Coulibaly » est considérée comme une apologie du terrorisme, que devrait-on dire alors de l’œuvre du dessinateur Riss publié par Charlie Hebdo le 10/10/2012 et qui titrait « Mohamed Merah reviens ! Ils sont devenus fous » ? Que dire également de la revue « Patience » rédigée par Marc Edouard Nabe dans laquelle son auteur, ridicule et sans talent, vante la décapitation et s’amuse à accoler des photos des fans de Dieudonné avec des photos de têtes décapitées par DAECH ? Ou même à détourner des photos de meurtre commis par des djihadistes en mettant les têtes de Dieudonné et d’Alain Soral sur le corps des victimes et la sienne sur le corps du bourreau ? Alors que Dieudo est condamné pour une petite phrase, Marc Edouard Nabe ne sera pas condamné pour cela, il aura même une publication dans « Les Inrockuptibles ». Mais comprenez bien, ces dessins auraient sûrement faits scandales, s’ils avaient concernés d’autres personnes mais quand il s’agit d’attaquer Dieudonné ou Alain Soral, là, la liberté d’expression est totale ! Et vous pouvez vous permettre toutes les dérives. Ainsi la célèbre phrase de Pierre Desproges « On peut rire de tout mais pas avec n’importe qui » (phrase que l’intelligentsia adore citer) s’est transformé en « On peur rire de tout mais pas sur n’importe qui ». Voilà le système dans lequel nous vivons. Le deux poids de mesures est flagrant et démontre qu’en France on ne condamne pas pour « apologie du terrorisme » mais bien pour « délit d’outrage à Charlie ». Mais surtout, cela prouve bien qu’il existe une justice spéciale Dieudonné. 

 

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L’humoriste aura donc à faire face à un nouvel acharnement. On chercha à nouveau à interdire ses spectacles. Mais l’artiste, comme je l’ai indiqué plus haut, avait pris ses précautions. Cela dit à Metz, il jouera dans des conditions déplorables sur le terrain de Handball d’un gymnase. Son avocat Sanjay Mirabeau parvint cependant à faire annuler 15 interdictions sur la France. Mais à Nice par exemple malgré une manifestation de soutien, le spectacle sera bien interdit par le maire Christian Estrosi, le républicain laïque, qui juge incompatible religion et république, tout en fêtant Hanoucca, une kippa sur la tête, en place publique.

En Suisse, la version du spectacle sera édulcorée suite à des pressions. A Bruxelles, Dieudonné sera également interdit. Il tenta de contourner l’interdiction en annonçant officiellement un rassemblement pour un défilé de mode de la marque fictive « Thor ». En réalité il n’y avait aucun défilé dans le hangar mais le spectacle de Dieudonné. La police Belge sera cependant mise au courant assez tôt pour annuler une nouvelle fois le spectacle. L’humoriste tenta une troisième chance. Un mariage fut organisé entre un couple et dont les invités étaient le public, ainsi que Dieudonné qui devait donner un spectacle devant les invités. Mais là encore la police intervint empêchant même une cérémonie de mariage pour le contrer. De plus les arrêtés n’étaient pas en bonne et due forme.  

 

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La tournée de Dieudonné se frotta donc à quelques embûches mais parvint tout de même à se faire et à remporter un énorme succès.

Qu’en est-il donc du spectacle en lui-même ? Autant ne pas tourner autour du pot, La Bête Immonde est bel et bien la bombe annoncée !

Le DVD fut d’ailleurs enregistré au Zénith de Lyon, devant 6000 spectateurs dans la ville de la quenelle !

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Tout débute par une entrée magistrale de Jacky Sigaux, le plus célèbre des régisseurs qui fait son apparition en grande pompe déguisé en centurion romain avec accompagnement musical.

Puis le spectacle démarre. Sur les deux grands écrans aux extrémités de la scène apparaissent des discours de détracteurs de Dieudonné : Manuel Valls, François Hollande, Rabbin Dynovicz, Philippe Tesson… Sous les huées de la foule, ils diffament ou crachent leur haine envers l’humoriste.

Puis la lumière mime un éclair avec le tonnerre en fond sonore et sur scène, la bête immonde apparaît enchaînée à deux blocs. Elle brise ses liens et s’avance sur le devant de la scène. Dieudonné vêtu avec la combinaison des prisonniers de Guantánamo et enchaîné fait une entrée fracassante.

 

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D’entrée de jeu la mise en scène est impressionnante, originale et drôle. Il en va de même du décor composé de blocs de centres de détention avec des panneaux « Danger » « Défense de monter sur scène ! Danger de mort » « Danger ! Ne pas écouter ! » et même un FAMAS en exposition.

Comme d’habitude, l’artiste revient d’abord sur les polémiques qui l’entourent et sur l’actualité. Notamment la politique désastreuse du gouvernement socialiste. Il explique être décrit par certains comme l’antéchrist. « Toute façon, il faut un méchant dans l’histoire. Moi je veux bien jouer ce rôle là, mais le problème c’est qui incarne le bien aujourd’hui dans le monde ? »

On enchaîne avec le sketch « FAMANANAS » surnom donné au FAMAS. Lors de la représentation à Toulouse, Dieudo précisa que ce n’était pas l’arme qui avait servi pour les attentats contre Charlie Hebdo il y’a trois jours, avant d’ajouter en touchant son arme « Ouh ! Il est encore chaud ». Il nous fait alors une présentation de cette arme française, affirmant avoir choisit un jouet craignant qu’un vrai FAMAS soit chargé à balles réelles par son régisseur Jacky. Il évoque le cas où il tirerait à balles réelles sur son public (mimant la situation). Des faux journaux aux titres hilarants circulent sur les écrans. « Puis alors si dans le lot, tu sais sans le savoir je dégomme un journaliste t’imagine ? Juif de surcroît ! Ah beh là ils sont capables de rouvrir le procès de Nuremberg juste pour moi ». Il a également cette superbe phrase « étonnant ce monde où le bouffon noir représente le mal absolu, alors que les fabricants d’armes et la haute finance, incarnent les droits de l’homme ». 

 

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Son premier vrai sketch traite donc de l’esclavage à la Martinique et notamment de la relation entre Anelka, esclave, ancêtre du footballeur, et Monsieur Hayot un esclavagiste hollandais et juif. Ici Dieudonné fait bien évidemment référence à la célèbre famille Hayot originaire d’Hollande et de confession juive. Pour ceux qui ne connaissent pas le sujet, on leur conseillera de se renseigner via le net sur le sinistre Béké Hayot (un Béké est un descendant d’esclavagiste). Cette famille a par son passé largement exploité les martiniquais. Comme l’humoriste le souligne c’est l’occasion d’aborder un sujet on ne peut plus tabou, le rôle des juifs dans l’esclavage. Pour en savoir plus sur le sujet, on conseillera les travaux de Louis Farrakhan, Israël Sahak, Abraham Léon et Hugh Trevor-Roper entre autres. Revenant à Hayot, Dieudo déclare  « non mais j’aurais préféré qu’il soit chrétien ou musulman pour ne pas avoir de problèmes avec Manuel Valls, mais il est juif » il ajoute aussi « il y’a aussi des ordures dans cette communautés comme dans toutes les communautés, on doit bien avoir le droit d’en parler ».  L’humoriste évoque ensuite l’impunité des Békés qui n’ont jamais eu à payer pour leurs crimes, (ils ont même réussi à récupérer la cause des esclaves) de même qu’il n’y a jamais eu de condamnations ou de réparations pour le génocide amérindien.

 

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Cela constitue le sujet du second sketch. Il évoque d’abord l’ampleur du génocide amérindien « A côté ce qui s’est passé en Pologne : une thalassothérapie […] le commerce des noirs à côté pareil, c‘est Pierre et vacances. ». Il évoque ensuite la façon dont est gérée la mémoire de ce génocide. Pas une seule ligne dans les livres d’histoires de Fernand Nathan et un devoir de mémoire festif géré par Walt Disney. Ici l’humoriste fait référence à Disney Village et à son spectacle sur le Far West et sur le génocide des indiens, le tout dans la joie, le rire et la bonne humeur. « C’est accessible pour les enfants, c’est plus accessible qu’un film comme Nuit et Brouillard » lance t’il avant d’ajouter « Quand tu rentre dans ‘’le mémorial de la shoah des indiens’’, déjà on te met un chapeau de cowboy sur la tête. Beh voilà, c‘est comme si on te mettait un brassard nazi ». L’humoriste se moque donc de la différence du traitement de la mémoire des souffrances des peuples. On célèbre le génocide des indiens dans la bonne humeur et le spectacle à Walt Disney. Imaginez un seul instant si on faisait pareil spectacle made in Disney sur la Shoah ! L’humoriste en profite également pour tacler l’histoire des Etats Unis.

         

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Il revient ensuite au débat entre l’esclave Anelka et le Béké Hayot, interprétant tour à tour les deux personnages avec les accents et la gestuelle correspondante. Le sketch est noir et piquant mais tellement drôle. Le plus intéressant est le moment où Dieudonné jouant l’animateur du débat dit à l’esclave que dans le futur, même des blancs vivent dans des conditions précaires. Il affirme que l’esclave n’a peut être pas d’argent mais qu’il est à zéro alors que l’homme moderne vit à crédit. Il crée donc un parallèle intéressant et pertinent avec le monde actuel. Il interprète un Hayot négligeant ses crimes et se réclamant comme la victime dans cette histoire. Ce personnage est par ailleurs génial et hilarant, un des meilleurs de l’œuvre de Dieudo.

On enchaîne avec le sketch « Gagnant(e) de l’Eurovision ». Après avoir imité avec brio les réactions orientées des médias face à l’information, il enchaîne sur le cas de Conchita Wurst gagnant ou gagnante de l’Eurovision. Il raconte notamment la réaction étonné de son fils.

 

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De là, il part sur le sketch suivant, « Fous-moi tout ce que t’as dans le cul » titre d’une émission du futur et plus précisément en 2050 qui évoque les orientations sexuelles et reçoit Marion une étudiante québécoise en couple avec un cochon et Cocorica, une jeune transsexuelle brésilienne qui s’est faite opérer pour devenir une poule. Dieudo interprète donc tous les personnages avec leurs codes et c’est hilarant. L’humoriste rit là de la décadence et de la bêtise de nos sociétés occidentales et consuméristes. Il interprète par la suite le beauf français moyen qui lui aussi dans le futur s’est laissé aller aux déviances et est devenu « canetosexuel », qui désigne les personnages se pénétrant avec des canettes. Un portrait acerbe mais terriblement drôle de la société moderne, de sa perte totale de repères, de son manque de structure sociale et de ses fantasmes sexuels consuméristes.

 

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Il affirme que suite à ce sketch, certains journalistes l’ont accusé d’être homophobe et anti mariage pour tous, ce qu’il trouve injuste puisqu’il fut le témoin d’un des premiers mariages gay. Il évoque alors sa performance artistique à la prison de Poissy concernant le mariage homo entre les deux tueurs Germain Gaiffe Cohen et Alfredo Stranieri dont il fut le témoin avec le terroriste Ilich Ramirez Sanchez plus connu sous le nom de Carlos. Cette affaire peu ébruitée par les médias dominants avait même provoqué des reproches de la part de certains fans de l’humoriste qui trouvaient qu’on ne pouvait pas rire avec deux tueurs, notamment par rapport aux familles des victimes. De son côté, l’artiste a toujours décrit cela comme une démarche de paix et une volonté de réinsertion par le rire. Car en effet, il a crée à la prison de Poissy « L’Atelier de chanson potaches » dont le but est la « réinsertion » des criminels « par le rire ». Mais cette union entre deux tueurs est également une satire vivante de la part de l’artiste qui affirme ne plus avoir aucun respect désormais pour le livret de famille après avoir vu les noms côte à côte des deux tueurs sur la première pages et le noms des autres détenus en tant qu’adoptés. Il présente ensuite en détail ses trois comparses pour ce mariage. Décrivant les crimes de chacun. Autant dire qu’on tient là l’un des sketchs les plus trashs de l’artiste qui va très loin dans l’humour noir et gratiné. Pourtant le pari est réussi car c’est hilarant. Il évoque ensuite ce que cette expérience lui a permis d’acquérir. Mais surtout, il dresse un lien entre ces tueurs et notre société malade. Il rappelle que le FAMAS est autorisé par la justice française alors que certains de ces DVD et spectacles sont interdits. « Là y’a pas d’atteinte à la dignité humaine » dit-il en désignant le FAMAS (l’atteinte à la dignité humaine est la base sur laquelle on a interdit le spectacle Le Mur).

 

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Il enchaîne avec le « Sporting Club Quenelles » qui apprend le glissage de quenelle. Il tacle ici toutes les stars qui se sont débinés après que des photos où ils effectuaient des quenelles avec l’humoriste ont été rendues publiques. Passent à la trappe Tony Parker, Teddy Riner et bien évidemment Mamadou Sakho auquel il a dédié une chanson humoristique devenue culte et qu’il entonne alors sur scène.

Il part ensuite sur la montée du Front National inquiétant les dirigeants, et tourne également en dérision le droit de vote. Il en vient à parler de l’IFOP, l’institut de sondage dont il fait une superbe parodie. Il démonte ici toutes les ficelles de la mascarade politique actuelle.

Puis il accorde un hommage à son défunt ami Claude Nougaro qu’il imite à la perfection.

 

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Après quoi il imite son père camerounais qui évoque le monde actuel avec un mélange d’innocence et de clairvoyance drôle et touchant.

Le tout se termine avec la chanson de l’humoriste « La Quenelle sauce mafé ».

Dans cette version lyonnaise, il invite également son régisseur Jacky Sigaux à le rejoindre sur scène pour fêter leurs 20 ans de complicité.

On en retire un spectacle hilarant, transgressif et terriblement bien foutu. Mise en scène chiadée et pleine d’effets, dialogues juste savoureux piquants et croustillants à souhait, un régal pour les oreilles. Et bien évidemment, interprétation pharaonique et impériale de l’artiste toujours au sommet.

 

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La Bête Immonde marque un pic et c’est un nouveau chef d’œuvre de Dieudonné. Une véritable bombe qui remportera un vif succès. Pas moins de 15 procédures d’annulation seront prises pour interdire le spectacle. La plupart se solderont par des échecs.

Alors qu’on subventionnait fortement Charlie Hebdo, un journal qui, avant les attentats, était en faillite, (et qui est d’ailleurs visiblement parti pour y retomber), on cherchait au même moment à interdire un artiste qui lui, vit sans subvention, et qui est le plus gros vendeur de billets de France.

D’où vient ce succès ? Dieudonné le dit dans ce spectacle, pour faire rire « il faut dire la vérité. Les gens ne sont tellement pas habitués qu’ils rient ».

 

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La Bête Immonde est rapidement devenu l’un des spectacles les plus cultes de Dieudo.

Beaucoup plus piquant que Le Mur, le spectacle interdit, La Bête Immonde est tout simplement l’une des performances les plus transgressives de l’artiste, mais aussi l’une des plus drôles et réussies.

A peine le DVD sortit, que le procureur de la république lança une procédure pour le faire interdire. L’interdiction est un « label de qualité » que s’impose désormais Dieudonné.

La Bête Immonde est tout simplement une tuerie absolue qui envoie du lourd et où l’on rit sans temps morts.      

Un must !  

            

 

 

Note : 18,5/20

Note Quenellière : Quenelle épaulée !