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Catégorie : Littérature

Genre : Inclassable

Année : 2008

Nombre de pages : 264

Nation : France

Auteur : Jean-Louis Costes

Sujet : Jean Louis en a plein le cul de la cité Lénine ! Les dealers sodomites, les racailles, sa femme, les médias…. Il n’en peut plus ! Il craque et décide de déclarer la guerre au monde entier. Il transforme son appartement à un véritable Bunker de Banlieue. Les packs de Kro, la machette, une bonne connexion internet, de la drogue et son chat, Jean Louis est prêt. La guerre peut commencer !  

 

Analyse critique :

(Attention SPOILERS !)

Nous continuons notre cycle Costes en restant sur ses œuvres littéraires. Sur ce blog, j’ai abordé le premier livre de l’artiste, Viva la Merda ! écrit en 2004. Suite à cette première expérience plutôt payante il continue avec Grand Père, que je n’ai pas encore lu, mais qui, paraît-il, est une tuerie. Mais c’est en 2008 qu’il nous livre un autre chef d’œuvre de son art, j’ai nommé Un Bunker de Banlieue.   

Avec un titre pareil, on en attend beaucoup. Tout simplement parce que Costes a longtemps vécu dans le 93 et qu’il n’y avait pas que des amis, loin de là. Le sujet des banlieues, il l’a surtout exposé dans ses chansons. Et il n’y allait pas de main morte !    

Alors forcément, tout un bouquin sur le sujet ça donne envie. Evidemment Costes ne l’aborde ni du point de vue des médias, ni du point de vue des rappeurs. Nous se sommes pas ici dans la peau de l’immigré tabassé par les flics qui deale « pour survivre ». Ici on est dans la peau du français blanc moyen blasé et qui en a plein le cul de toute la merde qui l’entoure.

Le style d’écriture de Costes est à l’image du sujet : brut de décoffrage. L’artiste envoie du lourd du très lourd même. Un Bunker de Banlieue fait partie de ses bouquins qui se lisent d’une seule traite. C’est du brutal ! Du radical ! On a presque l’impression d’être dans une chanson de Costes.

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Rien qu’en lisant les dialogues on peut l’entendre crier. Un Bunker de Banlieue est un livre terriblement enragé ! Costes se lâche littéralement. On est happé du début à la fin. C’est une œuvre hystérique dans laquelle il y’a zéro temps mort. On retrouve donc le rythme de lecture que Costes sait imposer à son lecteur. Sur ce point là il démontre son talent d’auteur.

Mais son style s’exprime par bien d’autres éléments. Premièrement sa façon de jongler entre les registres. On est au début dans une comédie dramatique socio-réaliste et puis à la fin on part dans un truc déjanté complètement surréaliste (je n’en dis pas plus mais le final est vraiment hallucinant à lire). 

Mais la force de Un Bunker de Banlieue est celle que l’on retrouve dans toute l’œuvre de Costes. Le mix des émotions qu’il parvient à véhiculer à travers son art (ici à travers l’écriture). On rit beaucoup, de l’humour très noir et trash dans ce livre. Imaginer Costes en train de massacrer avec sa machette en hurlant « RWANDA !!! », c‘est déjà hilarant. Il y’a aussi une scène atroce mais à se pisser dessus c’est le moment où il décapite un nombre incalculable de gamins et qu’il compare ça au célèbre passage de Tintin au Congo avec les antilopes.

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Mais Un Bunker de Banlieue est également touchant, beau et dramatique. Notamment à travers le personnage pathétique et paumé de Jean Louis, mais surtout dans les relations qu’il a avec sa femme et avant tout sa fille. Il y’a d’ailleurs une scène absolument horrible concernant sa fille morte, vraiment écœurante et gratinée, et pourtant dans ce sommet de trash Costes parvient à faire ressortir de la beauté et de l’amour. Honnêtement je n’ai jamais vu quelqu’un réussir un truc de ce niveau là. Il n’y a que Costes pour y parvenir. Emouvoir tout en étant ultra trash.     

Vous l’aurez compris, avec Un Bunker de Banlieue, Costes a signé un nouveau chef d’œuvre.

Sur le fond le bouquin est très intéressant. Il fut rédigé en 2008, à une époque où le sujet des banlieues faisait beaucoup débat à travers les médias. Costes décide de l’aborder à sa façon en se mettant dans la peau du blanc sans fric qui doit survivre dans cet univers hostile. Mais plus que ça, ici la Banlieue semble être avant tout la métaphore de notre société occidentale en pleine dégradation morale et sociale.

A cela viennent se greffer des tas de sujets, comme la drogue, Internet, le voyeurisme, la politique, les conflits raciaux, les religions les relations entre amants, le repli sur soi même…. Mais on parle surtout de l’aliénation des gens dans la société actuelle. Une fois encore, il suffit de voir le parcours de Costes pour comprendre qu’il y’a une part d’autobiographie dans ce livre. La vie d’un homme qui finit par craquer devant le spectacle désolant de la société moderne.  

 

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Un Bunker de Banlieue va donc à contre courant, et les esprits fermés pourront le taxer de réac, voir de « facho ». Difficile d’y croire vu le ton décalé de ce chef d’œuvre de littérature underground. Il faut d’ailleurs savoir que Un Bunker de Banlieue a tout de même été refusé par 24 éditeurs. Beau reflet du politiquement correct qui règne dans notre société actuelle.

Ce troisième livre de Costes est donc un chef d’œuvre et je pèse mes mots. Une bombe littéraire délirante, trash, hilarante, émouvante et absolument hallucinante.

 Du Grand Costes !

 

            

Note : 18/20