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Catégorie : Spectacle

Genre : Humour

Année : 2012

Public : Tous Publics

Durée : 1H25

Nation : France

Mise en Scène: Dieudonné M’Bala M’Bala

Interprète : Dieudonné M’Bala M’Bala

Sujet : La « Foxtrot » qui signifie « Pas de renard » est une vieille danse des années 20 qui reflète l’époque du « rêve américain ». Pour Dieudonné cette danse est un formidable témoignage social. Qu’en est-il vraiment du rêve américain ? L’artiste aborde la question en traitant également des sérials killers, de la danse sous toutes ses formes, de la guerre, du terrorisme, de l’écologie, de la morale laïque, de la compétition victimaire et même des extraterrestres ! Dieudo nous entraîne donc dans une vraie danse d’humour par laquelle il impose le rire comme « le dernier rempart de la raison ». 

Analyse critique :

(Attention SPOILERS !)

Continuation du cycle Dieudonné avec le spectacle Foxtrot écrit et mis en scène en 2012.

A cette époque Dieudo est en plein renouement avec le grand succès. Les médias ont bien tenté de le détruire artistiquement, mais c’était sans compter L’Internet qui a permis à l’humoriste de s’exprimer librement et aux gens de découvrir qui il était réellement. Son succès atteint donc des proportions comme jamais il n’en a connu.

On essaie donc de le taper au portefeuille, il est entre autres condamné à une très lourde amende pour sa chanson « Chaud Ananas » (ou « Shoahnanas »). Une campagne médiatique de diabolisation commence également déjà à se mettre en place pour tenter de contrer sa nouvelle popularité et son nouvel audimat sur le net. Mais ce chantage semble avoir sérieusement pris du plomb dans l’aile et les gens sont devenus méfiants envers des médias qu’ils savent menteurs et manipulateurs.

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Le dernier spectacle de Dieudo est donc attendu de pied ferme. Il s’agit de Foxtrot.

Ce titre est en fait le nom d’une danse américaine des années vingt qui se traduit par « Pas de renard ». Le spectacle fut enregistré au grand Théâtre de Marens à Nyon.

Dieudo fait alors son entrée sur scène accompagné de la célèbre musique « The Entertainer » composée en 1902 par l’afro-américain Scott Joplin. Musique qui sera remise au goût du jour avec le film L’Arnaque de George Roy Hill en 1974.

L’artiste se sert de cette musique pour introduire le thème de la danse « Foxtrot » qui symbolise l’époque du « rêve américain » au Etats-Unis. « Rêve américain » dont il égratigne bien vite le mythe rappelant que tout le monde n’avait pas sa chance, contrairement à la légende de ce pseudo rêve. Il se moque également de la censure télévisuelle et notamment le CSA qui s’insurge contre certaines choses mais qui diffuse pour tous public la mort atroce de feu Mouammar El-Kadhafi. Il taille aussi l’armée américaine « dont la cruauté fait la force » revenant sur les exactions de cette armée à côté de laquelle l’Armée allemande nazie était « trop tendre et humaniste ».

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En parlant des USA, il en vient à l’un de ses plus grands mythes : Les Serials Killers. Un sketch rempli d’humour noir vraiment excellent dans lequel l’artiste revient sur la fusillade lors de l’avant première du film Batman : The Dark Knight Rises de Christopher Nolan. Cela dit, il reconnaît que le phénomène existe aussi en Europe, notamment avec Anders Breivik le tueur franc-maçon, sioniste revendiqué et suprématiste racialiste, qui a abattu 77 personnes musulmanes. Il livre d’ailleurs une imitation du tueur dans sa cellule. Mais il revient également sur le « Dépeceur de Montréal » Luka Rocco Magnotta (de son vrai nom Eric Clinton Newman) qu’il imite aussi en plus du père de la victime. Il finit avec « le Cannibale de Miami », un afro-américain qui avait dévoré le visage d’un SDF. Sur ce sketch, il rit aussi du voyeurisme des gens concernant ces faits. Il ne s’exclut d’ailleurs pas de ce jugement, loin de là même ! Humour noir et trash garanti !

Il enchaîne avec « C’est N’importe quoi » où il critique la politique française aussi bien intérieure qu’étrangère, sa corruption et les mensonges des médias. Il revient aussi sur ses condamnations et l’arrêt par 200 CRS d’une représentation de son spectacle Rendez nous Jésus !  à Bruxelles. Image iconique comme il le note de l’arrêt des rires par la force. Voilà où nous en sommes arrivés.

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« La Danse » qui est donc le cœur du sujet de ce nouveau spectacle. L’humoriste se demande comment ce phénomène est né et comment il s’est développé. Il vanne également Gangnam Style à ce sujet, qui faisait carton à l’époque. Il vanne aussi la culture de la danse en Afrique, prenant l’exemple du Cameroun, où il a de la famille. Il en vient au mouvement des fesses des danseuses africaines et embraye sur le sujet de la « Vénus Hottentote ».

La « Vénus Hottentote » était une africaine du sud dont on exhiba les fesses en France au début du XIXème siècle. Son corps fut ensuite empaillé et exposé dans un musée La dépouille sera récupéré par l’Afrique du Sud en 2002.

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Après cet aparté, il revient sur la danse en Afrique. Toujours aussi drôle.

Puis vient « Le service Militaire », auquel l’artiste a en partie échappé à l’époque, ce qui ne l’empêche pas de jouer un immigré recruté.

Plus piquant avec « L’affaire Merah » très médiatisée. Comme le souligne l’artiste « heureusement qu’ils n’ont pas retrouvé un DVD de ma gueule dans l’appartement ! ». Il revient sur le terrorisme et sur Al-Quaïda « une maison assez sérieuse, c’est une boîte américaine d’ailleurs ». Dieudo conseille à ceux qui veulent tuer dans la légalité de rejoindre l’OTAN qui massacre au nom des droits de l’homme. Il revient notamment sur l’opération/boucherie en Libye, taclant sévèrement BHL l’instigateur de cette guerre. Là encore humour noir et trash.

  

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On arrive ensuite au sujet de l’écologie avec deux sketchs complémentaires : « L’Ancien Ecologiste » où l’artiste interprète un ancien écolo désillusionné (cela pourrait d’ailleurs être lui-même, puisqu’il a milité chez les verts au début des années 2000). Puis il enchaîne avec « Le Trou dans la Couche d’Ozone », un des plus grands mensonges du siècle dernier, aujourd’hui reconnu par une grande partie de la communauté scientifique.

Vient ensuite « La Morale Laïque », une sorte de continuité de son spectacle 1905. Dieudo se moque de cette doctrine et la définit telle qu’elle est vraiment, à savoir une nouvelle forme de religion basée sur le matérialisme et à laquelle on doit se soumettre. Il montre également la haine de la religion construite par notre système. Pour illustrer le tout, il cite le cas de la pièce « Golgotha Picnic ». Pièce subventionnée par le domaine public et dans laquelle des artistes à demi-nu s’amuse à jeter de la merde sur un portrait du Christ. Pièce défendue par Messieurs Valls et Delanoë et approuvée haut la main par la bienpensance. Idem pour les caricatures du prophète représentant la « liberté d’expression », par contre Dieudonné…. L’artiste pose la question : « comment on sait ce à quoi on a le droit ?» il donne la réponse : « Apelle le CRIF ». La laïcité est donc paradoxalement devenue sacrée elle-même.

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L’humoriste en arrive alors à un autre sujet tabou : Le Mariage Gay. Il évoque un ami Karim qui est allé manifester et qui déclare « Y’a plus de boulot, c’est la crise financière, tout se casse la gueule, on est au bord de la troisième guerre mondiale. Je pense quand même que le mariage gay c’était pas une priorité ». L’artiste en vient alors à l’homoparentalité et à la PMA mais aussi à la perte d’identité sexuelle chez l’individu. Là encore c’est du lourd et du piquant  

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Puis arrive l’un des sketchs les plus cultes de ce nouveau one-man-show « La Compétition Victimaire ». En premier lieu, Dieudo interprète le présentateur de ce soixante-troisième championnat du monde de la victimisation. Compétition réunissant les quatre plus grandes équipes du monde avec un total de 75 millions de personnes génocidées sur le plateau. Le continent américain est représenté par l’équipe des amérindiens qui arrivent avec un score hallucinant de 40 millions de morts ! Suit le continent africain avec 20 millions de personnes génocidées. La troisième équipe représente l’Australie, il s’agit des aborigènes, civilisation qui a totalement disparue et dont le chiffre de morts est indéfinissable (aucune sources). Puis arrive la grande favorite du championnat, soixante deux fois championne du monde, représentant Israël, c’est bien sûr la Shoah et ses 6 millions de morts. Dieudo livre une imitation parodique de « l’entraîneur de la Shoah », monsieur Elie Wiesel prix Nobel de la paix. A travers le personnage d’Elie Wiesel (qui est fortement soupçonné d’être un escroc usurpant l’identité d’un déporté), Dieudo dresse une satire féroce de la sacralité de la Shoah, « souffrance au dessus de toutes les autres » qui est quasiment devenue une religion. Son personnage de Wiesel n’hésite d’ailleurs pas à réviser à sa sauce la traite négrière. Mais le débat ne se porte pas que sur la Shoah, puisque l’artiste interprète également l’altercation verbale entre un africain et un antillais qui se disputent pour savoir qui est le plus à même pour représenter la souffrance noire. Au final l’humoriste se moque avant tout du business que certaines élites communautaires font sur la souffrance de peuples ou de communautés.

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On en vient ensuite à « L’extra terrestre de Jupiton ». Il évoque l’histoire d’un ami qui lui affirme avoir été enlevé par des extras terrestres de Jupiton. Ces derniers l’auraient chargé de collecter un impôt dans le monde pour les terriens. Mais ces extraterrestres utilisent le « sestrelle », soit la monnaie de Jupiton. L’homme doit donc faire le change et demande à Dieudo de s’en charger auprès de sa banque. Ce sketch très fin sur l’escroquerie est absolument magnifique. Mais surtout, il en fait une métaphore sur la façon dont le système bancaire nous la met toujours plus profond et à ce niveau là l’euro a été une étape majeure.

C’est ainsi que se termine ce nouveau show.

Un show par ailleurs très bien foutu.

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La mise en scène est impeccable comme d’habitude et « réglée comme une montre suisse ». Les dialogues savoureux et l’artiste principal toujours aussi fantastique. Il n’a désormais plus rien à prouver mais est toujours aussi hallucinant de talent. Sans parler de son don inné pour l’impro.

On saluera au passage la petite performance de Jacky Sigaux le régisseur.     

On notera évidemment le côté piquant et transgressif de ce nouveau spectacle qui est assez gratiné. L’humoriste étale là encore son talent pour faire rire de sujets vraiment tabous qui sont les nouvelles sacralités de notre société matérialiste, cosmopolite, mondialiste, libérale et libertaire. Il remplit donc parfaitement sa fonction d’humoriste et s’impose vraiment comme l’un des seuls artistes français réellement subversifs.

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Foxtrot est donc une totale réussite. C’est d’ailleurs un one-man-show très complet, puisque l’humoriste aborde une multitude de sujets (il y’a 15 sketchs en tout). Le comique en profite également pour régler ses comptes avec la classe médiatique et notamment l’humoriste Patrick Timsit qui l’avait comparé à Hitler et avait demandé à ce qu’on l’interdise. Autant dire que la réponse de Dieudo sera cinglante.

En ce sens, Foxtrot s’impose probablement comme l’un des sommets de l’œuvre de Dieudonné. Ce spectacle rencontrera par ailleurs un énorme succès. La tournée de Foxtrot fut tout simplement triomphale. On n’avait pas vu ça depuis longtemps. L’humoriste remplira les zéniths de toute la France et jouera souvent à guichet fermé. Il atteint là ce qui est sans doute la vraie apogée de sa carrière.

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Foxtrot est souvent cité comme l’un des meilleurs spectacles de Dieudonné et c’est clairement le cas. L’un des meilleurs et des plus piquants. Un humour intelligent, tranchant, brillant et transgressif. Du grand Dieudonné !          

           

    

    

 

Note : 19,5/20

Note Quenellière : Quenelle épaulée !