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Catégorie : Cinéma

Genre : Comédie

Année : 2012

Public : Interdit en France

Durée : 1H20

Nation : France

Réalisateur : Dieudonné M’Bala M’Bala

Acteurs : Dieudonné M’Bala M’Bala, Jacky Sigaux, Olivier Girard, Ophélie Montel, Juliette Montel, Ahmed Moualek, Olivier Sauton, Alain Soral, Robert Faurisson, Jo Damas

Synopsis : L’histoire du tournage d’un film fauché qui doit être réalisé en 8 jours sur le thème de l’antisémitisme. C’est donc l’histoire de Jean-Luc un antisémite et de sa femme. Cette dernière atteinte d’un cancer et sur le point de mourir demande à son mari de se faire analyser par un psy juif afin de guérir son antisémitisme. Une situation explosive. Sans compter que sur le plateau de tournage rien ne va plus et la guerre éclate entre les différentes communautés qui composent l’équipe.

Analyse critique :

(Attention SPOILERS !)

Nous continuons notre cycle Dieudo avec cette fois-ci, non pas un spectacle mais avec un film qui n’est ni plus ni moins que la première réalisation de l’humoriste polémiste. J’ai nommé L’Antisémite réalisé en 2012.

Dieudonné n’en est pas à son premier contact avec le cinéma. Depuis les années 90, son talent d’acteur l’avait amené à jouer dans plusieurs films. Parmi les plus cultes, on citera Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre ou encore Les Onze Commandements.

A la suite des énormes polémiques qui l’ont entouré, l’artiste a vu les portes du septième art se fermer devant ses yeux. Pourtant Dieudo avait aussi des projets avec le cinéma, et en tant que réalisateur. Il souhaitait notamment réaliser un film sur l’esclavage.

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Cependant, sa carrière a pris une autre tournure. De plus, il semblait s’être détourné du cinéma et en dénonçait d’ailleurs l’aspect factice dans son one man show Sandrine en 2009.

Et pourtant, en 2012 à la fin de son spectacle Rendez Nous Jésus ! il annonce sa première réalisation, un film baptisé « L’Antisémite » et « d’ores et déjà interdit dans le monde entier, dans l’univers et dans les deux galaxies autour » déclare l’artiste sur scène. En effet L’Antisémite réussit l’ « exploit » d’être interdit avant même la fin du tournage. Le film ne dispose donc d’aucun visa d’exploitation et nous le visionnons « à nos risques et périls ». Le message d’intro avertit d’ailleurs :

« Ce film n’a obtenu l’agrément d’aucun organisme officiel. Il ne dispose d’aucune autorisation d’exploitation. Il est, par conséquent, interdit de le visionner sur le territoire français ainsi que dans tout pays ayant ratifié les conventions de Genève. La législation française reste cependant inopérante en zone internationale ce qui permet à ce film d’être visionné en haute mer ou dans l’espace… Bon visionnage… »   

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Bien évidemment avec un film titré « L’Antisémite » Dieudo est attendu au tournant, mais l’humoriste annonce la couleur, il compte répondre définitivement à la polémique qui l’accuse d’antisémitisme. 

L’Antisémite raconte donc l’histoire du tournage d’un film baptisé « L’Antisémite » et qui met en scène un couple dont le mari est antisémite et la femme cancéreuse. Cette dernière se sentant mourir lui demande de soigner son antisémitisme en allant voir un psy juif.

On a donc un film dans le film. Et en tenant compte du court métrage du début, on peut même dire qu’on a un film dans le film, dans le film. Ce court métrage muet en noir et blanc fait office d’intro et met en scène de façon comique (dans le vieux registre muet donc), la libération du camp d’Auschwitz. Evidemment l’artiste égratigne le sacré et le tabou absolu s’amusant à flirter avec les limites de la loi (Fabius) Gayssot.

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Cependant, ce court métrage servira avant tout à introduire le personnage de Jean Luc qui est particulièrement enthousiasmé par ce petit film.

Après cela, le long métrage débute vraiment et c’est un vrai foutoir. On alterne donc entre les scènes du « film » et celle du tournage.

Celles du « film » sont donc tournées en couleurs et plutôt bien filmées et mises en scène par ailleurs. Puis celles du tournage sont en noir et blanc et filmées de façon underground avec un côté volontairement mal foutu.

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C’est donc le parti pris de la réalisation. Cette façon d’alterner pourra en gêner plus d’un. Cela dit la partie du tournage est essentielle car elle permet de dresser une féroce critique de l’industrie du cinéma que Dieudonné a jadis côtoyé.

Le tout est donc filmé de façon simple et directe misant avant tout sur l’efficacité.

Bien que la réalisation ne manque pas d’originalité donc, L’Antisémite n’a pas réellement d’ambitions esthétiques ou techniques, ce qui se comprend vu son format de comédie populaire.

Concernant l’écriture et les dialogues, le scénario est assez basique au final et il n’y a pas tellement de rebondissements et de chutes. On sent que l’humoriste s’est avant tout amusé et s’en est donné à cœur joie. D’un côté on retrouve bien là une bonne critique du cinéma occidental.

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Au niveau des dialogues donc, on reconnaît la plume de Dieudonné et clairement c’est un point fort du film.

Mais ces dialogues sont aussi servis par de très bons interprètes. Interprètes qui jouent surtout dans un registre décalé et un cabotinage volontaire.   

Le casting est d’ailleurs assez hétérogène et piquant au vu de certaines personnalités.

Dieudo joue donc le rôle de Jean-Luc, de lui-même et d’un soldat américain au début du film. L’artiste s’amuse avant tout à incarner à l’écran l’image que les medias donnent de lui. Ainsi il se déguise en nazi et se lâche complètement. Il n’y a là rien de surprenant quand on connaît le personnage qui répond ici à ses ennemis sur le terrain de l’humour, de l’ironie et de la dérision. Evidemment l’artiste est égal à lui même et est absolument parfait, ses talents d’acteur n’étant plus à prouver. Cela dit, il reste tout de même meilleur sur scène à mon sens.

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Jacky Sigaux le célèbre régisseur de Dieudo, joue lui le psychologue juif. On retrouve ici toute la bonhommie de Jacky qui s’accorde très bien avec ce rôle, un psy juif qui va tout faire pour tenter de comprendre l’antisémitisme de Jean Luc. A la fin, les deux hommes deviendront amis ayant notamment le même point de vue sur l’homosexualité. Jacky Sigaux ne varie pas vraiment de d’habitude et joue avant tout du Jacky Sigaux ce qu’il sait faire de mieux.    

Olivier Girard joue quant à lui le réalisateur du film, un gay hystérique. Evidemment il force le trait à 200 % brisant les tabous et s’en donnant à cœur joie en jouant une image hyper caricaturale.

Ophélie Montel incarne quant à elle la femme de Jean-Luc atteinte du cancer. C’est sans doute la plus sobre de tout le casting et elle ne s’en sort ma foie pas trop mal.

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Puis on a également Juliette Montel qui interprète la femme du psy qui, au contraire de son mari, est une juive extrémiste et hystérique. Là encore l’actrice (qui par la suite collaborera beaucoup avec Dieudonné) se lâche et livre une performance déjantée.

Olivier Sauton, joue quant à lui un acteur chaud lapin qui drague tout ce qui bouge (sans grand succès d’ailleurs). Avec son côté Kakou, il est parfait dans le rôle du cancérologue cynique et joyeux drille. Pour info, l’acteur sera, suite à ce film, victime d’une attaque de la LDJ (alors qu’il sortait d’un cours de théâtre avec une de ses élèves). Une agression qui se terminera plutôt bien puisqu’il parviendra à mettre en fuite ses agresseurs par ses appels. Sauton tient donc très bien son rôle et lui aussi sera amené à collaborer à nouveau avec Dieudonné.

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Puis nous avons Ahmed Moualek dans le rôle du caméraman musulman (voir islamiste radical). Lui aussi joue très bien et suite à ce film, il aura d’ailleurs, bien malgré lui, une carrière d’humoriste involontaire par ses vidéos sur Internet, bien qu’assez pathétique il faut le reconnaître.

Enfin, Jo Damas (humoriste, neveu de Dieudonné) qui est encore crédité sous le nom de Jonathan Damas a un petit rôle d’accessoiriste gay.

Nous arrivons à la partie piquante du casting. Notamment avec l’essayiste polémiste Alain Soral qui tient ici le rôle du producteur juif du film. Jouant un personnage cynique et antipathique. Soral s’en sort très bien (il avait d’ailleurs lui aussi touché au cinéma dans les années 90).

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Mais le clou reste évidemment la présence du professeur Robert Faurisson, dans son propre rôle. Lui aussi, à l’instar de Dieudonné, joue l’image que l’on donne de lui et il y’a une scène particulièrement transgressive, dans laquelle lui et Dieudonné rencontre « La Shoah » au bord d’une route.

Pour en finir avec la partie subversive du casting, on évoquera la présence du sulfureux Daniel Conversano en tant qu’assistant réalisateur.

Un casting de choix donc, sur lequel repose l’essentiel du film. D’ailleurs le générique final remercie les interprètes prometteurs ou pas qui en choisissant de jouer dans ce film ont probablement anéanti toutes leurs chances de faire une belle carrière.

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Que dire donc de L’Antisémite ? Au final, ce film se révèle assez jouissif et amusant. Au niveau du fond, on comprend que Dieudo répond avant tout aux polémiques par l’autodérision la plus totale. Mais L’Antisémite s’accompagne également d’une sévère critique du monde du cinéma et plus précisément de l’Industrie cinématographique, de sa cruauté et de sa décadence. Mais il évoque aussi le clash des civilisations, notamment à travers une équipe composée de juifs, de musulmans, de révisionnistes, de gays, d’athées… Le tout avec humour. On retrouvera également une critique du milieu médical et notamment du traitement du cancer (thème sur lequel Dieudo avait livré un sketch formidable dans son spectacle Mahmoud en 2010, et qu’il développera dans son film suivant).

Cela dit, soyons clairs et honnêtes, L’Antisémite démontre aussi que Dieudo est tout de même bien meilleur sur scène qu’au cinéma. Pour autant, le film n’a visiblement aucune prétention et ça sent avant tout le trip fait entre potes. Etant la première réalisation de Dieudonné, ce dernier a attaqué avec un registre assez léger.

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Cependant, L’Antisémite reste sans doute bien mieux foutu que la plupart des comédies populaires françaises de sa génération.

Malgré certains aspects transgressifs, L’Antisémite reste une comédie inoffensive et on rira d’ailleurs de son interdiction en France.

De même qu’on rira du fait qu’Alain Juppé s’inquiète de l’aura de ce film. En effet il déclara : « C’est inacceptable que l’on trouve en deux clics sur le net des films comme l’Antisémite de Dieudonné ». Bientôt vers une censure totale d’internet Alain ?

Un petit film sympa à défaut d’être transcendant.

 

        

Note : 14/20

Note Quenellière : Quenelle de 300