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Catégorie : Littérature

Genre : Biographie, analyse, cinéma

Année : 2008

Nombre de pages : 280

Nation : France

Auteur : Frédéric Aranzueque-Arrieta

Sujet : Au début des années 60, une trinité d’artistes que sont Fernando Arrabal, Alejandro Jodorowsky et Roland Topor mènent une petite révolution artistique en créant le mouvement (ou anti-mouvement) Panique en réponse à l’art contemporain, consensuel et dogmatique. Cet anti-mouvement subversif va donner naissance à des œuvres littéraires, picturales et cinématographiques qui vont à jamais marquer l’histoire de l’Art.    

Analyse critique :

(Attention SPOILERS !)

Amis internautes ! E-Pôle-Art va être sous le signe du Panique dans les semaines à venir. En effet je me décide à aborder ce mouvement (ou anti mouvement) artistique qui naquit en 1962 de l’association de trois grands artistes qu’étaient Arrabal, Jodorowsky et Topor.

Pour aborder les œuvres de ce mouvement, j’ai d’abord décidé de parler de l’histoire du mouvement en lui même en vous proposant le très bon livre de Frédéric Aranzueque-Arrieta, justement intitulé Panique.

Cet auteur artiste a bien étudié le Panique et nous dresse un ouvrage pour le moins fascinant. A travers ce livre, Aranzueque-Arrieta nous fait découvrir la genèse de ce mouvement, les caractéristiques qui le définissent et enfin son expression à travers les œuvres paniques.

 

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En réalité, Panique est né en 1962 de l’association de trois hommes comme je l’ai dit. Le premier c’est Fernando Arrabal, qui fut en quelque sorte le maillon véhiculateur du mouvement. Arrabal était un dramaturge espagnol qui a fuit le gouvernement de Franco pour venir en France. Il était une sorte de poète trash et libertaire avant tout artiste et pour une liberté créatrice totale. En France, il a alors fait la connaissance de deux hommes qui vont changer sa vie. Le premier c’est Roland Topor, un fils de réfugiés juifs polonais, dessinateur assez trash, profondément athée et antisystème. Le second c’est Alejandro (ou Alexandro) Jodorowsky, un fils d’émigrés juifs russes naturalisés chiliens et un artiste mystique bourré de talents.

Les trois hommes traînent ensemble. Il y’a quelque divergences parmi eux, notamment entre Topor, qui est purement athée et rejette toutes les religions, et Jodorowsky, qui est mystique et qui s’intéresse au contraire beaucoup aux religions. Fernando Arrabal est donc le pilier du groupe car il est aussi celui qui lie Topor et Jodo. Mais les trois artistes ont un point commun qui les rattache inlassablement : La volonté d’une liberté créative nouvelle et qui va à l’encontre des institutions artistiques.

 

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Bien avant de fonder leur mouvement, ils s’inscrivaient plus ou moins dans trois tendances différentes que sont le Surréalisme, le Dadaïsme et le Postisme. Il est intéressant de voir comment ces trois tendances se révèleront plus tard être les bases du Panique.

Mais au final c’est surtout le surréalisme qui sembla jouer. En effet, au début des années 60, les trois hommes avaient fait du Café de la Paix à Paris leur QG. Mais c’était aussi celui des surréalistes avec qui, ceux que l’on surnomme « La Trinité sacrée », s’entendront bien. Les trois artistes rencontreront donc André Breton le fondateur du mouvement surréaliste. C’est dans cette expression artistique qu’ils se reconnaissent le plus car elle permet au final toutes les transgressions créatives. Cependant « l’école Breton », pourtant berceau du surréalisme, a bien changé et ne représente plus depuis longtemps la quintessence même de ce mouvement. Ce qui va également gêner les trois artistes, c’est l’idéologie communiste qui règne en maître dans ce milieu.

 

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En 1962, ils décident de se détacher du surréalisme pour créer leur propre mouvement, le Panique. Mais qu’est au juste le Panique ?     

« Le Panique dévore transgresse, désobéit et viole. Le Panique avale la morale et le consensus. »

Telle est l’une des définitions du Panique. En réalité ce mouvement est en quelque sorte une philosophie qui regroupe dans ses influences les trois courants que j’ai évoqués plus haut à savoir : le Dadaïsme, le Surréalisme, Le Postisme. 

 

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Comme son nom l’indique, Le Panique est construit autour du culte symbolique du Dieu Pan. Pan est un dieu rebelle de la mythologie grecque. Mi Homme, mi animal, sa laideur lui valut d’être abandonné par ses parents Zeus et Callisto. On retrouve donc à travers Pan le mythe du « Freaks » qui jouera un rôle important dans le mouvement Panique et notamment dans l’œuvre d’Alejandro Jodorowsky. Mais Pan était aussi un dieu qui s’est rebellé contre l’ordre établi et qui s’amusait à créer parmi les mortels le sentiment de panique.

Ce n’est donc pas pour rien s’il a été choisi comme effigie par la « trinité sacrée ». D’ailleurs Arrabal voyait à travers Panique, le jeu de mot « Pan nique », confirmant bien le côté subversif, provocateur et rebelle de Pan.   

 

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Le Panique mise donc sur la confusion, je dirais même la confusion esthétique. Par là, entendez le rejet des normes artistiques et des institutions les représentant. Le but du Panique quelque part c’est de ne pas avoir de règles. Mais paradoxalement, cet état d’esprit implique des règles au Panique. Ce mouvement est donc difficile à définir. Dans le livre, l’auteur s’appuie avant tout sur les écrits et les paroles d’Arrabal et Jodorowsky qui sont les personnes qui ont le plus théorisé sur le mouvement. Mais au final même eux reconnaissent que vouloir théoriser Panique, c’est aller à l’encontre de son esprit.

Les pistes vers lesquelles va Aranzueque-Arrieta sont pertinentes et fascinantes, même si au final il est quasiment impossible de définir Panique.

 

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D’ailleurs, Panique n’est plus seulement un mouvement artistique, c’est une façon d’être. Et à ce niveau là, c’est Fernando Arrabal qui est allé le plus loin. Il y’a le penseur Panique, comme Arrabal lorsqu’il militait avec les anarchistes où faisait des discours. Plus que l’artiste ou le penseur panique, il y’a aussi l’athlète Panique qui se livre à des performances scéniques terribles. A ce niveau là il paraît que les pièces de théâtre que joua Arrabal dans les années 60 étaient limite des orgies.

Mais l’athlète Panique, c’était surtout Diego Bàrdon, un toréador espagnol qui avait une vision de la corrida à des années lumières du traditionalisme espagnol. Bàrdon se livrait à de véritables performances paniques dans l’arène. Il fut d’ailleurs interdit de corrida à partir de 1973 pour avoir offert une feuille de salade au taureau plutôt que la pointe de son épée. 

 

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Panique c’est donc un domaine vaste. Après avoir plus ou moins tenté de le définir, l’auteur aborde les œuvres qui lui sont propres.

Le Panique a eu plusieurs langages d’expression.

Il y’a eu premièrement le théâtre, avec Fernando Arrabal qui a écrit diverses pièces et Jodo qui en a mis en scène également. On apprend que l’une des influences majeures du théâtre Panique fut Antonin Artaud le célèbre théoricien du théâtre.

 

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Le cinéma, là encore à travers Arrabal (Viva La Muerte, J’irai comme un Cheval Fou, L’Arbre de Guernica) et Alejandro Jodorowsky (El Topo, La Montagne Sacrée et Santa Sangre). Les œuvres cinématographiques des deux hommes sont analysés par Aranzueque-Arrieta et sa vision est très intéressante.

Les Arts Plastiques, cette fois ci par le biais de Roland Topor, le dessinateur du groupe. Les dessins de Topor qui étaient dans un premier temps quelque peu influencé par le vieil Hara-Kiri, vont prendre de la personnalité et devenir vraiment cultes au cours des années 70. Dans une bien moindre mesure, Arrabal a aussi fournit quelques œuvres dans la peinture.      

Le champ d’action du Panique est donc large.

 

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Avec ce livre, Frédéric Aranzueque-Arrieta nous plonge donc au cœur de ce mouvement anti conformiste. Il aborde la façon dont il est né, quelle est sa philosophie et quels ont été ses œuvres.

Le livre est par ailleurs très bien écrit. L’auteur utilise un style clair et une structure synthétique très hiérarchisée qui rend la lecture attractive et ludique. Certes, on peut regretter le manque d’illustrations surtout sur un sujet comme celui là. Mais quelque part, Aranzueque-Arrieta préfère laisser le lecteur aller lui même voir les œuvres et de plus le livre s’est fait avec une petite maison d’édition.

 

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A travers Panique, on découvre certes l’évolution et l’œuvre de ce mouvement, mais également son influence et son importance, de même que ses sources. Le Panique n’est pas forcément très connu mais pourtant, sa grande liberté créative a marqué l’histoire de l’art.

Un livre fascinant qui permet de mieux comprendre ce phénomène culturo-artistique.   

 

 

Note : 16/20