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Catégorie : Littérature

Genre : Inclassable, Thriller

Année : 1962

Nombre de pages : 214

Nation : Royaume Uni

Auteur : Anthony Burgess

Synopsis : Dans le monde terrifiant et déshumanisé d’un futur proche, la banlieue concentrationnaire s’étale de plus en plus. Alex, le voyou fan d’Ultraviolence et de musique classique, règne par la violence avec sa horde sauvage adolescente. Agressions, bagarres, passages à tabac, viols, tortures sont ses passe temps favoris avec l’ivresse d’écouter les classiques de Beethoven. Mais un jour Alex est arrêté et choisi comme cobaye pour un nouveau traitement expérimental dont le but serait d’ôter tout sentiment de violence chez le sujet.

Analyse critique :

(Attention SPOILERS)

Aujourd’hui, nous abordons un livre ultra-culte et ultraviolent. L’Orange mécanique d’Anthony Burgess. Quand on parle d’ « Orange Mécanique », on pense évidemment de suite au film culte de Stanley Kubrick (que nous avons abordé ici il n’y a pas si longtemps). Mais il faut savoir qu’avant le film, il y’a bien évidemment eu le bouquin qui est un vrai OVNI complètement bezoumni de la Littérature. Si bien que pendant un certain temps, Kubrick lui-même le jugea inadaptable. Avec L’Orange Mécanique, Burgess nous a livré un véritable thriller métaphysique. Il a accompagné le tout d’une écriture oudzassny. Attention donc ! Quelques slovos de nadsat risquent de se glisser dans cette chronique !

Mais tout d’abord, qui est Anthony Burgess ? Né en 1917, il a étudié la littérature et la linguistique puis a servi dans l’armée entre 1940 et 1946. Devenu professeur enseignant, il fera également une brève carrière de compositeur avant de se lancer définitivement dans la littérature. On comprend donc pourquoi la musique classique va jouer un rôle important dans ses écrits.  

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En 1962 il rédige ce qui va devenir son œuvre la plus culte : L’Orange Mécanique.

Ce livre raconte le raskass d’un monde futuriste où le chaos et l’ultraviolence règnent en maître. On suit les pas d’Alexandre dit « Alex » Delarge un jeune malinfrat ultraviolent fan de musique classique. Alex et sa banda ont une seule distraction la notché tombée : mener des raids nocturnes ultraviolents, s’en prenant à n’importe qui. Mais le jour où Alex est trahi par ses drougs et arrêté par la rosse, il se retrouve en prison et est choisi comme cobaye pour une sorte de nouvelle cure qui doit éliminer la violence chez le sujet.

Le livre est donc écrit au début des années 60. On le décrit souvent comme un œuvre visionnaire d’anticipation qui prévoit notre futur. C’est en partie faux car l’auteur a puisé son inspiration dans des faits divers de l’époque des années 50. Cette bonne vieille ultraviolence des familles existait déjà en ces temps là ô mes frères et sœurs. Burgess ne faisait que remettre sur le devant de la scène des thèmes qui préoccupaient déjà à l’époque comme nous le verrons plus loin dans cette chronique.

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Premièrement, on est frappé par la structure du livre qui se divise clairement en quatre parties.

La première partie nous place dans la peau d’Alex le maltchick ultraviolent. La seconde nous raconte sa rééducation pour devenir un citoyen modèle, la troisième son retour à la jiznée de tous les jours et la quatrième sa rédemption finale. 

Ensuite, l’écriture est vraiment tzarrible. En réalité c’est d’abord la narration qui surprend, puisque Burgess nous place dans la peau D’Alex qui raconte son raskass. On se retrouve donc dans la tête d’un véritable bratchni maltchickicaïd ultraviolent et réellement bezoumni dans son gulliver. C’est une dimension intéressante de lire un pur psychopathe. C’est assez  strack au début pour le lecteur qui se retrouve avec le mozg littéralement retourné. Car Alex raconte ses actes d’Ultraviolence à sa façon et témoigne ainsi de façon très cru du plaisir et de la radostie qu’il éprouve. Vous l’aurez donc compris, L’Orange Mécanique est une œuvre complètement bezoumnie et crue dans son traitement.

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Il se dégage des lignes écrites par Burgess une ultraviolence oudzassny. Que ce soit l’agression du professeur ou celle du clochard, le craste dans la boutique, la bitva avec la bande à Billyboy mais surtout la partie de dedans-dehors avec la femme de l’écrivain. L’ultraviolence est partout dans cette première partie. Mais elle est également  présente dans la seconde et notamment dans le traitement d’Alex et la brutalité psychologique dont il est victime. La troisième partie ne diminue pas l’ultraviolence, seule la quatrième et dernière se montre plus posée. Les scènes d’ultraviolence sont d’ailleurs décrites de façon très crue. L’auteur ne nous épargne aucun détail et va très loin, le krovvi coule à flots. L’Orange Mécanique s’impose donc comme l’un des livres les plus ultraviolents qu’il m’ait été donné de lire.  

Par ailleurs, toute cette ultraviolence a un sens et est en lien avec le passé de Burgess. En effet, alors qu’il était à la guerre, sa tchina fut victime d’une séance de dedans-dehors par une banda de déserteurs. Il reprend donc cette scène lors du passage chez l’écrivain (on comprend que l’écrivain c’est en fait Burgess impuissant). C’est une manière pour l’auteur d’exorciser ce moment marquant de sa jiznée.  

On remarque aussi qu’à travers le personnage d’Alex, Burgess apporte beaucoup d’importance à la musique. Ce qui n’a rien d’étonnant puisqu’il fut dans un premier temps compositeur comme je l’ai déjà skazité plus haut. Ici, la musique servirait à montrer l’échec de la culture dans la civilisation de l’être humain. Mais peut être est-ce justement au contraire une lueur d’espoir dans le personnage d’Alex. 

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Une fois encore, l’écriture de L’Orange Mécanique est vraiment oudzassny ! La lecture est très rythmée et le livre vous prend littéralement aux Kishkas !

Mais l’une des grandes originalités du style littéraire de L’Orange Mécanique est bien évidemment le langage des personnages. Burgess a crée une nouvelle yachzick baptisée le Nadsat .Il s’agit en réalité d’un langage parlé par tous les molodoïs tchellovecks et qui, en réalité, est un mélange de russe et d’argot londonien. Vous aurez remarqué que depuis le début de cette chronique, le nadsat s’est introduit dans les lignes. Au début du livre, le lecteur est donc constamment obligé de se rapporter au lexique à la fin pour avoir la traduction des mots d’Alex. Ce procédé peut paraître pénible à ceux qui n’apprécient pas vraiment l’originalité littéraire. Mais ce qui est intéressant c‘est qu’à la fin du bouquin, vous parvenez vous aussi à govoriter en nadsat et c’est vraiment jouissif ! 

Vu la tonalité sombre du raskass, on en oublierait presque (j’ai bien dit presque) qu’il y’a de l’humour. Oui l’humour est bien présent, un humour très noir en l’occurrence. On le retrouve notamment sur les scènes d’ultraviolence. Et c’est là que l’auteur touche au génie, car il parvient à nous faire nous bidonsker de choses absolument cracks et horribles. Il ne s’agit pas d’un banal procédé littéraire, Burgess l’effectue dans un but précis : nous montrer à nous lecteurs que nous pouvons également avoir les mêmes pulsions qu’Alex et prendre du plaisir à toute cette ultraviolence. Burgess est donc sans concession et parvient à faire ressortir les aspects les plus noirs de notre nature profonde d’être humain.         

Ce mélange d’ultraviolence et de bidonske font de L’Orange Mécanique un pur cocktail 100 % malsain, bezoumni et jouissif.

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Mais parlons maintenant des personnages du livre. Car L’Orange Mécanique vous propose un aperçu des pires et des plus grassous bratchnis que Gogre ait crée.

Premièrement, parlons du personnage d’Alex, notre héros et narrateur. Ce protagoniste est dans un premier temps véritablement perçu par le lecteur comme épouvantable voire même détestable. Pourtant il ne reste pas haïssable très longtemps. On le désapprouve mais on ne le haït pas pour autant. Pourquoi ? Eh bien parce que premièrement le personnage est ultra charismatique et surtout  il est libre et respire la joie de vivre (à sa façon certes). Il a une philosophie vraiment particulière mais attrayante. Je repense d’ailleurs à l’une de ses citations : « seulement, frères, quand je vois leur façon de se ronger les ongles de pied pour chercher la cause du mal, moi je dis qu’il y’a là de quoi me transformer en bon petit maltchick rigolard. Est-ce qu’ils vont chercher la cause du bien ? Alors pourquoi l’autre bord ? Si il y’a des lioudis qui sont bons, c’est qu’ils aiment ça, et c’est pas moi qui les gênerait dans leur plaisir, mais vice versa. ». Tout au long de l’histoire alors que le statut d’Alex jongle entre bourreau et victime, on finit vraiment par s‘attacher à lui et à l’aimer. Il parvient à dégager un certain capital sympathie qu’on attribue peut être à ses côtés paradoxalement puérils et enfantins. On sent là l’influence de Candide de Voltaire, que Burgess cite d’ailleurs sans s’en cacher. Alex apparaît terriblement humain car il réagit par instinct. Au final, on découvrira qu’il est le seul personnage du livre à ne pas être hypocrite. Mais sa dimension humaine est également renforcée par le fait qu’il passe tour à tour du statut de bourreau à celui de victime (comme au final presque tous les personnages du livre). Le rapprochement entre Alex et le lecteur est d’ailleurs soutenu par Burgess, puisque le personnage s’adresse à nous par les termes « Ô mon frère ! ». Alex est tout simplement l’un des meilleurs et des plus tchoudessny personnages jamais crées dans l’histoire de la littérature.

Pour ce qui est des autres, ils sont plus anecdotiques mais tzarriblement originaux eux aussi. L’écrivain agressé par Alex et sa banda qui écrit justement un bouquin appelé « L’Orange Mécanique ». Ce dernier semble être un intellectuel gauchiste visionnaire qui cependant manque totalement de scrupules quand il s’agit de servir sa cause politique (bien qu’il ait des raisons de vouloir se venger d’Alex). La Dame aux chats qui est complètement bezoumnie et bidonskante. Le professeur agressé, les anciens drougs d’Alex. Mais aussi le ministre de l’intérieur, un néo libéral, lui aussi sans scrupules. Bref une belle bande bratchnis hypocrites en l’occurrence. Car si ces personnes apparaissent d’abord comme de bons lioudis de tous les jours qui sont des victimes, ils révèleront bien vite toute l’ultraviolence qu’ils ont en eux. Au final, ils apparaissent aussi bratchnis et pourris qu’Alex. Mais ce qui les différencie de ce dernier c‘est l’hypocrisie. Ainsi, alors qu’Alex assume totalement sa violence animale (et au final humaine), les autres préfèreront se cacher derrière des prétextes, tels que la justice, la vengeance ou la sécurité pour déchaîner leur violence sans assumer leur bestialité.

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Tous les personnages du livre forment donc un tout incroyable.

Pour ce qui est du fond de l’œuvre, on peut dire qu’elle est très bugatti et complexe.    

Car L’Orange Mécanique engage un débat sociopolitique, culturel, scientifique et philosophique.

Premièrement, comme je l’ai dit, le débat de l’ultraviolence juvénile n’est pas un coup de génie médium de Burgess, c’était déjà un débat tzarriblement d’actualité à l’époque. A travers ce futur, Burgess critique avant tout les composantes de la société moderne.

Ainsi sur l’aspect politique, L’Orange Mécanique peut se voir comme une critique du libéralisme qui domine le monde depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Libéralisme qui transforme le tchelloveck en une « orange mécanique » quand ce n’est pas en Maltchick ultraviolent. Mais on peut aussi y voir certaines des composantes de l’URSS et des méthodes staliniennes, notamment à travers le traitement Ludovico (nom russe). Ce traitement est basé sur la théorie des réflexes conditionnels établie par Pavlov. A l’époque, certains parlaient de créer des réflexes conditionnels chez les hommes pour les « rééduquer ». Ces pratiques éventuelles firent débats. Pourtant elles furent plus ou moins employées par le gouvernement soviétique (peut être est-ce la raison des mots russes dans le nadsat). Mais aussi par les Etats Unis, notamment à travers le Kubark de la CIA ou encore le projet MKUltra.

La science est donc ici montrée comme dangereuse.

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L’Orange Mécanique est aussi un constat sur la dépravation de nos sociétés occidentales, qui ne s’attachent plus à aucune valeur et vivent dans un monde hyper matérialiste où la pulsion finira par prendre le pas.

Mais c’est sur le plan philosophique et moral que L’Orange Mécanique tolckocke le plus. Qui peut juger de la morale ? Au final l’homme n’est-il pas un animal ? Ainsi si Alex nous apparaît épouvantable au début, on finit par pommer qu’en fait il est le seul veck de ce monde à ne pas être hypocrite. Tous les autres sont aussi violents que lui mais aucun n’assument leur ultraviolence contrairement à Alex. Son personnage finit paradoxalement par apparaître comme un héros.

Mais L’Orange Mécanique est aussi un govoritt sur l’ultraviolence dans notre société. Si Burgess conclut à un ensauvagement de notre jeunesse, il ne montre cela que comme une situation passagère. Ainsi le quatrième chapitre (absent du film) nous montre un Alex qui décide d’abandonner l’ultraviolence pour mener une jiznée posée d’honnête citoyen. Ainsi l’ultraviolence devient presque une banale étape initiatique du parcours du la jeunesse.

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Mais l’auteur dénonce surtout la violence gouvernementale plus discrète et plus subtile mais pourtant bien plus dangereuse. Cette violence gouvernementale qui assouvi l’individu au nom de la morale et de la justice et qui fait de lui une « Orange Mécanique ».

Anthony Burgess signe donc une œuvre très profonde, pleine de sens et de réflexions philosophiques. 

Une fois encore, l’auteur a beaucoup été influencé par le Candide de Voltaire, mais on peut aussi y voir celle de 1984 de George Orwell. Cependant, Burgess a réussi à signer une œuvre personnelle pleine de rage et pleine d’intelligence.

A sa sortie, L’Orange Mécanique fera scandale. Le livre fut jugé trop scabreux et malsain. Mais ce qui dérangeait probablement plus que tout, c’était le fond politique et philosophique de l’œuvre. L’Orange Mécanique devint rapidement un bouquin culte. Il retint d’ailleurs l’attention de Stanley Kubrick qui en livrera une adaptation très fidèle en 1971. Clairement Kubrick clope sur les pas du livre tout en apportant sa touche perso.

Pour autant, Burgess critiquera plutôt le film. Il reprocha à Kubrick d’avoir fait de son œuvre un divertissement ultraviolent et limite pornographique. Selon lui le film s’était exalté à montrer une violence que le livre cachait. Il  a d’ailleurs rédigé à la fin de sa vie un livre intitulé Le Testament de l’Orange dans lequel il raconte l’histoire d’un écrivain qui rédige un livre, qui est par la suite adapté au cinéma par un réalisateur qui le réduit à un spectacle nazi, ultraviolent et porno.  Quiconque a lu le bouquin sait que ce n’est pas la vraie raison pour laquelle Burgess hait le film. Puisqu’en terme d’ultraviolence, le livre va bien plus loin que le film (ce qui est logique car il est plus facile d’écrire que de montrer). En réalité, ce que Burgess n’a jamais digéré ; c’est le fait que le film ait littéralement éclipsé son chef d’œuvre littéraire. A tel point qu’aujourd’hui quand on évoque L’Orange Mécanique on pense avant tout à un film culte plutôt qu’à un livre culte. Mais ce que l’auteur n’a sans doute également pas apprécié, c’est d’être pointé du doigt lors du scandale du film. C’est à lui qu’une horde de bratchnis bezoumnies et hypocrites de jounaleux et de procureurs s’en sont pris et non à Kubrick. Ce dernier n’a d’ailleurs pas bougé le petit doigt pour venir soutenir l’auteur dans cette galère. Là aussi, Burgess ne l’a vraiment pas digéré (on peut le comprendre) et ça ressort d’ailleurs clairement dans Le Testament de L’Orange.

Pour autant, L’Orange Mécanique reste un livre culte qui doit toujours être considéré comme un monument de la littérature et qui ne doit surtout pas être oublié au profit du chef d’œuvre cinématographique qui lui doit beaucoup.

Bref une véritable bombe que bous devez lire à tout prix ô mes frères et sœurs !    

 

            

Note : 20/20