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Catégorie : Cinéma

Genre : Aventure, Drame

Année : 1977

Public : Tous Public

Durée : 1H30

Nation : USA/Italie

Réalisateur : Michael Anderon

Acteurs : Richard Harris, Charlotte Rampling, Will Sampson, Bo Derek, Keenan Wynn

Synopsis : Le Capitaine Nolan est impressionné par sa rencontre avec un épaulard. Il décide d’en capturer un pour le livrer en échange d’une grosse somme d’argent. Mais la pêche tourne mal et Nolan fini par tuer une femelle épaulard et son petit. Cependant, les orques ont une grande mémoire, et Nolan doit faire face à la vengeance du mâle épaulard qui le pourchasse et le traque sans relâche.  

 

Analyse critique :

(Attention SPOILERS !)

Sur un blog qui s’appelle E-Pôle-Art, je me sentais obligé d’aborder un film comme Orca réalisé par Michael Anderson en 1977. Sur E-Pôle-Art, nous avons déjà abordé Les Dents de la Mer de Steven Spielberg qui a bien évidemment été un phénomène cinématographique qui a suscité beaucoup d’influences. Le concept « Jaws » est alors repris par beaucoup, qui tentent d’imiter le chef d’œuvre de Spielberg, parfois avec talent. Ainsi, soit on reprend le gigantesque requin tueur, soit on change de monstre en mettant en scène par exemple un crocodile, un monstre marin fantastique, une pieuvre géante ou bien pourquoi pas un épaulard. C’est cette dernière option innovante que choisit Orca.

Le choix peut paraître surprenant, puisque l’orque dispose généralement d’une bonne réputation aux yeux du grand public. De plus, depuis, la saga Sauvez Willy en a donné une image bienveillante. C’est même un animal que l’on peut retrouver dans certains parcs d’attractions. Et pourtant il ne faut pas oublier que l’épaulard est aussi appelé « Baleine Tueuse » et que c’est un super prédateur, situé en haut de la chaîne alimentaire, n’ayant pas d’ennemi à part l’homme. Pour autant on note quelques attaques sur des humains ou des bateaux. C’est sans doute cela qui influencera Orca.

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Par ailleurs, s’il est clair que le film surfe sur la tendance des Dents de la Mer, il n’a au final que peu de choses à voir avec le film de Spielberg. En réalité, Orca partage avec Les Dents de la Mer un gros point commun, l’influence indéniable de Moby Dick, et c’est encore plus vrai pour Orca.

Le film est donc réalisé en 1977. Il est produit par Dino De Laurentiis et par Luciano Vincenzoni, très grand scénariste italien qui participe d’ailleurs au script du film avec l’aide d’un autre grand nom qui est Sergio Donati. Deux grands scénaristes des westerns italiens de Sergio Leone par ailleurs. La réalisation est confiée à Michael Anderson.  

Orca met donc en scène l’histoire du capitaine Nolan qui se met en tête de capturer un épaulard. C’est en tentant cette opération qu’il va tuer une femelle orque enceinte. Le mâle épaulard va alors traquer et pourchasser inlassablement Nolan pour venger sa famille.

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Il est vrai que le scénario d’Orca peut prêter à sourire. Un orque vengeur… Certains me rappelleront peut être ma chronique des Dents de la Mer 4 : La Revanche, où je me moquais de cette histoire de requin vengeur. Pour autant l’histoire d’un épaulard qui se venge peut paraître plus crédible. En effet il est prouvé que ces mammifères marins sont intelligents et ont de la mémoire. Après il est envident que jamais un cas d’orque vengeur n’a été observé et que cette théorie paraît très peu probable. Le film sera d’ailleurs critiqué sur sa façon de présenter le comportement de l’épaulard jugé ici surréaliste. Mais au final, Orca va jusqu’au bout de son concept farfelu et parvient à conférer à l’orque de service une dimension mystique revoyant là encore à Moby Dick.

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Premièrement il est intéressant de voir comment notre animal est introduit. Il apparaît en tuant un Grand Requin Blanc décrit par le personnage de Nolan comme un squale de 7m50. Pile la taille de celui des Dents de la Mer (bien que dans cette scène d’Orca, le requin paraît mesurer 5 mètres grand max). Ainsi Anderson pose les bases, il fait un vrai fuck aux Dents de la Mer en lui disant « regarde ce que je fais de ton monstre » et par la même il impressionne son public en leur insinuant « Vous avez eu peur des Dents de la Mer ? Constatez que l’épaulard est pire ». En soit cette séquence n’est pas non plus surréaliste puisqu’on aurait observé des cas où l’orque s’est attaqué au requin (qui dans la vraie vie est plus petit que l’épaulard). Anderson met donc les choses au point dés le début avec un animal décrit comme plus puissant que le mythique grand blanc. Il est cependant intéressant de noter que la saga des Dents de la Mer prendra sa petite revanche sur Orca l’année suivante. En effet en 1978 sort Les Dents de la Mer 2 qui met en scène la découverte d’un cadavre d’épaulard dévoré par le requin de service. Sur cette scène le personnage incarné par Scheider évoque la possibilité que le requin tueur soit venu venger un membre de son espèce tué, l’ichtyologiste juge sa thèse ridicule et la réfute de façon moqueuse. Peut être une petite pique légitime de contre attaque lancée à Orca. Paradoxalement la saga suivra cette idée de requin vengeur dans les deux autres opus qui la feront définitivement couler.     

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    Mais une fois encore Orca tient plus de Moby Dick que des Dents de la Mer. L’œuvre de Melville (ou de Huston aussi) est cité tout au long du film. Au début Nolan à la vigie parle de « cette foutu baleine blanche », plus tard dans le film on trouve une citation de Melville sur les baleines qui seraient l’incarnation animale de Dieu. On note aussi la présence de l’indien un peu mystique qui s’engage dans la pêche à la baleine, un personnage qui nous revoie là encore au Queequeg de Moby Dick. On pourrait aussi évoquer la dimension christique du film qui là encore nous rappelle l’œuvre de Melville. Mais dans Orca, il est intéressant de noter, que le thème de Moby Dick est dans un premier temps inversé. Ainsi ce n’est plus le capitaine qui cherche à se venger du Léviathan, mais le Léviathan qui cherche à se venger du capitaine. Cependant tout au long du film, le personnage du capitaine Nolan va gagner en folie pour se transformer en Achab. Il est d’ailleurs là encore intéressant de noter qu’il devient acharné contre l’Orque après que ce dernier aie arraché la jambe d’une de ses proches (ici aussi on pense à la jambe arrachée d’Achab). Mais là où les deux œuvres se retrouvent vraiment c’est dans leur description d’un combat acharné et sans pitié entre un homme et une créature représentant un châtiment terrible.

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Mais ici, l’orque prend même la dimension du reflet de Nolan. En effet tout deux ont vécu la même tragédie de perdre leur femme enceinte. Cet angle d’approche est donc très intéressant. Ils sont tous deux éreinté par la même douleur. Nolan avoue donc avoir une compréhension de l’animal.    

C’est donc Michael Anderson qui est chargé de filmer cette histoire. Et le réalisateur s’en sort franchement plutôt bien. Premièrement je remarque qu’il sait profiter de son décor. Que ce soit le port canadien très folklorique où se déroule l’essentiel de l’intrigue, le bateau de Nolan et surtout les zones glacées de la fin, les décors sont prestigieux. Le film suit donc une évolution esthétique très intéressante. Mais Orca, comme son nom l’indique, c’est d’abord des scènes avec des épaulards. Et à ce niveau là, c’est franchement réussie. Passons rapidement les points faibles, lorsque le film  a recours à des maquettes, c’est pas terrible (mais parfois bien foutu). Mais qu’importe car Orca utilise surtout des vrais épaulards. Et les mammifères marins sont très bien filmés. Le film nous met d’ailleurs dans l’ambiance dés la scène d’ouverture. J’imagine que pour réaliser ces séquences, ils ont utilisé des orques dressés de parc d’attraction (chose que Spielberg ne pouvait pas faire avec un requin). Mais cela ne fait pas tout et honnêtement, je me demande comment ils ont réussi à filmer certaines séquences spectaculaires, surtout quand on sait que c’était en 1977. A ce niveau là, on ne peut que saluer le travail d’Anderson. Orca contient plusieurs séquences spectaculaires et franchement impressionnantes. Mais aussi violentes, j’en prends pour témoin la scène du meurtre de la mère épaulard et de son petit qui est franchement barbare.

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Cependant Orca contient aussi quelques séquences qui frisent le ridicule. Ce sont généralement les moments où l’épaulard vengeur fait des choses surréalistes. Quand il se met à couler les navires du port, j’ai commencé à tiquer. Mais le sommet est sans aucun doute atteint lorsque l’animal parvient quasiment à mettre la petite ville à feu et à sang et à faire sauter une usine après avoir planté ses crocs dans des tuyauteries. Là ça va clairement trop loin et pourtant, Anderson malgré l’aspect loufoque de la scène parvient à en tirer des images magnifiques. L’orque plongeant avec la ville en feu derrière lui. C’est là où l’on voit le talent de notre cinéaste. Par ailleurs cette scène a plus ou moins été reprise dans le jeu vidéo Les Dents de la Mer sorti en 2006 (et chroniqué sur ce blog).

La réalisation d’Anderson est également très rythmée et ne procure aucun moment d’ennuis.

Parlons maintenant du casting. Pour son capitaine Nolan, le réalisateur choisit une vedette qui peut rapporter : Richard Harris. Ce dernier se glisse parfaitement dans la peau de ce vieux loup de mer qui va s’engager dans un combat à mort avec l’épaulard. L’acteur est égal à lui-même et signe une très bonne prestation. Il a notamment les moyens de montrer son talent car son personnage évolue beaucoup psychologiquement au fil de l’histoire.  

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On a ensuite Charlotte Rampling, l’actrice sulfureuse de Portier de Nuit, qui interprète ici une ichtyologiste spécialiste des épaulards. Elle joue de façon un peu caricaturale je trouve, mais dans l’ensemble ce rôle correspond bien à la personnalité qu’elle dégage.

On notera ensuite la présence du colossal Will Sampson, acteur amérindien célèbre pour son interprétation dans Vol au Dessus d’un Nid de Coucou. Ici on le retrouvera moins talentueux que dans le film de Forman. Cependant l’acteur remplit très bien son quota et incarne une sorte de chaman mystique engagé dans la pêche à l’épaulard.

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Parlons maintenant de la BO. L’équipe d’Orca a très bien compris que si Les Dents de la Mer avait marché, c’était en grande partie grâce à la musique de John Williams, qui valut d’ailleurs à son auteur un oscar en 1975. C’est pourquoi le grand compositeur Ennio Morricone est appelé. Il ne manquait plus que lui pour compléter cette équipe issue du western spaghetti (Vincenzoni et Donati). On ne peut pas dire qu’il s’agit là d’une de ses meilleures partitions, loin de là même. Mais la BO d’Orca est plutôt réussie et confère au film son ambiance.

Au final Orca peut se voir comme la réincarnation de Moby Dick (aussi bien du livre que du film). On peut d’ailleurs retrouver l’aspect châtiment divin véhiculé à travers l’épaulard. On se souvient de la question posé au prêtre par le capitaine Nolan : « Peut-on pêcher envers les animaux ? ». Mais d’un autre côté, Orca semble plutôt aller vers un débat écologique. L’épaulard représenterait plutôt les forces de la nature se déchaînant contre l’humain qui « blasphème » envers elle. On est donc plus vraiment dans le cas d’un châtiment divin mais d’un châtiment naturel. Une variance réactualisée et très intéressante du mythe de Moby Dick.

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A l’époque de sa sortie en 1977, Orca n’eut pas vraiment la côte. Beaucoup lui reprochèrent sa vision mystico-délirante du comportement de l’épaulard et ses ressemblances avec Les Dents de la Mer de Steven Spielberg (qui sont au final assez infimes). Mais avec le temps, Orca a fini par devenir assez culte dans le genre et s’est vu réhabilité au rang de bon film d’aventure à base d’agressions animales.

Certes, Orca n’est pas parfait et certaines scènes poussent trop loin le délire. Mais d’un côté le film semble assumer la dimension mystique conféré à son épaulard de service. Anderson réussit donc son coup et nous offre un bon film de genre.

                                  

Note : 14,5/20